À quoi ressemble une journée type de Thomas Pesquet à bord de l'ISS ? Ses repas, son quotidien et son étrange "animal de compagnie

C’est ce vendredi que l’astronaute Thomas Pesquet s’envole pour son deuxième séjour dans les étoiles. Cette mission, baptisée "Alpha", se déroulera cette fois encore à bord de la Station spatiale internationale (ISS) à 400 kilomètres au-dessus de la Terre.

Six mois pendant lesquels le Français de 43 ans se retrouvera donc à flotter en apesanteur dans un environnement relativement restreint où les éléments habituels du quotidien n’ont plus rien de routinier, à l’instar du whisky du capitaine Haddock qui avait la fâcheuse tendance à se mettre en boule.

Si tout est imaginé afin de faciliter la vie en apesanteur des cosmonautes, astronautes, spationautes et autres taïkonautes, vivre en orbite autour de la Terre entraîne de petits et grands bouleversements.
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La Station Spatiale Internationale, l’ISS. © NASA

L’auberge espagnole dans les étoiles

De par son caractère international, la station spatiale a tout d’une auberge espagnole dans les étoiles. Un confort relativement sommaire, une promiscuité bien établie même si bien gérée, et des colocs qui discutent, palabrent et négocient en plusieurs langues (Pesquet a notamment appris le russe). Le tout dans un espace restreint d’environ 400 mètres cubes habitables, initialement prévus pour accueillir six occupants. Sauf que cette fois, le début du séjour risque d’être un peu moins confortable.

En effet, Thomas Pesquet et ses trois compagnons de voyage devront partager cet espace vital avec sept autres astronautes. Onze personnes au total donc, pendant quatre jours, jusqu’au retour sur Terre le 28 avril 2021 des astronautes Shannon Walker, Victor Glover, Soichi Noguchi et Michael Hopkins à bord du vaisseau Crew-1.

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L'astronaute Aki Oshide. © Wikipedia
L'astronaute Megan McArthur Behnken, c'est elel qui pilotera le SpaceX crew-2 avec lequel Thomas Pesquet rejoindra l'ISS. © Wikipedia
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L'astronaute russe Petr Dubrov. © Wikipedia
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Vie de spartiate, hygiène réduite au minimum

Mais avoir la tête dans les étoiles vaut bien un peu de promiscuité, les astronautes en sont conscients. Pour dormir, point de lit confortable ou de couette moelleuse, un simple sac de couchage bien accroché à une paroi de la station. L’oreiller, lui, est généralement attaché à la tête, et la ventilation tourne plein pot afin d’éviter que la respiration ne forme une poche toxique de dioxyde de carbone, celui-ci ne se disperse pas comme sur Terre. Rayon hygiène personnelle, oubliez la douche, l’eau est un bien trop précieux dans la station spatiale. On se lave donc à la lingette humidifiée.

Le casse-tête des toilettes

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Les toilettes américaines de l’ISS, situées dans le module Tranquility. © NASA

Concernant les toilettes, pas de WC confortable où lire en paix les news du jour ou parcourir son Instagram ou son Facebook. Dans l’espace on fait pipi dans via un tuyau muni d’un entonnoir. Le tout est ensuite aspiré pour être directement recyclé en… eau potable. Concernant les autres besoins physiologiques, un système similaire l’isole dans un petit sac, qui finit dans un container, lui-même rejeté dans l’espace une fois rempli afin qu’il se désintègre en rentrant dans l’atmosphère.

Lors de sa première mission, Thomas Pesquet a d’ailleurs eu comme tâche de réparer les WC tombés en panne : " À peine arrivé lors de ma première mission, les deux toilettes (ndlr : une est américaine, l’autre russe) ont été en panne pendant 48 heures. Et la vie s’arrête quand il n’y en a pas. J’ai dû les réparer. Au début, j’ai même pensé que cela faisait partie d’un bizutage."

Journée type

Avec une vitesse de 27.600 km/h, la Station Spatiale Internationale boucle un tour de la Terre en à peine 90 minutes. Impossible dans ces conditions de se fier à la lumière extérieure pour rythmer sa journée, tout se doit d’être minutieusement organisé "comme si". Pour simuler de véritables journées, la lumière dans la station est allumée le matin et éteinte le soir. Le tout basé sur l’heure UTC du méridien de Greenwich.

