Stress: "Eviter qu'un début d'incendie se transforme en catastrophe"

Le stress intense au travail touche 32% des travailleurs belges
Le stress intense au travail touche 32% des travailleurs belges - © RTBF

Quatre travailleurs sur cinq se disent stressés. Qu’en penser ? Le Dr William Pitchot, psychiatre et professeur à l’ULG revient sur la grande enquête Solidaris/RTBF/Le Soir. Il la détaille au micro de Matin première.

Le Docteur Pitchot le dit d’emblée : le chiffre de 32% de travailleurs qui avouent un stress très intense lié à leur travail l’interpelle plus que la proportion de près de 8 travailleurs sur dix qui se reconnaissent moyennement stressés. Pour ce petit tiers de stressés " pathologiques ", "c’est une souffrance", dit-il. "Ça peut faire à ce niveau-là et lorsque c’est chronique, le lit de complications à la fois de nature psychologique –comme par exemple la dépression- ou même de nature physique à beaucopup plus long terme". Et le médecin de rappeler que le stress est un facteur de risque de plusieurs maladies.

Pour William Pitchot toutefois, les chiffres ne sont pas surprenants et reflètent les constats de terrain, que cette étude permet d’objectiver.

"Il n’y a pas de bon et de mauvais stress", souligne le psychiatre. "On parle beaucoup plus de syndrome d’adaptation, de réaction d’adaptation à des situations difficiles". Quand le stress est trop intense, l’épuisement et le "burn out" guettent. "C’est un peu comme si on commençait sa vie avec un sac vide sur le dos, qui va se remplir au cours de la vie avec de grosses pierres quand on vit des drames dans son existence. Et ces grosses pierres on va les sentir, on va les supporter au début parce que le sac est vide. Mais il va se remplir aussi avec des petites pierres, et ces petites pierres on ne va pas les sentir mais elles sont là quand même, et dix petites pierres ça va représenter dix fois un certain poids. Et ça, ça s’accumule et il y a un effet de charge dont il faut tenir compte. "

La compétition contre la coopération

"Ce que l’on perçoit (…), c’est que le monde du travail est devenu moins humain". Pour William Pitchot, il semble que l’on ait évolué doucement "d’une technique de management basée sur la coopération pour évoluer vers des techniques basées plus sur la compétition, compétition parfois organisée au sein des entreprises". 

Toutes les catégories de travailleurs sont concernées. "Le niveau de stress est sensiblement le même et d’ailleurs c’est particulièrement intéressant qu’on ait mesuré le niveau de stress des indépendants ; on a tendance à les oublier alors que leurs conditions de travail ne sont tout de même pas évidentes." Le psychiatre observe toutefois que les indépendants se préparent mieux à affronter un stress quasi inévitable, lié tant au manque de travail qu’au trop plein de travail. "Donc il faut d’emblée qu’il se prépare", explique-t-il. Le salarié, lui, ne se prépare pas à vivre des situations parfois difficiles lorsqu’il intègre une société ou une administration.

L'importance de concilier vie professionnelle et vie familiale

L’étude Solidaris/RTBF/Le Soir montre également que c’est la qualité de vie au travail qui constitue la priorité. "La plainte principale", rappelle William Pitchot, "c’est de ne pas pouvoir mener de front sa vie professionnelle et sa vie privée". Il pointe plus particulièrement la situation "vraiment très très inquiétante" des familles monoparentales.

Les solutions passent par davantage de prévention, notamment par la capacité à repérer les premiers signes. "Je suis persuadé que si, consciemment, un employeur met en place un système qui fait que tout le monde va être beaucoup mieux reconnu, beaucoup mieux valorisé dans son travail, je suis sûr que quelque-chose d’aussi simple que ça aura un impact important, un impact colossal sur le bien-être au travail". "Il y a quelque-chose à changer", conclut William Pitchot, si l’on ne veut pas que les psychiatres et les psychologues continuent à éteindre de petits ou de gros incendies. Or, "il faut éviter que ces débuts d’incendie se transforment en catastrophe".

T.N.

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