Syrie: les enfants des camps peuvent-ils revenir en Belgique?

Cela fait plus d’une semaine que la Turquie mène son offensive en Syrie, dans la région contrôlée jusque-là par les Kurdes, là où se trouvent les prisons des combattants djihadistes et les camps de détention de leurs femmes et leurs enfants. Le Conseil national de sécurité se réunit ce mercredi pour évoquer la situation.

Selon l’OCAM, l’organe belge de l’analyse de la menace, il y a 55 Belges adultes sur place et 69 enfants. Des enfants dont la situation est préoccupante selon Bernard De Vos, le délégué général aux droits de l'enfant. "Pour une bonne quarantaine d’enfants, on sait où ils sont, dans les trois camps : Aïn Issa, Al-Hol et Al-Roj", précisait-il dans Matin Première ce mercredi. Il s'y est rendu au mois de juin et témoigne : "Ces enfants vivaient dans des situations extrêmement précaires : une nourriture tout à fait insuffisante, soins médicaux pratiquement absents, etc. La situation était donc déjà inquiétante avant l’invasion turque récente."

Ces enfants vivent dans des situations complètement indignes

Certaines organisations, comme MSF, ont d'ailleurs décidé de retirer leur personnel de la région. Des politiques craignent que le chaos sur place permette aux djihadistes de disparaître dans la nature et de constituer une nouvelle menace. L'OCAM, l’organe belge d’analyse de la menace, mais aussi le procureur fédéral, Frédéric Van Leeuw, ne partagent pas cette analyse : selon eux, ce serait les laisser sur place qui serait dangereux.


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Bernard De Vos est de cet avis : "Cet aspect sécuritaire est aujourd’hui tout à fait évident. Ce qui nous inquiète, c’est qu’on doive justement attendre la question sécuritaire pour prendre conscience de la difficulté à laquelle on est confronté."

"Ces enfants vivent dans des situations complètement indignes depuis très longtemps et nous n’avons eu de cesse depuis plusieurs mois, pratiquement depuis plusieurs années, de plaider auprès du gouvernement leur retour", ajoute-t-il.

Pour Bernard De Vos, la situation est "surréaliste", car le rapatriement des enfants de moins de 12 ans a été admis. "Je peux donc vous confirmer que parmi les enfants qui sont là, l’énorme majorité a moins de trois ans, affirme-t-il. Des petits enfants qui sont essentiellement victimes, avec des mères qui ont fait un bout de chemin sur les raisons pour lesquelles elles sont parties et qui souhaitent rentrer."

Bernard De Vos espère que le Conseil national de sécurité prendra des décisions "plus courageuses que celles que l'on connaît pour le moment."

Ces jeunes sont attendus

Alors quelle serait la solution ? "Ce n’est évidemment pas à moi de dire au gouvernement ce qu’il doit faire, admet Bernard De Vos. Mais c'est à moi de dire que la Convention des droits de l’enfant que la Belgique a signée doit être respectée, que ces enfants sont clairement victimes d’une situation qu’ils n’ont pas souhaitée, qu’ils sont en compagnie de leur mère qui souhaite rentrer et qu’il n’y a aucune raison valable de les laisser dans l’enfer dans lequel ils vivent depuis plusieurs mois."

La véritable question est de savoir si les moyens existent pour encadrer ce retour. "Cela fait maintenant effectivement plusieurs années que les régions, que les communautés, que tous les acteurs qui sont en charge des matières personnalisables, surtout les communautés, sont tout à fait préparés, estime Bernard De Vos. Il y a eu des formations par rapport à la question de la radicalisation, il y a eu des équipes qui ont été spécialisées sur la question, il y a des places qui ont été créées, donc ces jeunes sont attendus." Le délégué général aux droits de l'enfant explique que les solutions ont donc été préparées, mais restent en suspens à cause du "débat permanent".

Certains enfants sont d'ailleurs déjà rentrés, et selon Bernard De Vos, leur réintégration s'est bien passée. "Les orphelins qui ont été rapatriés ont une existence tout à fait cohérente, correcte, ils sont pris en charge par un milieu familial élargi — des grands-parents, des tantes, etc. — avec l’aide des services sociaux et des services de prévention", raconte-t-il. D'autant plus que la majorité d'entre eux qui sont revenus étaient âgés de plus de douze ans, soit bien plus âgés que ceux qui vivent encore dans les camps.

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