TikTok, le réseau social préféré des plus jeunes est-il dangereux ?

Depuis quelques jours, des jeunes filles mineures, dénoncent des utilisateurs qui tenteraient d'obtenir d'elles des images à caractère sexuel. Ce n'est pas la première fois que l'application, star du confinement, fait polémique. Les autorités ont déjà tiré la sonnette d’alarme à propos des risques encourus par les ados et les enfants sur ce réseau bien connu des prédateurs sexuels.

Une jeune fille de 16 ans veut dénoncer les avances pédophiles

Nous avons rencontré Dilara, une " tiktokeuse " de 16 ans, qui compte pas moins de 127.000 abonnés. Sur le réseau social, elle danse, se met en scène avec humour, ou raconte sa vie dans de petites vidéos de quelques secondes.  Comme de nombreux ados, ce passe-temps l’amuse beaucoup, mais depuis quelques jours, certaines de ses publications sont devenues plus sérieuses. Victime de plusieurs approches déplacées d’adultes qui lui demandent des photos d’elle dénudée, elle a décidé de réagir en créant le "#balancetontiktokeur ". "Je refusais clairement leurs demandes, mais ils insistaient. Certains m’ont même envoyé des photos de leur entrejambe. Je demandais d’arrêter mais ils ne voulaient rien savoir ", témoigne-t-elle.

Le but de sa démarche : " Dénoncer les tiktokeurs pédophiles qui abusent de leur influence pour demander des photos " nudes " à des filles mineures ".

 

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Dilara - 16 ans - auteure du hashtag "#balancetontiktokeur" © RTBF

" Céder ce n’est pas consentir "

Dilara s'est rendu compte qu'elle était loin d'être la seule dans le cas. Quelques heures à peine après avoir été lancé, " Balance ton tiktokeur " est devenu le temps d'une soirée l'un des hashtags les plus utilisés. Plusieurs jeunes filles ont-elles aussi dénoncé des agissements similaires. "Dès le lendemain, on comptait déjà 50.000 tweets (…) Grâce à ça, beaucoup de filles ont osé en parler. J’étais assez fière d’elles "

Dilara a bien cerné les méthodes des prédateur : "Comme ils ont plusieurs abonnés à leur compte, ils se croient tout permis. Pour cibler leur proie, ils recherchent des personnes influençables et si l’abonné refuse leurs avances, ils font du chantage affectif comme :"Si tu ne le fais pas c’est que tu ne m’aimes pas vraiment "… Du coup l’abonné se sent coupable et cède. Mais céder ce n’est pas consentir", explique Dilara.  

Pour elle, ces approches concernent tout le monde mais elle constate que les jeunes de 13-14 ans sont les plus touchés : "Ces pré-ados essayent de se mettre en scène comme leurs " tiktokeuses " préférées en se mettant en avant en short ou en mini-jupe, ce qui attire les détraqués pédophiles ".

 

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Photo prise depuis la vidéo d'une jeune fille sur TikTok © RTBF

 L'application créée en 2016, est particulièrement populaire auprès des jeunes ados. Pour de nombreux parents, Tiktok c'est avant tout des vidéos humoristiques et créatives. Pourtant on y trouve aussi de nombreuses jeunes filles qui semblent mineures mais qui se déhanchent comme des adultes. De quoi attirer des prédateurs sexuels que les autorités savent très actifs sur ce réseau.

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Images tirées de vidéos humoristiques sur TikTok © RTBF

Une recrudescence des abus durant le confinement

Durant le confinement, la Cyber Crime Unit de la police fédérale a constaté une augmentation des ces vidéos : "Une manière de continuer à exister aux yeux des autres ", explique le commissaire Olivier Bogaert.  " Mais on a aussi constaté une augmentation des abus de certains prédateurs qui se sont glissés dans ces plateformes pour créer la confiance avec des jeunes hommes ou des jeunes filles qui accepteront alors de dévoiler davantage leur intimité ". Le commissaire insiste beaucoup sur les travers que peuvent engendrer de tels actes : "Ces photos risquent d’être récupérées par des groupes pédophiles. Elles peuvent aussi faire l’objet de chantage financier pour qu’elles ne soient pas divulguées à tout le monde ".

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Olivier Bogaert - commissaire à la Cyber Crime Unit de la police fédérale © RTBF

Une approche souvent bien préparée

Les prédateurs savent aussi comment approcher les enfants. Le plus souvent, ce sont des hommes qui se renseignent sur l’identité de leur proie, pour avoir plus d’arguments pour établir la confiance et les approcher. "Ils  se renseignent sur d’autres plateformes pour avoir plus d’informations et se faire passer pour quelqu’un d’assez proche.  Par exemple : "Je t’ai déjà vu dans la cours de récréation (…) C’est génial ce que tu postes sur Tik Tok ", explique Olivier Bogaert.   Cette situation peut arriver à n'importe quel enfant qui ne prend pas de précautions.

Mieux se protéger

Norah, 10 ans, est déjà bien consciente du problème. Elle réalise elle aussi ses petites vidéos, mais son profil Tiktok, n'est pas public. "Mes vidéos ne sont visibles que par mes amis ou ma famille, pour ne pas prendre de risques ", explique-t-elle. Car à la maison, les règles sont claires : sa maman doit d’abord valider ses publications : "On fait très attention à ce qu’elle diffuse, mais aussi à sa tenue vestimentaire par exemple. Pour nous le contrôle parental et le verrouillage sont très importants ", explique Audrey, la maman de Norah.

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Norah et sa maman Audrey qui consultent ensemble les projets de publication de Norah sur TikTok © RTBF

Voilà de quoi permettre à la fillette de ne profiter que des aspects positifs de Tiktok. Le réseau social préféré des moins de 15 ans, affiche aujourd’hui plus 2 milliards de téléchargements dans le monde.

Sujet du journal télévisé de ce 26 juin

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