Theo Francken doute de la "valeur ajoutée" des Marocains et des Congolais

Théo Francken doute de la valeur ajoutée des Marocains et des Congolais
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Théo Francken doute de la valeur ajoutée des Marocains et des Congolais - © Tous droits réservés

Alors qu’il est déjà mis sur la sellette par les rangs de l’opposition en raison de sa relation ambiguë avec l’épisode de la collaboration nazie en Belgique, le secrétaire d’Etat Theo Francken se retrouve au centre d’une autre potentielle polémique, cette fois liée à des propos sur les diasporas juive, marocaine, congolaise et algérienne sur Facebook.

Celui qui était alors député fédéral, s’était fendu à l’époque d’un statut Facebook qui pourrait bien alimenter une nouvelle polémique à son sujet. A fortiori depuis qu'il est devenu secrétaire d’Etat à l’Asile et à la Migration.

De quoi parle-t-on ?

Le 21 novembre 2011, Theo Francken (N-VA) publie sur son compte Facebook un statut suite à la lecture d’un article de The Economist.

L’article en question est intitulé "La magie des diasporas" et traite de la valeur ajoutée économique des immigrés pour les économies des pays d’accueil. Sur base des résultats de plusieurs études prouvant les apports économiques des travailleurs immigrés, l’article invite les "gouvernements" à prendre en compte ces bienfaits plutôt que d’envisager de claquer la porte au nez des candidats à l’immigration.

"Je peux me figurer la valeur ajoutée des diasporas juive, chinoise et indienne mais moins celle des diasporas marocaine, congolaise ou algérienne"

Suite à cette lecture, le désormais secrétaire d’Etat à l’Asile et à la Migration a publié le commentaire suivant : "Très intéressant article sur la migration de The Economist avec une thèse troublante (uitdagend) : ‘beaucoup de pays occidentaux ferment leurs frontières aux immigrés sous la pression de la crise, mais ils feraient mieux de les laisser ouvertes étant donnée la valeur ajoutée économique de l’immigration’. (…). Tout à fait d’accord, mais puis-je aussi proposer un point de vue troublant (uitdagend), je peux me figurer quelque-chose concernant la valeur ajoutée des diasporas juive, chinoise et indienne mais moins concernant la (diaspora) marocaine, congolaise ou algérienne. Ou est-ce trop brûlant (aangebrand)?".

Voir le statut en question ci-dessous en version originale:

Il est impossible à ce jour d’aider Théo Francken à se figurer la valeur ajoutée ou non de l’immigration en fonction des différentes diasporas car les études menées en la matière ne font pas de calculs basés sur les coûts et bénéfices desdites diasporas présentes dans notre pays.

"La multiplicité des variables à prendre en compte rend ce type de calculs extrêmement compliqués", nous explique Jean-Michel Lafleur, directeur adjoint du CEDEM (Centre d'études sur l'ethnicité et la migration). "Cela n'empêche pas le débat (scientifique) d'avoir lieu. L'OCDE pour ne citer qu'elle, travaille très sérieusement sur la question", précise encore le professeur de l'Ulg que nous avons joint par téléphone.

"Ce que nous dit, par exemple, l’OCDE sur la dimension fiscale de l'immigration est que la contribution nette des migrants en termes d’impôts et de cotisations de sécurité sociale est supérieure aux prestations sociales qu'ils engendrent", nous informe Jean-Michel Lafleur. Autrement dit, d’un point de vue fiscal, les rentrées générées par les immigrés sont supérieures aux coûts.

La discrimination à l'embauche diminue les bénéfices potentiels de l'immigration

Ce dernier souligne également que l'OCDE pointe la discrimination à l'embauche dont sont victimes les personnes étrangères sur le marché du travail. La Belgique n'est pas une exception en la matière. Toujours selon l'OCDE, c'est en partie cette discrimination qui explique que le taux de chômage soit supérieur parmi les populations étrangères. L'apport potentiel des travailleurs étrangers en est, du coup, amoindri.

En outre, "la Belgique peine à faire travailler les personnes immigrées à la hauteur de leur talent. Il y a un gaspillage en Belgique: malgré leurs compétences et leur formation les personnes étrangères ou belges d'origine étrangères n’obtiennent le plus souvent pas de fonctions en lien avec leurs qualifications", ajoute Jean-Michel Lafleur.

Pour en revenir à l'article de The Economist, celui-ci fait référence à une étude de l'université de Duke qui montre qu'aux Etats-Unis, les populations immigrées sont plus enclines à créer leur propre activité, que ce soit comme indépendant ou comme entrepreneur. C'est également le cas sur le marché belge du travail, confirme Jean-Michel Lafleur.

Un autre atout de l'immigration mis en exergue par l'article de l'hebdomadaire économique tient aux réseaux que peuvent générer les nouvelles diasporas. "Les migrants dans les pays riches (...) aident aussi les entreprises de leur pays d'accueil à opérer dans leur pays d'origine", peut-on y lire.

A ce sujet, le directeur-adjoint du CEDEM nous indique que le fait d'avoir des immigrés issus de pays du Maghreb comme le Maroc ou l'Algérie peut s'avérer un atout par exemple lorsqu'il s'agit de développer des relations commerciales ou entrepreneuriales avec d'autres pays arabes. Pays qui constituent désormais des marchés incontournables.

En conclusion, s'il est donc impossible de dresser un bilan purement comptable des coûts et bénéfices de l'immigration, et a fortiori de certaines diasporas, les pays de l'OCDE, dont la Belgique, en tirent incontestablement de nombreux avantages. Et pourraient même en bénéficier encore plus, à condition de lutter contre les discriminations qui empêchent les immigrés de donner la pleine mesure de leurs compétences. 

"Aucune volonté de discrimination" 

Ne souhaitant pas réagir dans un premier temps, Théo Francken nous fait savoir ce mercredi soir qu'il ne faut voir dans ses propos aucune volonté de discrimination. Sa porte-parole nous explique qu'il s'agissait là d'une volonté d'ouvrir le débat sur d'une part, le système d'immigration américain, plus basé sur le mérite et plus exigeant, selon lui, et le système européen d'autre part.

Il souligne que si l'immigration maghrébine a été bénéfique un temps à la Belgique, ce ne serait plus forcément le cas aujourd'hui (mais sans nous fournir de source validant cette hypothèse, qu'aucune étude académique ne confirme par ailleurs).

Le secrétaire d'Etat se dit en outre favorable à l'immigration mais estime nécessaire de d'abord créer les conditions à même de permettre à chacun de trouver sa place au sein de la société d'accueil. 

@julienvlass

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