Sur Instagram, un faux migrant sénégalais raconte son parcours vers l'Europe

"Courir vers le futur. Nous sommes au Maroc. Le rêve est proche. Ne pas regarder en arrière."
"Courir vers le futur. Nous sommes au Maroc. Le rêve est proche. Ne pas regarder en arrière." - © Instagram

Depuis quelques jours, le compte Instagram de quelqu'un qui se présente comme un jeune migrant a fait le tour de la Toile après que celui-ci a publié quelques photos de son parcours d'illégal. Du moins, c'est ce qu'on aurait pu penser...

On voit le jeune homme de 20 ans traverser le désert, dormir à la belle étoile, son arrivée en Espagne et même son arrestation par la police espagnole. Il y explique son parcours en quelques phrases courtes. Il partage ses peurs, ses joies et les conditions souvent très difficiles de son voyage depuis le Sénégal vers ce qu’il appelle une vie meilleure.

La première photo postée était celle d’Abdou encore à Dakar, il pose souriant avec une jeune femme qu’il commente comme ceci : "Aujourd’hui, je commence un nouveau rêve. Aujourd’hui je commence mon voyage vers l’Europe pour un futur meilleur pour moi et ma famille. Je vous rapporterai ici mon voyage. Les bons et les mauvais moments". Pour cette dernière journée au Sénégal, Abdou se rend chez le coiffeur pour une dernière coupe avant le grand voyage et il photographie son dernier repas préparé par sa mère.

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Une photo publiée par Abdou Diouf (@abdoudiouf1993) le

La première journée de ce voyage a visiblement commencé sur une mobylette conduite par un ami. La route exacte prise par Abdou n’est pas très claire, mais il mentionne qu’il est parti de Dakar au Sénégal et qu’il a été conduit par un ami à Nouadhibou, ville à la frontière mauritanienne, avant de migrer vers le Maroc, puis l’Espagne. Nous savons également qu’il s’est arrêté à Atar au Maroc d'où il publie une photo de lui en train de se laver les cheveux.

Jusque-là, Abdou est souriant sur les photographies. Mais les choses semblent se corser et on le voit ensuite marcher dans le désert visiblement accablé par la chaleur. Il commente : "Deux jours que nous marchons, le guide nous dit que nous ne pouvons pas nous arrêter ou nous allons perdre les 2000 euros que j’ai payé pour le bateau".

Plus tard, on le voit courir dans le désert avec deux autres migrants : "Courir vers le futur. Nous sommes au Maroc. Le rêve est proche. Ne pas regarder en arrière".

Il semble ensuite qu’Abdou n’ait pas de bateau pour traverser. "Pas d’argent et pas de grand bateau." Il est donc forcé de voyager toute une nuit sur un bateau gonflable avec d’autres migrants.

On le voit ensuite à côté d’un feu de camp où il explique qu’il n’y a pas de nourriture; lui et ses compagnons de voyage souffrent du froid. Sur la photo suivante, il est dans un camion où il sera caché, à l’étroit ne pouvant pas bouger ses jambes. "Je suis caché dans le fond d’un camion. J’essaye de traverser la frontière. Pas d’air. Mes jambes me font mal. Souhaitez-moi bonne chance", écrit-il.

Finalement, le groupe met le pied en Espagne et Abdou publie l’image floue de son premier pas sur le sol européen : "Nous sommes fatigués mais heureux".

Il commentera plus tard une autre photo où les sourires ont disparu : "Cela n’est pas comme je l’avais imaginé". On le voit pris en photo alors qu’il est en train de se faire arrêter par la police : "La police est arrivée sur la plage. Ils ne sont pas amis avec les illégaux."

 

La dernière photo postée par Abdou le montre sous une couverture thermique visiblement épuisé par cette longue aventure. Il explique qu’ils se rendent dans un centre et que ce n’est guère une bonne place où rester.

Le HuffingtonPost UK a contacté Abdou afin d’en savoir plus sur cette aventure photographiée. Il a répondu qu’il se trouvait dans la ville de Tarifa, en Espagne, mais le journal attend encore davantage de détails.

"Tout ceci était faux"

De son côté, Rue89 tente également d'en savoir plus, sans davantage de succès : une seule réponse. Puis, plus rien.

Et, pour cause, "tout ceci était faux", comme l'indique le site français. Abdou, n'est pas migrant et ne s'appelle pas Abdou. Il se nomme en fait Hagi Toure et est acteur.

"Une manière de dénoncer la frivolité occidentale"

Comme le montre la vidéo ci-dessus, il s'agit en fait d'une campagne pour l'exposition GETXOPHOTO. "L’idée est de donner à réfléchir sur les images que nous construisons et partageons des migrants dans les médias et sur les réseaux sociaux", détaille l'agence de création et de production Volga, à l'origine de cette campagne.

Contactée par Rue89, l'agence explique : "L’objectif était de porter un jugement sur l’attitude occidentale et de montrer le décalage entre les hastags d’Instagram et les images que nous voyons. C’était une manière de dénoncer la frivolité occidentale, qui nous pousse à faire des selfies à tout moment."

L’histoire de ce migrant fictif avait été suivie par des milliers "d’Instagrameurs". Il avait reçu de nombreux messages sur le réseau social, certains l’invitant à rentrer chez lui, d'autres l'encourageant. Un "beau coup de com'" sous forme de "fake" (imposture) qui aura eu le mérite de mettre en lumière la condition des migrants, bien loin de la légèreté parfois relayée sur des réseaux sociaux

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