Tik Tok : faut-il se méfier de cette application chinoise ?

Tik Tok: faut-il se méfier de l'application?
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Tik Tok: faut-il se méfier de l'application? - © OLIVIER DOULIERY - AFP

L’annonce a fait l’effet d’une bombe la semaine dernière. Le président américain Donald Trump soutient qu’il va interdire l’application Tik Tok aux Etats-Unis. Coup de massue pour les 125 millions d’abonnés américains qui créent et partagent de courts clips généralement musicaux, décalés ou humoristiques sur le réseau.

Ce n’est pas la première fois qu’il menace de bannir la plateforme phare du moment. Depuis des mois, le président américain accuse l’application d’être utilisée par le renseignement chinois à des fins de surveillance. Faux, répond le géant chinois qui appartient à la société ByteDance. Il nie fermement tout partage de données avec Pékin. A nos confrères d’Europe 1, un responsable de la société affirme n’avoir "aucune activité opérationnelle en Chine". "Le siège est à Los Angeles et les données sont stockées aux Etats-Unis et à Singapour", écrit le média.


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Rassuré ? Thierry Kellner ne l’est pas vraiment. Ce spécialiste de la politique étrangère chinoise à l’ULB estime que ce discours, qui promet que les données sont stockées ailleurs, doit être pris avec prudence. "C’est le même discours avec Huawei, explique-t-il. Or, il est difficile en Chine de faire du business sans être lié au pouvoir. Et je vois mal une société pouvoir refuser, au nom de la protection des données, de coopérer avec le régime chinois si ce dernier l’exige."

La Chine, une société de surveillance ?

Dans un contexte de tensions politiques et commerciales avec la Chine, les Etats-Unis essaieraient-ils d’accroître leur pouvoir ? "Il n’y a pas que des enjeux commerciaux et de politiques internes, analyse Thierry Kellner. La problématique serait plus vaste. Il y aurait aussi un vrai problème lié à la nature du régime chinois. "C’est un régime de plus en plus autoritaire qui utilise les nouvelles technologies pour instaurer une société de surveillance", poursuit le spécialiste. Aujourd’hui, ces technologies sont exportées partout dans le monde. Plus d’un milliard et demi de personnes ont téléchargé l’application Tik Tok depuis sa création en 2016.

L’Inde a déjà interdit la plateforme

Alors Donald Trump a-t-il raison de vouloir interdire l’application ? "Donald Trump a peut-être ce discours à ce moment parce que c’est intéressant pour lui de critiquer la Chine dans le contexte des élections, intervient Thierry Kellner. Mais au-delà et plus fondamentalement, je pense que, dans son administration, il y a des responsables qui ont surtout à cœur d’interdire cette application pour des raisons de sécurité nationale."

Les Etats-Unis ne sont d’ailleurs pas les seuls à envisager cette mesure. L’Inde est passé à l’action. Fin juin, le gouvernement a interdit 59 applications chinoises, dont Tik Tok. Ces applications "se livrent à des activités […] portant préjudice à la souveraineté et à l’intégrité de l’Inde, à la défense de l’Inde, à la sécurité de l’Etat et à l’ordre public", a expliqué le ministère des technologies de l’information dans un communiqué.

Et l’Europe dans tout ça ?

L’Europe n’évoque pas, pour l’instant, la possibilité d’interdire la plateforme. Mais depuis quelques années, elle répond à la Chine. "Il y a une volonté de la part des Etats-Unis et de l’Europe de démontrer à la Chine qu’elle devient un compétiteur qui ne respecte pas les règles", estime Tanguy de Wilde d’Estmael, professeur à l’école des sciences politiques de l’UCLouvain. Quant à la Belgique, elle n’en parle pas non plus, mais le rapport d’activités 2017-2018 de la Sureté de l’Etat confirme que la République populaire de Chine est active à Bruxelles dans des activités d’espionnage. "Dans les milieux politiques et économiques, on prend de plus en plus conscience des risques liés à l’espionnage et à l’ingérence chinoise", peut-on lire dans le document.

"Il faut être beaucoup plus sérieux sur la manière dont on permet à des sociétés liées au pouvoir chinois de diffuser leurs produits technologiques, de pénétrer nos marchés dans des secteurs sensibles voire vitaux ; de répandre des applications qui leur permettront ensuite de créer des algorithmes encore plus puissants, mis au final au service des objectifs - tant interne qu’à l’international - du pouvoir chinois", s’alarme Thierry Kellner. "On télécharge ces applications, mais on ne se rend pas compte que ce geste anodin aide en bout de chaîne un régime autoritaire aux ambitions croissantes et aux positionnements de moins en moins en phase avec nos intérêts", poursuit-il.

Vérifier les autorisations des applications

Quels que soient l’application et son pays d’origine, il faut rester prudent. "Il faut être attentif à ce qu’on installe sur nos téléphones", confirme Olivier Bogaert, commissaire à la Computer Crime Unit de la Police Judiciaire Fédérale. Ce qui est important, c’est d’examiner les conditions d’utilisation de vos données et les autorisations qu’une application se donne. "Il faut se poser la question : pourquoi une application de jeu a besoin d’aller voir mes contacts, mon historique d’appels ou mes sms ?", s’interroge le spécialiste. Aller faire un tour dans les autorisations de l’application et en décocher certaines peut déjà être un bon début.

Pourquoi Donald Trump veut interdire TikTok ? (JT du 01/08/2020)

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