Statues déboulonnées: pour Esmeralada de Belgique, "les évènements préoccupent évidemment le Roi Philippe"

A la veille des 60 ans de l’indépendance du Congo, les appels à la "décolonisation de l’espace public" se multiplient en Belgique... Que connaissons-nous vraiment de notre histoire commune? Faut-il en gommer certaines traces? La Belgique doit-elle s’excuser? Pour en parler sur le plateau de CQFD ce mercredi: Vincent Dujardin, historien à l'UCL, spécialiste de la monarchie belge et la princesse Esmeralda de Belgique.

Dommage que ça se passe par la violence mais c'est parfois le seul moyen

La princesse réagit aux statues de Léopold II récemment vandalisées, traduisant "énormément d'émotion et de frustration de la part des activistes. Cela fait très longtemps qu'ils demandent que la page du colonialisme soit expliquée dans nos écoles et que ça fasse partie de la conversation [...] La rage se manifeste maintenant contre ces statues, qui ne sont pas neutres", expose Esmeralda de Belgique pointant des statues représentant, dans leur très grande majorité, la suprématie de la race blanche et des colonisateurs. "C'est bien sûr dommage que ça se passe par la violence mais c'est parfois le seul moyen", ajoute-t-elle.

"Les historiens sont toujours rétissants à l'idée l'éliminer des traces du passé, cela ne veut pas dire pour autant qu'il faut des statues de Léopold II à chaque coin de rue", explique Vincent Dujardin. "Mais faire table rase du passé ne va pas renforcer la cohésion de la société, ce n'est pas en déboulonnant les statues qu'on va déboulonner le racisme", répète l'historien.

Derrière ces revendications: des discriminations à l'embauche et des actes de racisme

"Derrière ces revendications se cachent des discriminations à l'embauche persistantes et des actes de racisme toujours présents et peut-être pas suffisamment sanctionnés", poursuit Vincent Dujardin, "ce sont ces défis-là auxquels il faut s'attaquer".

"La mort de George Floyd nous a fait réaliser que le racisme est présent tout autant dans nos sociétés qu'aux Etats-Unis", estime Esmeralda de Belgique. "La discrimination à l'embauche, au logement, à l'éducation, le manque de visibilité dans les médias, etc. Nous sommes encore dans un système où c'est le blanc qui règne en maître", regrette la princesse qui se prononce en faveur de la présentation par la Belgique d'excuses officielles pour son passé colonial et qui ne cache pas la préoccupation du roi Philippe à ce sujet.

Le Belgique doit-elle présenter ses excuses?

Cette question sera débattue lors de la commission "vérité et réconciliation" annoncée ce mercredi à la chambre. Une commission parlementaire qui sera chargée de faire toute la lumière sur la colonisation du Congo par la Belgique et entamera ses travaux à la rentrée.

Mieux connaître et apprendre ce passé

Obliger l'enseignement de l’histoire coloniale de la Belgique dans tous les réseaux et toutes les filières, est une bonne nouvelle pour Vincent Dujardin qui met toutefois en garde contre la réduction des cours d'histoire: "je crois que pour favoriser la cohésion de notre société, on doit mieux connaître notre passé, notre passé colonial sous toutes ses facettes, c'est vrai aussi pour l'histoire générale de la Belgique d'ailleurs".

Esmeralda de Belgique s'en réjouit elle aussi: "De même que pour la commission de réconciliation décidée aujourd'hui. Je crois qu'il est important, au-delà des actions violentes, crimes et exactions survenus au Congo, de parler aussi de toutes les discriminations qui ont eu lieu, quand les populations ont été déplacées ou quand on leur a imposé notre langue ou notre religion, tout ça fait partie de ce passé colonial, dont nous devons absolument discuter", conclut la princesse Esmeralda.

 

CQFD, Ce Qui Fait Débat, chaque jour à 18h20 sur La Première et à 20h45 sur La Trois. L'entièreté de l'émission ci-dessous:

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