Télé, cinéma, théâtre... comment l'audiodescription permet aux aveugles de prendre part au spectacle

Télé, cinéma, théâtre... comment l'audiodescription permet aux aveugles de prendre part au spectacle
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Télé, cinéma, théâtre... comment l'audiodescription permet aux aveugles de prendre part au spectacle - © Tous droits réservés

Difficile d’apprécier un film ou un spectacle lorsque l’on ne distingue que des voix et des sons ou au mieux, des formes indistinctes. L’audiodescription (AD) permet aux aveugles et malvoyants de combler ce vide et donc de “voir” grâce à la parole. C’est une voix off qui décrit les actions, les mouvements, les expressions, les décors ou encore les costumes. Que ce soit au cinéma, à la télévision ou sur scène, elle se développe en Belgique. Mais comment ça marche?

Décrire et non diriger

Décrire, cela peut paraître simple, mais ça ne l’est pas autant que ça. Odile Marelot travaille actuellement sur la prochaine série de la RTBF “Unité 42”. Elle est membre du Paf (Professionnels de l’Audiodescription Francophone), un collectif d’auteurs d’audiodescription qui a déjà réalisé plusieurs AD de films et séries belges, dont Le Tout Nouveau Testament de Jaco Van Dormael et la série La Trêve diffusée sur les antennes de la RTBF.

Il faut savoir se faire discret.

Odile est en plein analyse de la série. Une première étape qui correspond à une réécriture et qui demande en moyenne 5 jours par auteur pour un épisode de 50 minutes. Elle travaille en duo avec un autre auteur. Chacun supervise le travail de l’autre, commente et corrige le texte pour l’enrichir et harmoniser l’écriture. Ils doivent tenter de comprendre les intentions des réalisateurs et décrire de façon concise ce qui se passe à l’écran. Gare aux interprétations personnelles ou au détails inutiles: “Il faut savoir se faire discret”, insiste Odile, “si [les spectateurs] n’ont pas besoin de nous, ils n’ont pas besoin de nous. Si on dit quelque chose, c’est pour amener une valeur ajoutée”.

Le texte est ensuite soumis à la supervision de déficients visuels qui fournissent des retours et commentaires avant le doublage par des professionnels de la voix.

Au théâtre aussi

L’asbl Audioscenic propose quant àa elledes services d’audiodescription pour les spectacles vivants. Ce jour-là, au théâtre de Namur, c’est l’adaptation de “Maris et femmes” de Woody Allen qui est au programme. Dans la salle, ils sont 5 déficients visuels. Munis chacun d’une paire d’écouteurs reliée à un émetteur, ils profitent eux aussi du spectacle.

Dans une autre pièce, des audiodescriptrices bénévoles suivent la même pièce de théâtre grâce à une caméra installée en salle. Ce soir-là, Anne Vrielinck et Bénédicte Hennen rapportent en direct dans les oreilles des spectateurs les faits et gestes des comédiens.

Même s’il s’agit d’une opération réalisée en direct, elles n’ont pas droit à l’improvisation. Avant la représentation, Anne et Bénédicte doivent se familiariser avec la pièce. Il faut assister au spectacle et aux répétitions générales, capter des vidéos et prendre connaissance du texte, avant d'écrire les descriptions. Une préparation qui demande en général 10 à 15 jours ou 30 heures par spectacle.

Le direct est un impératif. Contrairement au cinéma, le théâtre est sujet aux changements et erreurs faits par les comédiens ou aux imprévus. “Une fois, un collier s’est rompu, les perles sont tombées par terre”, se rappelle Bénédicte. “Ça, il faut le dire parce que tout le monde rit et [les déficients visuels], sont largués”, ajoute à son tour Anne.

Belgique en retard de 15 ans

L’audiodescription a encore du chemin à faire en Belgique, même si l'adaptation de la série "La Trêve" et l'arrivée prochaine de "Unité 42" marquent un pas dans la bonne direction. Dans les règles, il est dans les obligations de chaque Etat membre de l'Union européenne travailler à l’accessibilité de ses médias et aux activités culturelles mais la Belgique se montre mauvaise élève. Audioscenic, par exemple, est subsidiée à Bruxelles par la COCOF Culture et la COCOF Handicap mais ne trouve pas de soutien du côté wallon, alors que le nombre de spectacles augmente.

On est vraiment en retard par rapport à beaucoup de pays”, déplore Odile, “Au Canada, il y a une chaîne totalement audiodécrite. En Angleterre, plus de la moitié des programmes télévisés sont audiodécrits. C’est lié malheureusement à la manière dont on voit les personnes handicapées”.

Les associations Amis des Aveugles, Audioscenic, ONA (Oeuvre Nationale des Aveugles) et PAF ont récemment présenté l’audiodescription au parlement Wallonie-Bruxelles. Car avec une population qui vieillit, le nombre de personnesexposées à une cécité ou à une déficience visuelle liée à l’âge ne fera qu'augmenter. Selon l’OMS, 82% des aveugles sont âgés de 50 ans et plus. Et la Belgique n’y échappera pas.

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