" Super spreader events ", ou événements " super contaminateurs " : pourquoi Sophie Wilmès veut éviter les soirées bondées ?

" Super spreader events ", ou événements " super contaminateurs " : pourquoi Sophie Wilmès veut éviter les soirées bondées ?
" Super spreader events ", ou événements " super contaminateurs " : pourquoi Sophie Wilmès veut éviter les soirées bondées ? - © Morsa Images - Getty Images

"Pas question d’autoriser la reprise des boîtes de nuit, mais ce n’est pas pour autoriser des apéros bondés, ou des fêtes improvisées. Une disposition dans le nouvel arrêté prévoira d’ailleurs la fermeture des établissements qui n’auraient pas respecté les règles".

Alors que les chiffres du coronavirus en Belgique sont inquiétants, la Première Ministre a visé les jeunes dans les risques de transmission du virus. Parce que "et c’est humain, ils ont tendance à moins respecter les règles". Mais elle a aussi pointé les "super spreader events", ou événements super contaminateurs. Des études ont en effet montré que 10% des cas pourraient être à l’origine de 80% des contaminations. Explications.

Des individus super contaminateurs

C’est l’histoire d’une conférence internationale organisée par l’entreprise américaine de biotechnologie Biogen, fin février, à Boston. Durant deux jours, les participants se serrent la pince, parlent ensemble, et partagent des repas. Plusieurs participants ignorent alors qu’ils sont infectés au COVID-19. Au bout du compte, au moins 99 personnes sont contaminées, rien qu’au Massachussetts.

C’est aussi l’histoire d’une chorale, en répétition aux Etats-Unis, dans le comté de Skagit, dans le nord-ouest de l’État de Washington. Nous sommes le 10 mars. Parmi 61 choristes présents, 53 personnes tombent malades. Or, lors d’une première séance de répétition, 7 jours plus tôt, aucun choriste ne semblait infecté. En revanche, le jour de la seconde répétition, un membre de la chorale présentait depuis trois jours des symptômes ressemblant à ceux d’un rhume. Cette personne, présente aux deux répétitions, a finalement été testée positive pour le COVID-19. C’était le patient "index", le "super contaminateur".

Un lieu clos, où les individus parlent ou chantent les uns près des autres : l’endroit est idéal pour transmettre le SARS-COV2 par gouttelettes. Surtout si dans le groupe, est présent un "super-émetteur" ou "super-contaminateur" : un individu dont la charge virale à ce stade de l’infection est particulièrement élevée, mais qui l’ignore totalement.

Zumba, abattoirs, églises

Gwenan Knight et ses collègues de la London School of hygiène & Tropical Medicine (LSHTM) ont répertorié dans une base de données tout une série de propagations du virus dans ce type de "foyers" et notamment : une épidémie dans un dortoir pour travailleurs migrants à Singapour liée à près de 800 cas, 80 infections liées à des salles de concerts à Osaka, au Japon, un groupe de 65 cas résultant de cours de Zumba en Corée du Sud, des infections à bord de navires et dans des maisons de soins infirmiers, des stations de ski, des églises, des restaurants, des hôpitaux et des prisons. Parfois, il a suffi d’une seule personne pour en infecter des dizaines.

Le terme de "super contaminateur" ("super spreader" en anglais) peut paraître stigmatisant. Il a été contesté au début de l’épidémie. Néanmoins, dans les cas qu’elle a étudiés, l’équipe de Gwenan Knight estime que 10% des cas sont à l’origine de 80% des transmissions.

Qu’est-ce qui fait la différence ? Probablement la combinaison de plusieurs facteurs : un lieu clos avec une grande promiscuité, la présence d’une personne à charge virale élevée, l’émission d’aérosols par la toux, le chant, la parole… Une récente étude de Nature estime que certaines personnes en parlant rejettent plus d’aérosols que d’autres : l’émission augmenterait avec l’intensité de la voix.

Bien avant le COVID-19

Les "super contaminateurs" ne sont pas une découverte typique du COVID-19. A l’époque du MERS, le coronavirus du syndrome respiratoire du Moyen-Orient, en 2015, on avait observé une super contamination en Corée du Sud : 3 personnes ont été à l’origine de centaines de contaminations, sur plusieurs générations. Un patient âgé de 68 ans a consulté différents hôpitaux et a contaminé à lui seul 29 personnes. Deux de ces transmissions secondaires se sont avérées responsables de 106 infections consécutives. Quatre générations d’infections ont été en fin de compte répertoriées.

Dans le cas du SARS-COV2, c’est le même phénomène. Les scientifiques comprennent de mieux en mieux les mécanismes de transmission. Par contre, explique l’épidémiologiste Yves Coppieters, "on ne peut pas encore expliquer pourquoi certains asymptomatiques contaminent fortement, et d’autres pas. Mais on est sûrs que certains contaminent plus que les autres. Un super contaminateur est quelqu’un qui a une charge virale très forte et se trouve dans un lieu où l’environnement permet la transmission, un lieu clos, avec une grosse densité et une mauvaise aération, et bien sûr, l’absence de masque".

Des "événements" super-contaminateurs

Nicolas Dauby, chercheur FNRS et infectiologue CHU Saint-Pierre estime que "parler d’individus super-contaminateurs, c’est un peu réducteur". Il préfère parler "d’événements super-contaminateurs".

"Il faut une conjonction de différents facteurs", explique-t-il : il y a celui de l’individu, un individu asymptomatique va être à l’origine de la contamination de dizaines d’autres. Pour des raisons liées à son immunité, à sa génétique, il ne présente pas de symptômes. Il faut que ce soit un environnement fermé, avec une grande promiscuité, et il faut qu’il y ait des actes de transmission (comme la parole, le chant, le toucher…). Ce sont donc surtout des événements super-contaminateurs, mais on sait que des individus vont excréter beaucoup de virus et ne pas être malades, et que s’ils sont en contact avec des dizaines de personnes dans des endroits fermés, il y a un risque de super dissémination."

Et demain chez nous ?

Plus récemment, de nouveaux "clusters" ou foyers d’infection, comme dans un abattoir du sud-ouest de l’Allemagne, sont apparus. Plus de 1500 employés ont été diagnostiqués positifs au SARS-Cov-2, sur un total de 6650 tests effectués. De quoi vraiment s’inquiéter de la transmission massive possible, au départ de l’un ou l’autre individu, lorsqu’un grand groupe de personnes se réunit pour faire la fête, comme à Ixelles ou Anderlecht, en juin dernier.

"A Flagey, il y avait une forte promiscuité. Même en extérieur, la foule était dense, parlait fort, faisait la fête, il y avait de l’expectoration…", s’inquiète l’épidémiologiste de l’ULB Yves Coppieters, constatant des gestes barrières inexistants. "On est passé à un cran supérieur dans le risque". A méditer, sans paniquer, en connaissance de cause.

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