Symptômes, risques en Belgique… Les réponses aux questions que vous vous posez sur le coronavirus

Symptômes, risques en Belgique… Les réponses aux questions que vous vous posez sur le coronavirus
Symptômes, risques en Belgique… Les réponses aux questions que vous vous posez sur le coronavirus - © PAUL ELLIS - AFP

Le bilan l’épidémie de pneumonie virale en Chine est monté à 80 morts, après 24 nouveaux décès enregistrés dans la province de Hubei (centre), épicentre de la contagion, ont indiqué lundi matin les autorités locales. Dans cette région, 371 nouveaux cas de coronavirus ont été enregistrés, portant le bilan des cas confirmés à plus de 2300 dans l’ensemble du pays, selon des données du gouvernement central.

Par ailleurs, le directeur de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) a annoncé qu’il se rendait en Chine dimanche soir pour discuter avec les autorités des moyens de contenir l’épidémie de coronavirus. Comme l’expliquait ce lundi matin sur La Première Emmanuel Andre, microbiologiste et médecin de laboratoire, aux cliniques universitaires de Louvain (KULeuven) et membre de l’équipe de référence sur les coronavirus, pas question de céder à la panique. En Belgique, "il est très improbable qu’on n’arrive pas à contrôler l’environnement autour du premier patient", souligne ce spécialiste.

Alors, comment le virus se transmet-il, quels sont les symptômes ? Que faire en cas de doute et comment se protéger ? Réponses ci-dessous.


►►► À lire aussi : des Belges présents dans la région de Wuhan vont être rapatriés


 

Quelle transmission d’humain à humain ?

C’est une question centrale. Si le risque de transmission d’humain à humain était d’abord jugé "faible", il ne fait aujourd’hui plus de doute. Reste à connaître son intensité.

"Le problème, c’est que nous n’avons pas encore assez de données pour déterminer précisément le taux de reproduction de base de cette maladie", souligne le Pr William Keevil (Université de Southampton, Angleterre).

Utilisée en épidémiologie, cette unité désigne le nombre moyen de cas provoqués par un seul patient atteint d’une maladie transmissible. "Si ce taux est élevé et que le virus mute à l’avenir vers une forme plus dangereuse, cela deviendrait préoccupant", selon le Pr Keevil. La période d’incubation (entre l’infection et l’apparition de symptômes) est estimée à deux semaines maximum.

Quels sont les symptômes de la maladie ?

Certains sont similaires à ceux du Sras (syndrome respiratoire aigu sévère qui s’était déclaré entre 2002 et 2003), selon les travaux de scientifiques chinois publiés vendredi par The Lancet (à retrouver en cliquant ici), basés sur les 41 premiers cas repérés en Chine. Tous ces patients avaient une pneumonie, la quasi-totalité avait de la fièvre, les trois-quarts toussaient, plus de la moitié avait des difficultés respiratoires.

Mais "il y a d’importantes différences avec le Sras, comme l’absence de symptômes affectant les voies aériennes supérieures (nez qui coule, mal de gorge, éternuements)", analyse l’auteur principal de ces observations, le Pr Bin Cao.

Par ailleurs "il semblerait que le virus se transmet avant que certaines personnes développent des symptômes C’est ce qui rend la lutte difficile", note Emmanuel Andre.

L’âge moyen des 41 patients est de 49 ans, 30 d’entre eux sont des hommes et 27 s’étaient rendus au marché de Wuhan, d’où est partie l’épidémie. Enfin, près d’un tiers a présenté une détresse respiratoire aiguë et six sont morts. Bien qu’il ne faille pas tirer de conclusion générale étant donné le faible nombre de patients considérés, ces observations permettent de dresser un premier tableau clinique de la maladie. Des indications d’autant plus précieuses que le diagnostic est rendu difficile par l’épidémie de grippe qui sévit actuellement, avec des symptômes proches.

Que faire si vous ou un de vos proches pense être contaminé par le virus ?

Un seul cas suspect a été détecté en Belgique jusqu’ici, mais il s’agissait d’une fausse alerte. Michèle Gerard, infectiologue au CHU Saint-Pierre, se voulait rassurante vendredi dernier. Selon elle, "les différents hôpitaux ont été prévenus et ont reçu les critères pour diagnostiquer le virus".

