Syndrome du délire agité : la police adapte ses techniques d'intervention

Des policiers tentent de maitriser Jozef Chovanec. Photo tirée des images de vidéosurveillance.
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Des policiers tentent de maitriser Jozef Chovanec. Photo tirée des images de vidéosurveillance. - © Tous droits réservés

Il y a 3 ans, Jozef Chovanec était arrêté à l’aéroport de Charleroi. Après s’être frappé violemment la tête contre les murs de sa cellule, ce ressortissant slovaque était maîtrisé difficilement par plusieurs policiers. Il mourra un peu plus tard d’un arrêt cardiaque à l’hôpital.

Une enquête est en cours. Elle doit faire la lumière sur les circonstances de ce décès, mais également sur les moyens employés pour immobiliser un homme qui souffrait peut-être d’un EDS, le syndrome du délire agité.

Une affection caractérisée notamment par une grande confusion, une excitation extrême, une communication irrationnelle, ou encore une tendance à l’automutilation. Une maladie méconnue mais pas si rare qui fait actuellement l’objet d’une formation obligatoire au sein de la police.

Intervention policière et médicale

Le commissaire Herbert Van Santen est conseiller en gestion à la direction générale de la police administrative. Il est aussi à l’origine de cette formation.

"La force des personnes qui souffrent d’un EDS est augmentée, presque surhumaine. Elles sont aussi insensibles à la douleur. Certaines de nos techniques habituelles d’intervention et de contrainte sont donc inefficaces. Par exemple, l’usage de la matraque ou du spray au poivre n’est pas adéquat, car la personne ne ressent rien, explique ce policier. Il est préférable de laisser à cet individu de l’espace dans un périmètre sécurisé pour qu’il se calme, de lui parler, de lui donner de l’eau. Mais à un moment, il faut quand même prendre le contrôle de la personne pour que l’équipe médicale puisse intervenir en toute sécurité".

C’est la spécificité des interventions lorsqu’un syndrome du délire agité est suspecté : il s’agit d’un travail conjoint de la police et des services de secours appelés sur place. "Cette approche opérationnelle coordonnée entre deux disciplines qui ont une vocation différente est effectivement assez unique ", poursuit Herbert Van Santen.

Car l’idée est de rapidement transférer la victime vers le service des soins intensifs d’un hôpital, plutôt qu’en cellule.

"Nous étions vraiment demandeurs, qu’on nous aide à avoir les bons réflexes lorsqu’on est confronté à un individu victime de ce syndrome, indique Régis Kalut, un enquêteur de la police fédérale qui vient de suivre la formation EDS. Nous voyons que la bonne réaction n’est pas toujours la contrainte ou l’immobilisation immédiate de la personne. Il est préférable de prendre un peu de recul pour lui laisser le temps de se fatiguer avant d’intervenir et surtout pour permettre une prise en charge médicale".

Outre la nécessité de former tous les policiers de terrain pour qu’ils soient capables de reconnaître et de gérer ces situations délicates, il apparaît indispensable de le faire également avec le personnel médical.

"Dans de telles situations, il ne faut pas intervenir sans médecin. On est en train de former les services de secours, mais il y en a encore beaucoup qui n’ont pas cette expérience, et c’est un problème, reconnaît le docteur Ignace Demeyer, anesthésiste et urgentiste qui collabore avec la police pour les formations actuelles. Il faut leur apprendre cette approche interdisciplinaire, conjointe, police et médecin, sinon il y aura encore des morts".

En raison de la crise sanitaire actuelle, la formation policière aux techniques de neutralisation d’une personne atteinte du syndrome du délire agité est actuellement théorique. Elle sera aussi pratique dès que la situation le permettra.

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