Tests sérologiques possibles chez votre médecin généraliste : la demande est forte mais les déçus seront nombreux

Depuis ce mercredi 3 juin, les tests sérologiques en vue de dépister les patients qui auraient contracté le coronavirus peuvent être pratiqués chez les médecins généralistes. Depuis qu’ils ont été autorisés, les laboratoires ont reçu énormément d’échantillons, ce qui indique que la demande est forte. Cependant, d’après les premières analyses, un grand nombre de personnes qui pensaient avoir été en contact avec le coronavirus et potentiellement immunisées ne le sont pas.


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Comment les médecins généralistes traitent-ils les demandes de ces tests qu’ils peuvent désormais pratiquer eux-mêmes avant d’envoyer l’échantillon en laboratoire ? Ces tests sérologiques, sont-ils jugés utiles par les professionnels de la santé ?

C’est quoi un test sérologique ?

Pour rappel, un test sérologique vise à vérifier si le patient a déjà été infecté par le Covid-19 en recherchant la présence d’anticorps dans le sang. Cependant cette présence éventuelle d’anticorps ne signifie toutefois pas forcément que la personne a été immunisée pour une durée indéfinie contre le virus.

"La présence d’anticorps dépend fortement de l’intensité des symptômes contractés lors de l’infection au virus. On peut avoir été exposé mais ne pas avoir une présence importante de ces anticorps dans le sang", explique le Dr Baeyens.

Pour que ce test soit fiable, "il faut attendre deux semaines après l’apparition des symptômes", rappelle également Marie-Luce Delforge, Docteure en microbiologie.


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Ce test sérologique se distingue du test PCR qui détecte si la personne est porteuse du virus au moment précis où le test est effectué.

Quel est l’intérêt de ces tests ?

Le Docteur Baeyens a déjà réalisé plusieurs de ces tests sérologiques dans son cabinet médical depuis qu’il peut les pratiquer. Mais jusqu’ici il ne les a réalisés que pour des personnes qui n’avaient pas de symptômes apparents de Covid-19. Il s’agit essentiellement de personnes qui font le test "pour savoir" s’ils ont été porteurs du virus ou non. "S’il y a de réels symptômes du Covid, nous procédons à un test PCR", explique le médecin.


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Il émet par ailleurs des réserves sur ces tests d’analyse de l’immunité qu’il juge "pas assez fiables pour le moment". Il ajoute qu’il accepte cependant de les pratiquer, notamment pour "alimenter les statistiques". Des statistiques qui permettraient d’avoir une meilleure approche pour ce type de test, estime le Docteur.

Une demande importante, "pas toujours rationnelle"

Mais qu’en pense-t-on du côté du laboratoire IBC qui a déjà analysé près de 1000 échantillons de ces tests sérologiques en deux jours, notamment parce qu’il y a une demande importante et des personnes qui étaient en attente de la publication de l’autorisation de ces tests au moniteur belge.

Le codirecteur de ce laboratoire, Jean-Claude Praet, estime que cette demande n’est pas toujours rationnelle. "Si les gens veulent donner 9,60 euros et que ça leur donne une réponse à leurs questions, pourquoi pas ?", mais il estime que cette forte demande pour ces tests sérologiques dans la population n’est "pas toujours rationnelle".

5 à 10% de tests effectués indiquent la présence d’anticorps

Pour lui, "à force de dire que c’est une maladie que l’on fait de façon asymptomatique, il y a énormément de personnes qui pensent avoir été en contact avec le virus ces dernières semaines. Elles sont donc convaincues d’avoir contracté le coronavirus de façon asymptomatique et donc d’être protégées. Ce n’est pas une réalité". Car la réalité des chiffres, c’est que seuls 5 à 10% des tests analysés indiquent que les personnes testées ont produit des anticorps.

"Ce à quoi on assiste maintenant, c’est à des gens qui veulent se rassurer, alors que 90 à 95% des résultats sont négatifs. Il y a une inquiétude irrationnelle, mais il faut y répondre", insiste Jean-Claude Praet.

Il estime néanmoins que ces tests ont une réelle utilité dans certains milieux spécifiques comme les hôpitaux ou pour le personnel des maisons de repos et que pratiquer un test de ce type est "un droit individuel, le droit de chacun".

Des tests jugés fiables mais avec des réserves sur leur utilisation

De son côté, la Docteure en microbiologie Marie-Luce Delforge, qui dirige l’IBC avec Jean-Claude Praet estime que ces tests sont globalement fiables mais qu’il est important de bien savoir ce que l’on veut en faire.

"Il y a différentes sortes de tests, tous sont généralement assez bons mais certains sont plus adaptés pour un diagnostic de contact avec le virus, d’autres pour dire qu’il y a un probablement une immunité qui s’est développée", explique la Docteure.

Ces tests qui évaluent l’immunité d’une personne ont été validés "parce qu’il y a une bonne corrélation avec les anticorps neutralisants et donc protecteurs mais ce n’est pas le cas pour tous. D’autre part, même si on détecte des anticorps corrélés à une immunité on ne sait pas ce qu’il en est sur la durée". Ce n’est donc pas parce qu’on a développé des anticorps à un moment donné que nous sommes assurés d’être protégés de façon durable contre le virus.

Par ailleurs, Marie-Luce Delforge estime que le taux de réponse de ces tests pour les personnes "asymptomatiques" est moins bon car le taux d’anticorps développés par celles-ci est plus faible.

La codirectrice de l’IBC juge par ailleurs qu’au niveau épidémiologique, ces tests peuvent fournir des informations importantes et qu’il est intéressant d’avoir des chiffres plus larges au niveau de l’immunité dans la population.

Combien ça coûte un test sérologique ?

Ces tests sérologiques sont remboursés par l’INAMI pour les personnes qui font partie des "groupes-cibles", notamment les personnes qui présentent plusieurs symptômes liés au Covid-19. Les autres doivent s’acquitter d’un montant de 9,60€. Le test ainsi que le laboratoire doivent être agréés pour que le patient puisse bénéficier de la gratuité ou du montant forfaitaire.

Mais ce coût de 9,60€ payé par le patient ou pris en charge par l’INAMI correspond-il au coût réel pour les laboratoires ?

Du côté d’IBC, le montant est jugé insuffisant. Suivant le type de test choisi par le laboratoire en fonction de ses qualités, son prix varie du simple au quadruple. La direction estime que, pour la technique utilisée à l’IBC, le remboursement correspond tout juste au prix du test mais qu’il ne tient pas compte de tous les coûts liés à une structure comme celle d’un laboratoire avec un secrétariat et des employés à rémunérer. Le laboratoire bruxellois estime donc qu’avec ces analyses de tests sérologiques, elle ne rentre tout simplement pas dans ses frais.

Le débat autour de ces tests sérologique n’est donc peut-être pas totalement clôturé.

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