"La Belgique est prête à accueillir le premier cas, confirme ce lundi matin Emmanuel André sur La Première. En termes de diagnostic, en deux jours nous avons développé un test diagnostic pour ce qui n’était avant pas connu. Nous sommes prêts au niveau de la santé publique pour prendre toutes les mesures nécessaires."

Si un patient est suspecté d’être porteur du virus, des prélèvements respiratoires seront réalisés et envoyés vers l’hôpital de la KULeuven, hôpital de référence pour les prélèvements. Et en attendant les résultats, le patient sera placé à l’isolement dans l’hôpital où il s’est présenté.

Si le cas est confirmé, explique Michèle Gerard, "soit l’hôpital dispose des moyens d’isoler le patient au niveau aérien, soit il sera transféré vers le centre de référence des viroses émergentes, en l’occurrence, le CHU Saint-Pierre, avec une ambulance spécialement affrétée".

Et l’entourage ?

Concernant l’entourage d’un patient potentiellement porteur du virus, un inspecteur de l’hygiène est mandaté. Il aura la responsabilité d’établir une liste de toutes les personnes "qui auront eu des contacts à risque avec le patient", en fonction des définitions établies par l’Organisation mondiale de la santé, souligne l’experte.

Et si, les proches devaient également manifester des symptômes du virus, alors ils seraient soumis au même protocole que le patient. En revanche, en Belgique, les contacts du patient ne sont pas isolés. Ils seront, néanmoins, surveillés de près. A savoir, "une visite de l’inspecteur de l’hygiène deux fois par jour avec des contacts personnalisés".

Comment se protéger ?

Autorités sanitaires et scientifiques mettent en avant l’importance des "mesures-barrières", efficaces pour d’autres maladies virales comme la grippe : se laver les mains fréquemment, tousser ou éternuer dans le creux de son coude ou dans un mouchoir dont on se débarrasse ensuite, éviter de se toucher le visage (nez, mains, bouche)… Mais le risque est faible en Belgique. Ces gestes préventifs sont évidemment utiles, mais ils serviront donc "bien plus pour notre bonne grippe belge", sourit Emmanuel Andre.

En outre, si un cas est avéré, le patient doit être placé à l’isolement pour éviter la contagion. "Etant donné qu’un grand nombre de malades du Sras et du Mers ont été infectés dans des lieux de soins, il faut prendre des précautions pour éviter que le virus se propage dans les établissements de santé", écrivent des scientifiques internationaux dans un commentaire publié par The Lancet.


►►► À lire aussi : quels risques avec les colis de vente en ligne provenant de Chine ?


 

Un vaccin possible ?

Il n’existe ni vaccin ni médicament contre le coronavirus, et la prise en charge médicale consiste à traiter les symptômes. Un espoir pourrait se profiler cependant du côté de la KU Leuven. Des chercheurs de l’université louvaniste ont établi qu’un vaccin en principe destiné à lutter contre la fièvre jaune pourrait être utilisé aussi contre le coronavirus chinois. C’est ce qui ressort d’une découverte à propos de code génétique, affirmait ce vendredi 24 janvier à l’Agence Belga le professeur en virologie Johan Neyts de l’Institut Rega à Louvain.

"Nous sommes parvenus précédemment à introduire un nouveau matériel génétique dans celui de la fièvre jaune. Ce qui a permis de développer des vaccins contre ebola et la rage. Nous pensons que nous pouvons à l’aide de la même technologie ADN développer un double vaccin, tant contre la fièvre jaune que contre le coronavirus."

Dans une prochaine phase, la technologie vaccinale sera testée sur des animaux de laboratoire. "D’ici 6 à 8 semaines, nous vérifierons si le vaccin peut faire émerger un système immunitaire suffisamment fort chez la souris afin de prévenir l’infection. Nous aurons besoin d’un mois pour voir si elles produisent des anticorps", explique le professeur. Entre la souris et l’homme, il y aura néanmoins encore de nombreuses étapes, avertit Johan Neyts.

Emmanuel Andre, invité de Matin Première ce lundi 27 janvier