Thierry Bodson: "Zalando n'a jamais évoqué le climat social en deux ans de négociations"

Thierry Bodson: "Zalando n'a jamais évoqué le climat social en deux ans de négociations"
Thierry Bodson: "Zalando n'a jamais évoqué le climat social en deux ans de négociations" - © BRUNO FAHY - BELGA

La Wallonie espérait que Zalando choisirait le site de Dour pour implanter son futur centre de logistique, créant ainsi 1500 emplois direct dans la région. Finalement, le géant allemand de l'e-commerce a opté pour les Pays-Bas, évoquant notamment des inquiétudes à propos du climat social négatif en Wallonie. C'est donc la question qu'Arnaud Ruyssen a posée à Thierry Bodson, secrétaire général de la FGTB wallonne, et Olivier de Wasseige, administrateur général de l'Union wallonne des entreprises: le climat social fait-il fuir les investisseurs ?

Olivier de Wasseige ne rejoint pas totalement Pierre-Yves Jeholet, Ministre wallon de l'emploi, qui parle de climat social pourri: selon lui, le climat au sein des entreprises elles-mêmes est souvent bon. Mais le climat général instauré par les grèves peut en revanche avoir une incidence: "En voyant des ronds-points bloqués, des parkings de gare où l'on ne laisse pas les gens entrer, un investisseur peut penser que, s'il vient en Wallonie, il risque de voir son entreprise bloquée pour des dossiers qui ne concernent pas son entreprise à proprement parler". Pour Thierry Bodson, ce sentiment de climat négatif n'est pas seulement causé par les acteurs sociaux. Il pointe le politique, et notamment Pierre-Yves Jeholet: "Il politise le débat en critiquant les 'grèves à tout bout de champ'". 

Même s'il n'est donc pas tout à fait de l'avis du Ministre Jeholet, Olivier de Wasseige estime qu'il serait facile de diminuer ce sentiment négatif que peuvent avoir les entreprises. Il demande donc aux syndicats que les entreprises ne soient plus autant victimes des grèves: "La grève est un droit, mais elle ne doit pas empêcher ceux qui le veulent d'aller travailler", rappelle-t-il. Une vision qui diverge évidemment de celle de Thierry Bodson: pour lui, le but de la grève n'est pas simplement que les grévistes arrêtent de travailler, c'est aussi et surtout que l'économie soit impactée. "C'est le principe-même de la grève", insiste le secrétaire général de la FGTB wallonne.

"Pas de différences salariales entre Wallonie et Pays-Bas"

Thierry Bodson tient surtout à corriger un point évoqué dans le dossier Zalando comme une des raison qui a poussé le groupe allemand à choisir les Pays-Bas: non, il n'y a pas de différences salariales entre la Wallonie et les Pays-Bas. C'est même plutôt le contraire selon lui: "En tenant compte des différents soutiens au niveau fédéral et régional, on est à une différence de 1000 euros par an, à l'avantage de la Belgique", souligne Thierry Bodson, qui a eu accès aux dossiers.

Le secrétaire général de la FGTB dénonce même une certaine malhonnêteté du groupe allemand d'e-commerce: "Ce qui se passe, c'est qu'il y a une mécanique qui va être mise en place, pour permettre d'avoir recours à des travailleurs détachés qui viendront de Pologne pour travailler aux Pays-Bas, et ça ça déstructure l'ensemble dossier. On compare alors des travailleurs belges non pas à des travailleurs hollandais, mais polonais. Je n'ai aucun problème à avoir une discussion sur l'e-commerce et la nécessité de flexibilité, mais dans ce dossier-ci, on compare des pommes et des poires et Zalando vient en mettant en avant le climat social ou d'autres éléments qui n'avaient jamais été mis en avant en deux ans de négociations", s'indigne Thierry Bodson. Le climat social ne serait donc, selon lui, qu'un écran de fumée utilisé par Zalando pour cacher d'autres raisons. 

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