Succès d'une appli anti-gaspillage: des associations d'aide aux plus démunis tirent la sonnette d'alarme

C'est l'application du moment : Too Good To Go... traduisez "trop bon pour être jeté".  L'appli anti-gaspi compte plus de 600 000 utilisateurs en Belgique. Elle permet à tout un chacun d'acheter les invendus des supermarchés, des restaurants ou des petits commerçants à prix cassé.

Une aubaine pour les chasseurs de promotion, mais aussi pour les grandes surfaces qui réduisent ainsi le gaspillage alimentaire... et les pertes financières qu'il engendre.

Problème : ce succès a des conséquences insoupçonnées. Et si on prenait aux plus pauvres pour donner à ceux qui ne sont pas dans le besoin? Explications...

Un cri d'alarme

Depuis 4 ans, l'ASBL "La petite maison du peuple" à Colfontaine prépare des colis alimentaires grâce aux invendus d'une dizaine de supermarchés de la région. Ils sont vendus aux plus démunis au prix de 4 euros, le colis ayant une valeur de 50 à 70 euros.

Mais récemment, un magasin a arrêté ses dons à l'association. Désormais, les marchandises invendues sont revendues à moindre prix via Too Good To Go. "Aujourd'hui, c'est un magasin en moins, mais demain, ce sera combien?" déplore Jean-François Hubert, président de l'ASBL. "On pousse un cri d'alarme, car c'est de la nourriture en moins pour les pauvres ! ll faut bien se rendre compte qu'en achetant un yaourt à prix cassé sur cette application sans être dans le besoin, on prive un enfant pauvre de ce yaourt".

 

"Les invendus des supermarchés représentent 85% de notre marchandise"

Aux Restos du cœur de Quiévrain, l'inquiétude est palpable aussi. Pour l'instant, les supermarchés donateurs sont encore fidèles au poste, mais vu le succès de l'application, Salvatore Miraglia, le fondateur de l'association, craint le pire : "On craint ça comme la peste car sans cette nourriture qui nous vient des supermarchés, on ne peut plus continuer à distribuer des repas et des colis alimentaires. Les invendus représentent 85% de notre marchandise".

Dans ces deux associations, on s'assure que les bénéficiaires soient bien nécessiteux pour qu'ils puissent bénéficier de l'aide alimentaire. "Mais via Too Good To Go, il n'y a aucun contrôle ! N'importe qui peut acheter à moindre prix ! Pour moi, ce n'est pas du social ça!" s'insurge Jean-François Hubert.

 

"Il faut comprendre les patrons"

Au départ, la vocation de l'application est plutôt écologique. Elle permet de diminuer significativement le gaspillage.


Dans un supermarché de la région de Charleroi, on avoue que les invendus sont désormais bradés sur Too Good To Go et plus distribués aux associations. Ce n'est que s'il reste encore de la marchandise que les associations sont appelées. "Il faut comprendre le patron" explique un vendeur. "Avec Too Good To Go, le commerce gagne encore un petit quelque chose sur les invendus. De plus, cette application permet aussi d'aider les plus pauvres d'une certaine manière, en vendant à 4 euros des colis d'une valeur de 12 euros".

Too Good To Go réagit

De leur côté, les responsables de l'application Too Good To Go disent comprendre l'inquiétude des associations. "Nous ne voulons en aucun cas prendre leur place. Lorsqu'un partenariat est en vue avec un supermarché, nous demandons systématiquement s'ils ne travaillent pas déjà avec des associations. Si c'est le cas, nous nous assurons que TGTG est une solution complémentaire et pas de substitution. Malheureusement, nous ne pouvons pas toujours contrôler que les magasins soient honnêtes".

Face à la polémique, Too Good To Go a tenu à rencontrer le président de la "Petite maison du peuple". Trois pistes de solutions ont été évoquées :

1) Ajouter l'association sur la plateforme, afin que les utilisateurs puissent faire des dons aux plus démunis via Too Good To Go

2) Mettre l'association en contact avec les grands distributeurs de l'industrie alimentaire, afin que l'ASBL puisse recevoir des lots supplémentaires de nourriture

3) Réserver certains jours de collecte dans les supermarchés à Too Good To Go et d'autres à l'association

Le président de la "Petite maison du peuple" se dit satisfait de l'échange, mais reste sceptique quant à la troisième proposition : "Les supermarchés conservent le dernier mot ! S'il est plus intéressant pour eux de vendre des colis via Too Good To Go, ils ne s'en priveront pas ! "

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