Meurtre de Laure Nobels: première journée au tribunal correctionnel

Zain L., le jeune homme qui avait étranglé sa petite-amie, Laure Nobels, en 2012, comparait devant la 22e chambre du tribunal correctionnel de Bruxelles ce lundi. En décembre 2014, la chambre jeunesse de la cour d'appel de Bruxelles avait décidé de se dessaisir du cas de Zain L., mineur au moment des faits, et de le renvoyer devant une juridiction pour adultes. Depuis l'adoption de la loi "Pot-pourri II", publiée en février dernier, plus aucun crime commis par un mineur dont le tribunal de la jeunesse s'est dessaisi ne peut être renvoyé aux assises. C'est désormais le tribunal correctionnel qui est compétent mais les parents faisaient part ce lundi dans un communiqué de leur crainte que l'affaire soit invalidée en cassation.

Le procès de Zain L., qui est jugé comme un adulte malgré qu'il était mineur au moment des faits, a débuté ce lundi devant le tribunal correctionnel de Bruxelles. "La 22ème Chambre correctionnelle spécifique Jeunesse qui devra juger l'assassin de notre fille à partir de ce lundi 17 octobre 2016, ignore toujours quelle est la peine maximale qui pourrait lui être infligée. En effet, les magistrats et les politiques ne s'entendent pas à ce sujet. Les premiers disent 20 ans de réclusion, les seconds affirment 30 ans", ont déclaré les parents de Laure Nobels.

 Le juge du tribunal de la jeunesse de Bruxelles avait fait part, en octobre 2014, de sa décision de ne pas se dessaisir du dossier de Zain L. Mais le parquet avait immédiatement fait appel de cette décision.

Ensuite, en décembre 2014, le juge de la chambre jeunesse de la cour d'appel avait réformé cette décision et avait ordonné le dessaisissement du dossier et le renvoi du jeune auteur présumé devant une juridiction pour adultes.

Chaque mineur prévenu d'un crime, dont le tribunal de la jeunesse s'est dessaisi, comparaîtra donc devant un tribunal correctionnel

S'agissant d'un meurtre, l'affaire aurait pu être renvoyée devant une cour d'assises, mais depuis l'adoption de la loi "Pot-pourri II" ce scénario n'est plus possible. En effet, la loi du 8 avril 1965 sur la protection de la jeunesse prévoit que le juge de la jeunesse peut décider de se dessaisir du cas d'un jeune, soupçonné d'avoir commis un crime. La loi stipule que le jeune sera alors renvoyé devant une juridiction pour adulte, soit devant le tribunal correctionnel si le crime peut être correctionnalisé soit devant la cour d'assises si ce n'est pas le cas.

"Etant donné que tous les crimes sont désormais correctionnalisables en vertu de la loi "Pot-pourri II", chaque mineur prévenu d'un crime, dont le tribunal de la jeunesse s'est dessaisi, comparaîtra donc devant un tribunal correctionnel", a expliqué à l'agence Belga l'avocat Thierry Moreau, spécialisé dans le droit de la jeunesse.

Le 9 mai 2012 vers 16h00, Zain L., alors mineur d'âge, avait étranglé sa petite amie, Laure Nobels, qui était âgée de 16 ans. Les faits s'étaient déroulés chez le jeune homme, dans la chambre de ses parents, à Neder-over-Heembeek, tandis que sa mère se trouvait au rez-de-chaussée.

Il avait voulu "arracher la vie"

Selon l'enquête, la victime avait reproché à son petit ami de l'avoir à nouveau trompée avec une autre fille. C'est alors que celui-ci l'avait étranglée. Bien qu'au début de l'enquête il ait nié avoir eu une intention homicide, il avait avoué plus tard avoir effectivement voulu "arracher la vie" à sa petite amie lorsqu'il avait senti qu'elle allait le quitter.

Zain L. avait ensuite téléphoné à un de ses amis, juste après les faits. Et ce dernier avait lui-même appelé le frère aîné de Zain L. Tous deux étaient arrivés chez l'auteur vers 16h30. Les trois jeunes hommes s'étaient ensuite retrouvés dans la chambre des parents, en présence du corps sans vie de la victime.

Puis, peu après 17h00, le frère de Zain L. avait appelé leur père. Ce dernier, après avoir appelé son épouse à plusieurs reprises selon l'enquête de téléphonie, était ensuite arrivé sur place vers 17h30 et avait appelé les secours à 17h40.

La mère, elle, avait affirmé qu'elle n'avait ni entendu quelque chose de suspect venant de la chambre ni été avertie par son fils de ce qu'il venait de se produire.

Deux modes de strangulation

Le docteur Frédéric Bonbled a exposé lundi, devant le tribunal correctionnel de Bruxelles, que deux modes de strangulation avaient provoqué le décès de Laure Nobels. Cet expert légiste avait constaté des traces de strangulation manuelle et des traces de strangulation au moyen d'un lien. Zain L conteste avoir utilisé un lien tel que la petite chaîne retrouvée sur le lieu des faits. "J'en suis sûr, je ne l'ai pas enserrée par derrière avec la chaîne", a déclaré Zain L. devant le tribunal, lundi.

Mais le médecin légiste, le docteur Frédéric Bonbled, a expliqué devant le même tribunal que la victime a été étranglée avec un lien par l'arrière, vu les marques qui ont été laissées sur la peau de l'os hyoïde jusqu'au-dessous des oreilles. L'expert a par ailleurs affirmé que ce lien pouvait être la chaînette cassée qui a été retrouvée sur les lieux et que portait probablement la victime. Il a précisé que les deux modes de strangulation, manuel ou au moyen d'un lien, avaient provoqué le décès de la victime.

Sur question de la partie civile, Maître Dimitri de Béco, il a encore précisé que les deux manœuvres avaient été successives, témoignant d'une certaine insistance de l'auteur.

"Quelqu'un de merveilleux"

"Laure était quelqu'un de merveilleux, d'extraverti, de généreux dans ses relations, de très ouvert et de très mature", a témoigné la maman de Laure Nobels, lundi, devant le tribunal correctionnel de Bruxelles. 

De nombreuses personnes de l'entourage de Laure Nobels, amis et membres de la famille, étaient présents lundi au tribunal correctionnel de Bruxelles. Plusieurs personnes ont pris la parole en tant que témoins, dont la mère de la jeune fille. "Laure était quelqu'un de merveilleux, d'extraverti, de généreux dans ses relations, de très ouvert et de très mature", a-t-elle dit. "Nous étions très proches. Elle était notre fille unique et il y avait toujours beaucoup de tendresse entre nous trois, mon mari, Laure et moi. Ma vie a été détruite du jour au lendemain suite à son décès. La souffrance est à la limite du tolérable pour moi. Des images m'obsèdent encore; celles de ma fille à l'institut médico-légal, celles de Zain L. sur ma fille en train de l'étrangler, celles de moi sur le trottoir devant chez Zain L. quand on nous a annoncé que Laure était morte", a confié la maman.

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