Tatouage: il est temps de chasser les mythes

Non, le tatouage n’est pas l’apanage des "mauvais garçons"
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Non, le tatouage n’est pas l’apanage des "mauvais garçons" - © MARTIN BUREAU - AFP

Non, le tatouage n’est pas l’apanage des "mauvais garçons". Ce n’est pas non plus un nouveau phénomène et encore moins une mode. Si le " mythe de Cook" fait remonter les racines du tatouage occidental à la fin du XVIIIe siècle, les premiers graphismes permanents pratiqués sur la peau humaine remontent à plusieurs millénaires. Le tatouage est une pratique historique qui semble avoir toujours existé, même si sous certaines cultures et à certaines époques, comme le Moyen-Âge ou le XIXeme siècle, tout a été fait pour le cacher. Pourtant, certains rois se sont étaient tatoués et même les femmes de classes sociales élevées passaient sous l’aiguille.

C’est le sentiment d’Alix Nyssen, historienne de l’Art (ULg) qui travaille depuis 3 ans sur le sujet: "L'usage du tatouage remonte à la préhistoire et son étude montre que l’opinion publique à son encontre oscille constamment entre rejet et engouement, déclin d’attention et impression de nouveauté."

Le mythe de James Cook

Sur son blog particulièrement argumenté, la chercheuse Anna Felicity Friedman pourchasse les mythes liés aux tatouages. Un domaine qu’elle connaît d’autant mieux qu’elle a consacré une thèse à l’histoire du tatouage de 1500 à 1900. Le mythe le plus répandu est que l’arrivée du tatouage moderne en occident daterait des voyages du capitaine James Cook réalisés en Polynésie à la fin du XVIIIe siècle.

Selon Anna Felicity, de nombreux auteur évoquent ces peintures corporelles au fil des siècles. Et bien avant la "découverte" de James Cook. Ainsi, en 1612, le voyageur écossais William Lithgow, signale des tatouages à Jérusalem. Et c’était déjà le cas avant cette date, lorsque les pèlerins, se rendant en terre Sainte, en ramenaient un souvenir indélébile. C’était notamment le cas de chevaliers de l’ordre des Templiers qui se faisaient tatouer une croix sur le torse. Ce que normalement la Bible réprouve. Plus loin encore dans le temps, Marco Polo aurait, lui aussi relevé des motifs tatoués dès la fin du XIIIe siècle.

Et derrière le Mur d’Adrien, les légionnaires romains engagés dans les campagnes contre les pictes (antiques Ecossais) se sont initiés à l’art du tatouage en s’inspirant de ces combattants, grands adeptes des peintures permanentes.

Un tatouage pour traiter l'arthrite

Ensuite, il faut plonger dans les ténèbres de notre préhistoire pour trouver ce que furent sans doute les tout premiers motifs cutanés de la race humaine. Lors de la célèbre exposition organisée au Quai Branly en juin 2014, on peut lire que des traces de tatouage datant du néolithique ont été mises au jours dans les Alpes autrichiennes. Un tatouage présenté alors comme thérapeutique et visant à traiter l’arthrite.

La fonction crée le tatouage

Au cours de l’histoire, le tatouage a rempli plusieurs rôles. Grecs et Romains tatouaient les esclaves et les mercenaires. Au VIIe siècle, les Japonais faisaient de même avec les criminels et les prostituées, tandis que l’armée britannique le pratiquait sur les soldats déserteurs. Plus tard, le tatouage deviendra marque d’appartenance au groupe ou symbole de croyance et rites initiatiques. Volontairement, des Japonais se faisaient tatouer des images inspirées d’estampes, reconnues comme des signes de courage.

Le tatouage avait aussi ses codes. Chez les marins, celui qui traversait l’Atlantique se faisait immortaliser une ancre de bateau tandis que la tortue était choisie lors du passage du l’Equateur.

Le temps des mauvais garçons

Dans les années 50, le tatouage est bien celui des soldats, des prisonniers, des marins et des mauvais garçons. Celui que chantait Edith Piaf en décrivant son 'Légionnaire'. 10 ans plus tard, peindre son corps est à nouveau mal perçu. Suite à des problème d'hygiène et à la prolifération d’hépatite, la pratique sera interdite à New York en 1962.  Ailleurs, les tatouages se sont adaptés à l’époque moderne. Avant les années 60, le tatouage encore classique se limitait à un aigle, un tigre ou un cœur percé d’une dague. C’est le temps des tattoos "flash", explique d’Alix Nyssen. Ceux que l'on choisit sur catalogue, sans grand espoir de disposer d'une pièce unique. Ces Ancres marines, voiliers, dagues, serpents, cœurs enflammés, hirondelles, pin-up, etc. ont toujours leur public, même si ces motifs sont qualifiés d'old school.

60-70: la période de la renaissance

Ensuite, les années 1960 et 1970 sont considérées comme une étape cruciale de l’histoire du tatouage. "Durant cette 'Tattoo Renaissance', le tatouage se caractérise par des changements conceptuels, techniques et stylistiques mais également par sa relocalisation sociale grâce à l’arrivée de nouveaux tatoueurs, issus des Beaux-Arts. Ces mutations prennent racines aux États-Unis avant de se répandre ailleurs dans le monde."

Plus tard, Pamela Anderson se faisait tatouer un fil de fer barbelé sur le biceps, rapidement copiée par des milliers de fans. Suivront les motifs chinois à la signification mystérieuse, puis les dessins tribaux qui, aujourd’hui, commencent à dater. Et c’est vers 2010 que la monochromie fait place à la couleur.

1980 : le tatouage devient un art

Depuis, les tattoos ne cessent de s’étendre sur la peau, allant jusqu’à couvrir tout le bras ou tout le torse. La principale évolution des 30 dernières années est que le tatoueur possède, de plus en plus souvent, une formation artistique, faisant de chaque tatouage une œuvre complète et unique. Après l’ère des symboles, voici celle de la création. Le corps n’a plus de limite pour le tatoueur. Il occupe tout l'espace.

Une vidéo fait un survol rapide de l'histoire du tatouage à travers les siècle. Un film d'animation, 'réducteur', selon les spécialistes, mais qui permet de se faire une idée du rôle réel, voire historique du tatouage au cours des civilisations.

La Bibliothèque du Savoir (éd du Lombard) a également publié une bande dessinée titrée "Le Tatouage" (Jérôme Pierrat et Alfred).

 

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