Suicide des jeunes: des logiciels permettent de détecter les candidats

Un extrait de "13 reasons why"
Un extrait de "13 reasons why" - © RTBF

Assez récemment, le thème du suicide chez les adolescents a fait l’objet d’une médiatisation importante avec le succès d’une série télé sur Netflix, "13 Reasons Why", et le débat qu’elle a lancé autour de sa prétendue influence sur cette population particulièrement touchée.

Des jeunes gens se seraient inspirés de cette série pour mettre fin à leurs jours. C'était le sujet des Curieux du matin ce vendredi, averc Pasquale Nardone.

Il y a plusieurs expérimentations qui sont en cours pour tenter de détecter les candidats au suicide. Comment procèdent les chercheurs ?

Pasquale Nardone: Effectivement, c’est quelque chose de relativement important. Par exemple, l’Office mondial de la santé a répertorié pour 2016 à peu près 25 millions de tentatives de suicide, dont 800 000 décès par an répertoriés. Et c’est quand même la deuxième cause de mortalité pour la tranche d’âge 15-29 ans, après les accidents de voiture. Donc, la question fondamentale posée aux scientifiques, c’est y a-t-il moyen de prévenir, c’est-à-dire de détecter quels sont les candidats potentiels au suicide? Effectivement, c’est une question fondamentale puisque même lorsque les personnes sont suivies dans les hôpitaux, les médecins sont incapables, encore aujourd’hui, de déterminer si la personne va basculer et passer à l’acte évidemment.

Alors comment ils procèdent ? Ils ont décidé d’utiliser les nouvelles technologies ?

Pasquale Nardone:  Effectivement. Ça a été publié ce mois de juin dans le journal qui s’appelle Clinical Psychological Science, donc les sciences de psychologie clinique, par l’équipe de Colin Walsh, qui appartient au département d’informatique biomédicale, donc c’est vraiment l’informatique qui va être là, à l’Université de Vanderbilt à Nashville. Ce qu’ils ont fait, c’est qu’ils ont utilisé les données médicales de 5 167 patients adultes, dans la tranche d’âge qui correspond aux tentatives de suicide, et ils ont essayé d’utiliser les méthodes dites d’intelligence artificielle pour pouvoir voir s’ils avaient une nouvelle façon de prédire le comportement de ces personnes.

Et alors, c’est quoi cette nouvelle façon?

Pasquale Nardone: Cette façon, c’est en fait d’utiliser ce qu’on appelle l’intelligence artificielle, c’est-à-dire de créer un lien entre toutes ces données médicales — ils ont des stocks incroyables de données médicales pour chaque personne — et de voir s’il y a moyen par calcul, donc par simulation informatique, de déterminer si oui ou non ils vont passer à l’acte.

Parce que, parmi ces 5 167 personnes, il y en a 3 250 qui ont fait vraiment une tentative de suicide et 1 917 qui, elles, ont eu des comportements à risque, c’est-à-dire des addictions aux drogues ou de l’automutilation, etc. Ils ont mis au point une technique informatique connue, celle de ce qu’on appelle l’apprentissage automatique en quelque sorte, pour réussir — et c’est ça qui est évidemment important et qui a été publié — à prédire dans plus de 80 à 90 % des cas la personne qui va effectivement passer à l’acte.

On parle de 80 à 90 % des cas?

Pasquale Nardone: Oui, et ça s’améliore lorsqu’on s’approche de la date du suicide entre guillemets. C’est-à-dire qu’ils arrivent à peu près à 95 % de prédiction 2 semaines avant la date de la tentative.

Alors, il y a des données, ils peuvent utiliser la voix du patient, ils peuvent utiliser le timbre de la voix, plein de choses, il y a plein de choses qu’on peut utiliser.

Pasquale Nardone: C’est ce qu’on espère. Pour l’instant, ce n’est pas encore fait. Ce qu’ils ont fait, c’est utiliser uniquement les données médicales, c’est-à-dire l’ensemble des informations : les prises de sang, l’analyse des pressions, l’analyse du rythme cardiaque, bref toutes les données médicales qu’ils avaient en leur possession.

Est-ce que ça a pour but de remplacer les études cliniques?

Pasquale Nardone: C’est-à-dire que ça ne va pas remplacer. L’idée fondamentale c’est que les classiques analyses statistiques qui avaient été utilisées avant pour la prédiction du suicide ne fonctionnent pas. Et c’est ça, évidemment, qui est essentiel. Y a-t-il une autre méthode qui permet la prédiction ? Eh bien ils ont montré que oui.

Dites, un jour, nos réseaux sociaux vont être connectés à notre dossier médical.

Pasquale Nardone: Effectivement, parce que Google aussi s’occupe de ça et d’autres organismes qui essayent d’utiliser ce qu’on appelle le Big Data, c’est-à-dire l’ensemble des informations vous concernant, pour pouvoir prédire ce comportement à risque qui est plutôt difficile et dangereux aujourd’hui.

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