Taxer les avions: une fausse bonne idée?

Taxer le kérosène des avions, voici la proposition défendue par Jean-Luc Crucke, Ministre wallon du Climat et de l’Energie pour promouvoir les alternatives plus écologiques. "Le milieu aérien est actuellement une exception à la règle. Aucun transport aérien ne paie de taxe sur le carburant ni sur le service. On est pourtant dans un mode plus polluant", explique-t-il. Pourtant, selon Patrick Anspach, journaliste à l’Echo spécialisé dans l’aéronautique, c’est une fausse bonne idée. Explications.

La proposition de taxe du Ministre wallon consiste à taxer le kérosène dans toute l’Europe, ce qui rendrait des alternatives comme le train plus attractives. Cependant, Patrick Anspach nuance : "On dit souvent que le rail est une énergie propre mais l’électricité des trains produite dans les centrales nucléaires ou électriques a un impact environnemental aussi." Il faut aussi considérer les infrastructures nécessaires : "Les rails, le défrichement sur le terrain, c’est autre chose que 4 kilomètres de piste à l’aéroport. Point de vue de l’empreinte écologique, ça reste important", ajoute-t-il.


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Selon le journaliste de l’Echo, d’autres secteurs sont plus importants à taxer. "L’impact de l’aviation s’élève à 2% selon l’Organisation de l’aviation civile internationale (OACI, une agence spécialisée de l’ONU, NDLR), ce n’est pas grand-chose par rapport à la fabrication des puces de smartphones, aux camions de transport ou aux frigos." Toutefois, la croissance du secteur de l'aviation pose problème. 21% rien qu'au cours des trois dernières années d'après Crucke.

Récupération politique

Pour Nicolas Van Nuffel, responsable du département Plaidoyer au CNCD-11.11.11 et président de la Coalition Climat, taxer le kérosène est une nécessité, même s’il existe des domaines plus polluants : "En matière de réduction des émissions de gaz à effet de serre, il faudrait d’abord agir dans les secteurs du bâtiment et des transports publics : doubler la vitesse de rénovation des bâtiments et investir massivement dans les transports publics. Mais aucune mesure unique ne pourra régler l’ensemble des problèmes environnementaux."

L’avion c’est plus spectaculaire que des frigos. Et en plus, c’est la période électorale.

"La taxe pourrait constituer une partie à la solution mais on doit éviter qu'elle devienne une mesure symbolique. C'est une bonne chose de voir des propositions concrètes sur la table mais c'est l'ensemble de l'arsenal de l'Etat qui doit se transformer", poursuit Nicolas Van Nuffel

Pour Patrick Anspach, cette mesure s'apparenterait à de la récupération politique : "L'avion c'est plus spectaculaire que des frigos. Et en plus c'est la période électorale".

Augmenter le prix du billet

Une autre répercussion de la taxe attendue par Jean-Luc Crucke : l’augmentation du prix du billet. "Il faut que la conscience soit aidée par le comportement du portefeuille. Vous pouvez continuer à prendre l’avion, mais vous devrez payer beaucoup plus", a-t-il expliqué. Là encore, Patrick Anspach est perplexe : "En général, on dit que taxer les compagnies aériennes n’est pas la meilleure solution parce qu’on n’est pas sûr que ça va dissuader le passager". En effet, le confort en termes de rapidité qu’offre l’avion pourrait être assez important pour ne pas dissuader la clientèle. 

"En plus, on n'est pas du tout sûr que la taxe va avoir une répercussion sur les prix des tickets. Il y a une grande compétitivité entre les compagnies aériennes. Si l’une applique la taxe et augmente les prix, elle va perdre sa compétitivité. Si les prix ne changent pas, il n'y a plus d’effet dissuasif et la taxe ne servirait à rien", ajoute-t-il.

17 milliards d'euros potentiels

Pour donner un ordre de grandeur, si tous les pays de l’Union s’accordaient sur une TVA de 15% sur les billets d’avion tant intérieurs qu’extérieurs, cela générerait 17 milliards d’euros de recettes par an, estime l’ONG Transport & Environment, qui défend la fin du "congé fiscal" de l’aviation rapporte le journal L’Echo. "Si on instaure une taxe sur les avions, il faut éviter que cet énorme revenu ne serve à remplir un trou dans le budget du gouvernement. Au niveau national, on pourrait réinvestir dans le secteur de l’habitation ou des transports. A l’échelle internationale, les revenus pourraient aller vers le financement de la transition dans les pays en développement." Pour le moment, la Belgique s’engage à hauteur de 50 millions par an pour accomplir cet objectif mais pour le CNCD, ce n’est pas assez : "La Belgique devrait reverser 500 millions en 2020 pour remplir ses engagements en matière de financement climat".

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