Thomas Pesquet: "Depuis l'espace, on voit clairement que la Terre est en danger"

L'an dernier, il passait 196 jours dans la station spatiale internationale à 450 kilomètres de la terre. De retour sur la planète bleue,  il a rapporté de l'espace des expériences magnifiques mais aussi un film. "Seize levers de soleil", sorti en salles le 3 octobre 2018. De retour sur terre, sa conscience écologique a changé. La tête dans les étoiles mais les pieds bien sur terre, Thomas Pesquet était l'invité de Matin Premiere.

Après autant de temps passé en orbite, on pourrait se demander où le populaire astronaute français se sent mieux. L'espace ou la Terre ? "Je me sens bien sur terre car j'ai mes amis et mes proches. On est fait pour cette vie-là, on est adaptés à notre environnement", répond Thomas Pesquet sans hésitation. Il concède pourtant avoir apprécié la tranquillité ressentie dans l'espace : "On a aussi un sens de la mission que je n'ai pas retrouvé sur terre.

Un recul sur les enjeux climatiques

Suite à l'expérience qu'il a vécue dans l'espace, le français avoue avoir pris conscience de certains enjeux, notamment climatiques. "Cela met en avant des phénomènes globaux qui nous dépassent, comme le changement climatique, à une échelle qu'on peut mieux comprendre."

Plus concrètement, de là-haut, l'astronaute a vu les signes de ce grand changement qui secoue la Terre : "On voit la pollution des rivières, on voit la fonte des glaciers, on voit les coupes dans les forêts mais aussi la pollution de l'air au-dessus des grandes villes qu'on ne peut même pas photographier. Cela renvoie beaucoup de beauté mais on voit aussi les stigmates du changement climatique."

Pourtant, sur notre planète, nous assistons à une certaine indifférence face aux enjeux climatiques. Selon Thomas Pesquet, c'est surtout car l'ampleur est trop immense à l'échelle humaine que pour se rendre compte de la problématique réelle : "On arrive à appréhender des choses qui se passent à notre niveau. Les choses qui nous dépassent vraiment, qui se passent à l'échelle globale, on peut écrire des chiffres, 2 degrés de plus, on peut écrire les choses comme ça mais on ne peut pas se les représenter", évoque l'astronaute de 40 ans. "Ce qu'il faut c'est  en faire l'expérience avec ses sentiments. Il faudrait que tout le monde aille dans l'espace car depuis l'espace, on voit très clairement que (la planète) est fragile, qu'elle est petite et qu'elle est en danger."

Alors à quel niveau se situe la responsabilité selon cet homme. Il évoque une responsabilité politique mais "il faut que les gens la sanctionnent par les élections", estime-t-il. "Je pense qu'à tous les niveaux, on ne peut pas se permettre de voter pour un candidat qui n'a pas fait de l'environnement un point majeur de son programme. Et puis il y a une responsabilité individuelle : 'Comment moi, au-delà des belles phrases, je peux faire pour aider environnement'. Si on va boire des verres à des terrasses chauffées en extérieur tout l'hiver, malheureusement, on ne peut se dire défenseur de environnement".

 

Sujet dans notre journal télévisé de la mi-journée de ce mardi 23 octobre:

L'espace et le progrès, nos sauveurs?

Face aux enjeux liés au climat, de nombreux progrès sont en cours du point de vue technologiques. Pour Thomas Pesquet, ils sont une partie de la résolution du problème mais il ne peuvent pas tout faire seuls. Il insiste sur la notion de responsabilité. "On a des progrès, on va voir des voitures électriques, une énergie moins polluante, reconnaît-il. Ce sera accéléré si la volonté des gens va dans ce sens-là mais si la volonté des gens ou des états va dans le sens contraire, malheureusement on n'ira pas très loin."

On évoque aussi parfois l'espace comme un plan B, où l'homme pourrait fuir alors que la terre ne sera plus viable. "Il ne faut pas que cette idée nous absolve de résoudre nos problèmes sur terre sinon on ne s'en sortira jamais", répond l'astronaute. Aller sur Mars reste cependant un rêve pour celui qui se qualifie comme un explorateur. "Être explorateur, c'est avoir envie d'aller là où personne n'est jamais allé. Je pense que ce serait une aventure scientifique mais aussi humaine incroyable. Mettre un homme ou une femme sur mars aurait un impact démultiplié", dit-il.

Durant son périple, le Français a pu observer la Belgique. Il l'a même photographiée et a partagé son cliché dans un tweet. "La Belgique de là-haut, elle est hyper lumineuse et ça a fait réagir les gens. Faire réagir, c'est aussi le but de mes photos, de montrer des choses jolies mais aussi de faire réagir les gens avec des choses un peu moins jolies", explique Thomas Pesquet.

Hissé au rang d'idole nationale en France, Thomas Pesquet voit avec philosophie le fait d'être devenu un visage connu du paysage médiatique en francophonie. Il se dit aussi prêt à en user pour "faire changer les choses" à sa façon : "Pour faire changer, il faut faire rêver et je trouve que l'exploration spatiale est un réservoir de rêves. Je le vois dans les yeux des petits garçons et des petites filles", conclut-il.