Généralement c’est vers 7h30 que la journée débute. Echange d’informations avec tous les centres de contrôle des partenaires répartis autour de la Terre, le planning du jour est passé en revue.

Ensuite, diverses tâches sont effectuées pendant plusieurs heures, principalement de la recherche, cela représente 60% du temps d’un astronaute. Le reste du temps de la journée de travail est utilisé pour effectuer des tâches d’entretien, de maintenance et de logistique. Des tâches primordiales notamment afin d’éviter les problèmes tels que les incendies par exemple.

Malgré toutes ces activités, la perte musculaire et osseuse est un réel problème dans l’espace parce qu’on utilise moins les jambes, le dos. Les deux trois heures quotidiennes de sport, généralement à partir de 17 heures, sont là pour atténuer ces effets néfastes. Qu’à cela ne tienne, les horloges biologiques et les défenses immunitaires souffrent. Quant au système cardiovasculaire, lui aussi vieillit prématurément, de vingt ans en six mois. Heureusement c’est réversible une fois revenu sur Terre.

Enfin, entre 20 heures le soir et 7h30 le matin, c’est quartier libre, et cela cinq jours par semaine. Le week-end, les choses sont différentes. Dans l’espace aussi le samedi est le jour du ménage, même si une partie de la journée peut être consacrée au travail en retard ou obligatoire pour des questions de planning. Reste le dimanche, généralement libre hormis la prise de sang hebdomadaire. Une journée souvent mise à profit par les astronautes pour effectuer des photos de la Terre et de l’espace.

Petits plats (g) astronomiques

Difficile cependant de mener à bien la conquête de l’espace le ventre vide ou tenaillé par des envies de parfums et de saveurs. Et cela, avec le temps, la NASA, l’ESA et les autres agences spatiales l’ont bien compris. Une bonne nutrition est essentielle pour le bon déroulement d’une mission. Si les Américains font régulièrement parvenir des petits plaisirs à leurs équipes, comme le fromage belge fourni à l’astronaute Shannon Walker, les Européens ont développé un véritable réseau de recherche et de production afin d’offrir des concentrés de réconfort aux membres de l’ISS.


►►► A lire aussi : Quand une astronaute de la NASA se fait livrer du fromage belge dans l’ISS, en attendant Thomas Pesquet et Thierry Marx


Résultat, au moment de s’envoler, Thomas Pesquet emportera avec lui une multitude de petits plaisirs élaborés par quelques-uns parmi les plus grands chefs de la planète. Alain Ducasse, le chef aux 20 étoiles Michelin, et son équipe ont ainsi élaboré au sein des laboratoires de l’entreprise agroalimentaire Jean Hénaff, une série de repas gastronomiques. Ceux-ci seront partagés lors des grandes occasions avec les autres membres de station. En tout ce ne sont pas moins de 15 recettes conservées dans 92 contenants métalliques en alliage super-léger qui seront du voyage.

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Les plats préparés par l’équipe d’Alain Ducasse afin d’être emportés par Thomas Pesquet dans l’ISS. © AFP or licensors
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Homard breton au citron de Menton, cabillaud au riz noir, clafoutis à la pistache et aux griottes, autant de recettes pensées et conçues en tenant compte des contraintes liées à la microgravitation sans altérer les propriétés nutritives et gustatives des aliments. Une précaution d’autant plus importante que le système gustativo-olfactif est atténué dans l’espace. Les astronautes souffrent en effet d’agueusie, comme s’ils mangeaient le nez bouché. La seule solution consiste donc à concentrer et sublimer les saveurs.

Si cela fait près de 10 ans qu’Alain Ducasse et le CNES (Centre national d’études spatiales) collaborent dans la recherche sur la gastronomie spatiale, d’autres ont rejoint l’aventure en cours de route. C’est notamment le cas de Servair, leader français et africain de la restauration aérienne et de son chef François Adamski. L’enjeu est en effet grand dans un secteur appelé à se développer dans les décennies à venir. Afin de séduire les occupants de l’ISS, le menu concocté met en avant une certaine tradition française, tout en faisant écho aux souvenirs d’enfance de Thomas Pesquet. Après une multitude d’essais, l’astronaute a jeté son dévolu sur du bœuf bourguignon, de la truffe du Périgord et des crêpes Suzette.

