Squid Game : la signalétique jeunesse est-elle hors-jeu face à l’artillerie acidulée de Netflix ? "Le contrôle parental est indispensable"

Il suffit de regarder la bande-annonce pour s’en rendre compte : du rose, du bleu, du jaune comme sur des jouets, une poupée géante, un écran avec les profils des "joueurs" éliminés comme sur les consoles, des "mondes" avec des petits nuages naïfs au mur… Visuellement, il est plutôt évident que les enfants vont avoir envie de regarder la série Squid Game. Tous les codes sont là pour que ce soit le cas.

C’est la manière dont le psychopédagogue de l’Université de Mons, Bruno Humbeeck, analyse la série Netflix sur nos antennes ce matin. "Ce qu’il y a de tout à fait pervers dans cette série, c’est qu’elle détourne des jeux d’enfants et toute la mise en scène est rose acidulé. Quand vous tapez sur l’image, spontanément vous voyez quelque chose qui semble tout à fait anodin, ce sont des jeux d’enfants."

Une artillerie acidulée qui fait passer la petite pastille "interdit aux moins de 16 ans" totalement inaperçue. Chez nous, la signalétique jeunesse a été imaginée pour la télévision à l’époque. La preuve avec sa description sur le site du Conseil supérieur de l’audiovisuel (CSA), l’organe qui régule les contenus vidéos.

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© Cinecheck

Les programmes de la catégorie 4, déconseillés aux moins de 16 ans, "ne peuvent être diffusés entre 6 heures et 22 heures…". Une première partie de phrase complètement hors-jeu à l’heure des plateformes non-linéaires comme Netflix. Voilà pourquoi le CSA ajoute : "…sauf si leur diffusion est soumise à l’introduction d’un code d’accès parental".

Netflix en dehors du champ d’action du CSA

Et puis, géographiquement, Netflix ne répond pas au cadre réglementaire belge. "Pour notre région du monde, Netflix dépend des Pays-Bas. C’est donc à la législation hollandaise que la plateforme de streaming doit répondre", explique Geneviève Thierry. Elle est conseillère CSA pour la protection des mineurs. "Si on reçoit une plainte contre Netflix, on la renvoie à l’organe hollandais." C’est donc le NICAM (Het Nederlands Instituut voor de Classificatie van Audiovisuele Media), l’équivalent du CSA, qui encadre le géant américain sur le territoire belge.

Le cadre néerlandais est similaire au nôtre car il répond aux règles décidées par l’Union européenne : avec une signalétique en fonction des âges et des types de contenus qu’on y retrouve. "Chez nous, un comité de visionnage regarde les contenus et décide de la catégorie en fonction des scènes de violence physique comme psychique ou de sexe", explique Geneviève Thierry. "En Hollande, ce sont les éditeurs de contenus eux-mêmes qui décident. Ils ont des critères supplémentaires : la drogue et l’alcool, le langage grossier et la discrimination."

Mais quand bien même ces pictogrammes sont indiqués, ils ne font pas toujours le poids face à un univers aussi attirant que celui de "Squid Game" pour les enfants.

Le contrôle parental, une condition pour que ça marche

Pour que la signalétique jeunesse ait du sens, il est donc nécessaire d’ajouter un contrôle parental. C’est d’ailleurs ce à quoi nous renvoie Netflix quand nous l’avons sollicité pour répondre à nos questions dans le cadre de cet article.

Le principe est de régler les paramètres dans Netflix avec un code pour que les enfants ne puissent pas accéder à des contenus inappropriés. Une manière d’éviter ce qu’une maman nous expliquait dans un reportage radio ce matin. "Je ne vais pas voir tout le temps ce qu’elle regarde. Pour moi, elle jouait à la Playstation, mais là, elle regardait Netflix. Pourtant, elle sait que j’avais dit non."

En pratique, la plateforme de film en ligne propose de créer des profils distincts pour chaque membre de la famille et d’associer une catégorie d’âge spécifique. Certains profils peuvent être verrouillés avec un code PIN, celui des parents en l’occurrence, puisqu’il donne accès aux contenus "d’adultes". Les enfants ne peuvent alors pas se tromper en cliquant sur des contenus qui paraissent être des "jeux d’enfant" mais qui sont en fait ultraviolents. Les parents peuvent également demander qu’un code PIN soit saisi pour créer un nouveau profil.


►►► Lire aussi : Des comportements violents inspirés de Squid Game observés dans nos écoles : "Pour avoir le dialogue, il faut avoir regardé"


Une protection "automatique" qui ne suffit pas pour la conseillère pour la protection des mineurs au CSA. Une présence ponctuelle est indispensable. "Heureusement que la signalétique existe", défend Geneviève Thierry. "Mais il faut que les parents aient un œil sur la consommation audiovisuelle de leurs enfants. Ça fait partie de l’éducation : ne pas se laisser 'embobiner' par des productions qui ont l’air de s’adresser à eux mais qui au fond ne leur correspond pas. Et c’est bien pour cela que la signalétique est là."

Dernier complément indispensable pour la conseillère : l’éducation aux médias. "Il faut discuter de ce que l’enfant a vu." Une éducation qui ne repose pas que sur les épaules des parents. Des associations proposent ce genre d’animation dans les écoles comme Média animation ou Action médias jeunes. Aux adultes aussi de jouer le jeu.

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JT 06/10/2021

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