Taux d'invalidité record en Belgique en 2016: comment l'expliquer?

Alors que la Sécurité sociale fête ses 75 ans, deux chercheurs de l’ULB dévoilent le taux d’invalidité des citoyens belges pour l’année 2016 : 8,87%. Pour comparer, en 2015, ce taux était de 7,6%, soit un bond de près de 1% en un an. 2016 est donc une année record : ce chiffre n’a jamais été aussi élevé dans l’histoire de notre pays. Son augmentation en 15 ans est un phénomène préoccupant tant en raison des coûts inhérents aux paiements des allocations d’invalidité, que des questions sociétales que ce phénomène pose.

Au sein de l’INAMI, cela fait plusieurs années que ses responsables tirent la sonnette d’alarme. « L’invalidité est liée à une série de facteurs. Le premier est la restriction en matière de prépensions. Depuis une dizaine d’années, le régime des prépensions est de plus en plus restreint. Le taux d’invalidité a été directement impacté. De plus en plus de personnes se retrouvent dépourvues d’une couverture sociale avantageuse. Une fois qu’elles tombent malades, elles se retrouvent en invalidité », réagit François Perl, directeur de l’Institut National d’assurance maladie invalidité (INAMI).

La variable géographique

Les taux d’invalidité varient très fort en fonction de l’arrondissement. Les plus faibles taux d’invalidité se situent dans les arrondissements de Hal-Vilvoorde, Tielt et Gand. En revanche, les arrondissements du Hainaut, de Liège et d’Ostende sont ceux où les niveaux d’invalidité sont les plus élevés de Belgique. L’étude ne précise pas ce qui explique cette disparité.

Seule certitude pour François Perl, un des facteurs explicatifs est lié à la santé des habitants de l’arrondissement. Pour comprendre, le cas du Hainaut peut être un bon exemple. « C’est l’une des provinces où l’espérance de vie est la plus basse, tout comme la qualité de vie qui est peu élevée par rapport à la moyenne belge. On a tendance à voir des taux d’invalidité plus importants dans les bassins sidérurgiques comme c’est le cas à Mons ou Charleroi, constate l’expert. Les provinces où il y a cette tradition industrielle sont des lieux où le niveau de santé est plus faible par rapport à la moyenne belge. »

Cartographie du taux d’invalidité entre 2003 et 2016

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Graphique 1: Cartographie du taux d'invalidité en Belgique entre 2003 et 2016 © Tous droits réservés

Des disparités existent aussi entre salariés et indépendants. Les salariés sont plus touchés par l’invalidité que celles ou ceux exerçant une profession libérale.

« Statistiquement, il y a moins d’indépendants sous le régime invalidité. Jusqu’à récemment, ils ne recevaient pas de compensation pendant un mois avant de pouvoir bénéficier d’une indemnité d’incapacité de travail », observe François Perl. Selon lui, ce désavantage a longtemps engendré des taux d’invalidité moindre chez les indépendants.

Les femmes, les plus concernées par l’invalidité

L’étude pointe aussi des périodes d’invalidité croissantes chez les femmes. Ces vingt dernières années, bon nombre de femmes se sont lancées sur le marché du travail. Résultat : elles sont plus nombreuses à pouvoir prétendre à l’allocation invalidité lorsqu’elles tombent malades.

« Le deuxième facteur est le passage de la pension à 65 ans pour la femme, indique le directeur de l’INAMI. Cela a provoqué une augmentation du nombre de femmes à tomber en incapacité de travail. » Concrètement, étant donné que les femmes travaillent aujourd’hui plus longtemps, elles sont plus sujettes à tomber malades et se déclarer « en invalidité » étant donné qu’au fil des années, la santé est de plus en plus défaillante.

L’étude montre aussi que l’augmentation touche en particulier certaines catégories socio-professionnelles, comme les ouvrières, les techniciennes de surface, les titres-services. En cause : la pénibilité liée à ces emplois. À noter que cette augmentation est en grande majorité liée à des troubles psychiques ou neurologiques (dépression, burn-out, fibromyalgie, SFC…) et à des maladies du système locomoteur (arthrose, rhumatismes, lombalgies…).

 

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EVOLUTION DU TAUX D’INVALIDITE PAR SEXE ET STATUT SOCIAL © Tous droits réservés

Si le chômage baisse, l’invalidité augmente

Enfin, les chercheurs ont identifié une corrélation entre le taux de chômage et celui d’invalidité. « Chômage et invalidité sont des phénomènes qui se nourrissent. Les personnes restant durablement au chômage voient leur santé se dégrader avec le risque de tomber dans un cercle vicieux. Le chômeur de longue durée tombe en invalidité, puis il revient sur le chômage avant de retomber après un long moment, de nouveau, en invalidité. C’est alors un cercle vicieux qui se forme et qu’il est seulement possible de briser en prenant des mesures volontaristes en matière de réinsertion socio-professionnelle. »

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