Manger des emballages

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Publiée par Thomas Pesquet sur Mardi 19 janvier 2021

Enfin, parmi ses complices culinaires, Il en est un avec qui Thomas Pesquet est particulièrement en harmonie. C’est le chef triplement étoilé Thierry Marx, déjà présent lors de la première mission. Si celui-ci lui a cette fois entre autres mitonné un bœuf de Bazas cuit pendant 7 heures à basse température, il a surtout poussé l’aventure un peu plus loin car dans un souci de réduction des déchets, les astronautes vont aussi manger une partie des emballages. Des couvercles réalisés en pain de Gênes et des housses de transport en madeleine et pain de gênes.

Petit détail, qui a son importance, les plats européens "viennent compléter sans la concurrencer la nourriture quotidienne fournie par les Russes et les Américains" ont tenu à préciser les trois prestataires, diplomatie oblige.

Pesquet raconte comment l’on mange dans l’ISS

Le Blob, ce drôle d’animal de compagnie

Mais le tour d’horizon de cette deuxième mission ne serait pas complet si l’on n’évoquait pas "l’animal de compagnie" des occupants de l’ISS, un blob. Ce curieux organisme, pas vraiment animal, ni plante, ni champignon, aux 720 sexes différents, sera mis en culture à bord de la Station spatiale internationale, sous l’œil de l’astronaute Thomas Pesquet. Il sera notamment chargé de réveiller et de photographier son évolution selon deux protocoles : l’un testera l’attitude de deux blobs dans un environnement sans nourriture, l’autre fournira à deux autres blobs plusieurs sources de nourriture.

Composé d’une unique cellule, le "physarum polycephalum", communément appelé blob, est une espèce vivante à part : sans bouche, ni cerveau, il mange, se déplace, et possède d’étonnantes capacités d’apprentissage. Si le nom et les caractéristiques font d’emblée penser au héros maléfique du film éponyme de Chuck Russell, les organismes envoyés dans l’espace semblent bien plus pacifiques.

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Physarum polycephalum, populairement appelé Blob, l’organisme vivant qui accompagnera Pesquet lors de la mission "Alpha" dans l’ISS. © AFP or licensors

Plusieurs spécimens seront accueillis à bord de la Station spatiale (ISS), où ils feront l’objet d’expériences scientifiques. Le but est de voir "si le blob se comporte différemment dans l’espace", et d’étudier "les effets de la micropesanteur et des rayonnements sur son évolution", détaille le CNES, l’agence spatiale française, dans un communiqué.

Une expérience qui se veut également pédagogique puisque le Cnes et le CNRS invitent 2000 écoles, collèges et lycées de France à s’associer à cette "expérience éducative" et à "comparer leurs résultats en classe à ceux obtenus" en orbite. Dans les classes comme dans la Station, les blobs seront livrés à l’état de "sclérote", c’est-à-dire déshydratés, avant d’être réhydratés pour mener les expériences.

Toujours aussi connecté

S’il s’est fait connaître médiatiquement lors de sa première mission, Thomas Pesquet a décidé de continuer ce partage lors des six mois de la mission "Alpha". Sur les ondes, ce sont nos confrères du réseau Radio France / France Medias Monde qu’il a décidé d’embarquer avec lui.

L’astronaute, à l’immense cote de popularité, a en effet annoncé qu’il serait possible de suivre son quotidien grâce à son " journal de bord ", diffusé chaque samedi, sur France Inter. Des vidéos de son séjour orbital seront partagées sur RFI et France 24. Quant à la radio Fip, dont il est fan, elle diffusera chaque semaine messages et coups de cœur musicaux.

Ce dispositif spécial sera inauguré dès l’arrivée dans l’ISS par une émission qui retracera en musique "les 24 heures de vol qui auront permis à Thomas Pesquet et l’équipage de Crew-2 de rejoindre l’ISS, du décollage à l’arrimage". Ensuite, Thomas Pesquet publiera chaque jour sur Twitter un titre de sa playlist personnelle soit un total de 180 titres.

Suivre en direct son odyssée de l’espace via Twitter

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