Steven, Julien, Benoît, Chloé: un avenir incertain

Quatre jeunes, quatre parcours difficiles
Quatre jeunes, quatre parcours difficiles - © RTBF

En Belgique, plus de 15 % des jeunes entre 16 et 24 ans sont touchés par la pauvreté. Situations familiales compliquées, manque de formation… Il en faut peu pour que des jeunes d'une vingtaine d'années se retrouvent parfois à la rue. Mais certains peuvent aussi être diplômés et ne pas s'en sortir...

Quand Julien et Steven reviennent dans le tunnel de la gare de Charleroi... ils se souviennent. C'est ici qu'ils ont passé la plupart de leurs nuits l'hiver dernier. "Lui il dormait ici et moi je surveillais. On ne sait jamais ce qui peut arriver dans la rue : agression, vol, … Heureusement on avait des couvertures et des oreillers grâce à l’abri de nuit de Dourlet", raconte Steven. Julien ajoute : "On faisait ça une nuit sur deux : une nuit c’était lui, l’autre c’était moi. On essayait d’alterner pour que chacun puisse dormir".

La plus grande richesse: les gens qui nous entourent

Ils ont 21 et 23 ans. L'un ne voulait pas être un poids financier pour sa mère en difficultés, l'autre a été mis à la porte de chez lui. Et aujourd'hui, ils sortent la tête de l'eau : Julien loue un petit studio et il héberge Steven. Le frigo n'est pas toujours plein, mais à eux deux ils s'en sortent tant bien que mal. Julien nous confie : "J’estime que la plus grande des richesses, ce n’est pas l’argent. Ce sont les gens qui nous entourent, les amis sincères qui sont autour de nous. On peut être dans la pire des misères, tant qu’il y a des gens autour de nous pour nous aider, on a toutes les richesses du monde parce qu’il y a toujours quelqu’un pour nous tendre la main et nous relever".

Benoît, lui, n'a pas connu la rue à 22 ans... Mais après avoir travaillé 3 ans comme ouvrier communal, il a perdu son emploi. Il s’était endetté pour aider son père, et avec le chômage, il n’arrive plus à rembourser ce qu’il devrait : "C’était déjà dur quand je travaillais. Je gagnais 1377 euros, et ma compagne recevait 400 euros d’allocations familiales parce qu’elle était à moitié orpheline. Mais depuis que j’ai perdu mon emploi, je touche 975 euros et elle seulement 300. Alors que je dois rembourser 1200 euros par mois". C’est évidemment trop pour ses revenus actuels. Alors Benoît cherche un nouveau job, mais il n'a pas toutes les chances de son côté : "Ce n’est vraiment pas facile. On nous demande toujours des diplômes, de l’expérience ou un permis de conduire. Moi je n’ai rien de tout ça !".

30% des jeunes au chômage à Bruxelles

Des qualifications, Chloé en a. Mais à 29 ans, elle est sans emploi depuis 3 ans... malgré son diplôme universitaire en journalisme, ses compétences en langues et son agrégation pour enseigner. Alors dans ce petit appartement bruxellois, comme elle dit, rien ne lui appartient. Si son compagnon n'était pas là, elle ne s'en sortirait pas : "Je suis au chômage comme cohabitante, je touche donc entre 350 et 400 euros par mois. Ce n’est pas énorme… Évidemment, c’est déjà mieux que rien, mais ce n’est pas avec ça que je pourrais aider mon compagnon à rembourser le prêt pour une maison par exemple. Même pour les courses, je peux en faire de temps en temps, mais ce n’est pas assez pour le mois. Au final, il n’y a qu’un salaire pour le ménage".

Comme elle, les jeunes en région bruxelloise sont plus de 30 % à être au chômage. C'est près d'un jeune sur trois. Chloé a pourtant baissé ses exigences : elle a travaillé à mi-temps dans un magasin de vêtements pendant six mois. Elle a aussi été employée polyvalente pendant un mois dans un syndicat. Des petits boulots qu’elle faisait plutôt quand elle était étudiante et qui sont loin de valoriser ses diplômes. La situation peut paraître étonnante, mais Chloé le dit : elle n’est pas la seule, et on l’oublie peut-être trop vite : " On se sent un peu comme des oubliés. Nous les diplômés du supérieur, on nous dit juste de nous débrouiller, personne n’a le temps de nous aider ".

Diplômés ou pas, soutenus par leurs proches ou isolés... Steven, Julien, Benoît et Chloé sont représentatifs d'une jeunesse qui chez nous, n’a décidément pas un avenir tout tracé.

Sarah Heinderyckx

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