Tesla: des batteries plus performantes mais aussi plus dangereuses?

Une voiture électrique de la marque Tesla est partie en fumée dans la nuit de samedi à dimanche alors qu’elle était reliée à une station de recharge à Anvers. Un problème technique au véhicule pourrait expliquer cet incendie, qu’ont pu rapidement circonscrire les pompiers. Ce n’est pas la première fois qu’une voiture Tesla prend feu. Mais comment une batterie peut-elle s’enflammer subitement ?

L’ingénieur électricien liégeois Damien Ernst explique qu’une batterie est composée d’un ensemble de cellules. "Une Tesla, c’est près de 7000 cellules individuelles. Il suffit qu’une seule de ces petites cellules soit défectueuse pour qu’un échauffement local se produise, échauffement local qui peut conduire à un incendie généralisé de la batterie."

Un incendie difficile à éteindre

Sur une Tesla, les batteries sont placées sous le véhicule. "C’est pour cela que nous devons plonger la voiture entièrement dans l’eau", indique Matthieu De Block, capitaine des pompiers d’Anvers. "De cette manière, nous sommes certains que les batteries sont refroidies entièrement, au-dessus, en-dessous et sur les côtés.

Car le gros problème, c’est lorsqu'il y a une amorce d’incendie dans une batterie. Cette amorce d’incendie est quasiment impossible à éteindre. "Vous devez presque attendre que la batterie se consume totalement, ce qui peut prendre plusieurs heures", constate Damien Ernst. "Et même les pompiers, en déversant de l’eau, des produits chimiques sur les batteries, n’arrivent pas à les éteindre." Matthieu De Block confirme : "A cause de l’énergie résiduelle dans les batteries, l’incendie peut reprendre même si le feu est complètement éteint." D'où la nécessité de refroidir la voiture en l'immergeant durant au moins 24 heures dans un conteneur rempli d'eau.

Ce phénomène n’existe pas avec un véhicule thermique. Le risque d'incendie n'est pas à exclure, mais cela arrive principalement lors d'accidents. "Les matériaux, notamment la manière dont les réservoirs ont été conçus et tous les systèmes de protection à l’intérieur des voitures, ont fait en sorte que le risque d’incendie a significativement diminué par rapport à une vingtaine ou trentaine d'années", observe l'ingénieur électricien.

Il faut garder à l’esprit que de nombreuses voitures électriques présentes sur les routes actuellement fonctionnent avec des batteries dont la technologie est assez récente. "On n’a pas assez de retours dessus, on ne sait pas si le risque d’incendie va s’aggraver significativement, par exemple lorsqu’elles sont chargées avec des chargeurs de 100 ou 300 kilowatts ou exposées à de fortes températures, du gel ou à des accidents. Donc je pense qu’on y verra beaucoup plus clair au niveau des risques d’ici 5 à 6 ans", prédit le Liégeois.

Des batteries de plus en plus performantes

L'augmentation de la densité énergétique des batteries, soit la quantité d’énergie que vous pouvez mettre dans un kilo de batterie, inquiète Damien Ernst. Selon lui, les fabricants de batterie ne cherchent pas à l’heure actuelle à minimiser les chances que la batterie prenne feu. "Ils visent deux choses : minimiser les coûts de production et maximiser la densité énergétique des batteries." Hors, pour faire simple, "plus votre batterie est performante, plus le risque d’incendie risque d’augmenter. On l’a encore vu récemment notamment avec le Galaxy Note 7, qui avait un autre type de batterie avec une très forte densité énergétique. Ce type de batterie était très sensible à quelques imprécisions dans le processus de fabrication industrielle et prenait feu de manière spontanée."

Pour l'ingénieur, on ne peut pas exclure la possibilité de la mise sur le marché de batteries qui, testées sur 1000 à 10 000 exemplaires en laboratoire, semblent bien fonctionner. Mais qui, en conditions réelles, "prendraient spontanément feu une fois tous les 100 000 véhicules."

Faut-il interdire les voitures électriques dans les parkings souterrains ?

Aujourd’hui, les voitures électriques et hybrides sont encore peu nombreuses dans les parkings souterrains. Mais leur nombre grandissant pourrait représenter un danger dans le futur, prévient Damien Ernst. "Vous en avez une première qui prend feu et vous n’arrivez pas à maîtriser l’incendie. Le feu se propage à la seconde, à la troisième. Et là vous risquez vraiment d’avoir tout l’immeuble qui part en fumée. Cela peut vraiment changer la manière dont il faudra gérer la sécurité incendie dans ces parkings. Et cela passera peut-être par une interdiction d’y mettre des voitures électriques, ou en tout cas un grand nombre d’entre-elles."

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