Les femmes sportives, encore trop loin du feu des projecteurs

Certains sports, comme la boxe, restent trop souvent considérés comme la chasse gardée des hommes.
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Certains sports, comme la boxe, restent trop souvent considérés comme la chasse gardée des hommes. - © RTBF

Coup d’envoi le 7 juin ! Le compte à rebours est lancé avant le démarrage de la coupe du monde de football féminin. Un événement qui reste bien moins médiatisé que son équivalent masculin. Aujourd’hui encore, les sportives évoluent dans l’ombre des sportifs.

Femme, sportive… une histoire de cumul

La première qualité de la femme sportive ? L’organisation. Entraînements, compétitions, vie de famille et travail rémunéré… pour les sportives, le quotidien prend souvent des allures de marathon.

A 23 ans, Delphine Thirifays se verrait bien vivre de sa passion. Mais cette coureuse de fond ne se fait guère d’illusion. Les heures passées à transpirer sur la piste et les médailles qu’elle décroche régulièrement n’y changent rien. Son constat est implacable : « On est dans un pays qui n’offre pas l’opportunité d’en vivre, encore moins en tant que femme ».

Pour gagner sa vie, la jeune athlète donne donc des cours d’éducation physique. Car le principal frein à la professionnalisation des sportives, c’est bien l’argent.

On se sent rabaissées. C’est frustrant à la longue

En 2017, alors que le gagnant du marathon de Bruxelles remporte 1000 euros, la première dame, elle, n’en reçoit que 300. Même pas le tiers. L’épisode fait polémique et le grand public prend connaissance de la pratique. Une pratique en réalité bien plus répandue qu’il n’y paraît.

« C’est très courant », confirme Delphine Thirifays. L’athlète liégeoise en a d’ailleurs elle aussi fait les frais. « Un jour par exemple, j’ai terminé troisième. Les trois premiers hommes étaient récompensés, mais uniquement la première femme. On se sent un peu rabaissées, c’est frustrant à la longue. »

De si jolies sportives: quand le physique paye plus que la performance

Un coup de pouce financier qui serait pourtant plus que bienvenu. Le matériel, les déplacements, les inscriptions aux courses, tout cela a un coût. Reste alors l’option du sponsoring. Mais là encore, pas simple d’attirer des mécènes lorsque l’on est une femme. À moins, justement, de jouer de sa féminité.

« Certaines femmes n’hésitent pas à mettre leur corps d’athlète en avant, à poser ou à faire des shootings pour attirer des sponsors. Moi, ce n’est pas trop mon trip, mais je sais que certaines femmes le font pour toucher un peu d’argent », raconte la jeune sportive.

Le travail ou les études, en plus des matches et entraînements, c’est aussi le quotidien des Liège Panthers. Les basketteuses liégeoises évoluent en division 1 et sont 5e du championnat féminin en Belgique. « Chez les hommes, dans une équipe de même niveau, tous les joueurs sont professionnels. Nous n’en avons qu’une seule », se désole Pierre Cornia, leur entraîneur.

Nous, on doit penser au quotidien

Il encourage donc les joueuses à étudier et à décrocher un diplôme, une sécurité indispensable. « Nous finançons même leur logement et leur minerval », précise le coach. Un coup de pouce qui paraît pourtant bien maigre, comparé aux milliers d’euros mensuels que gagnent certains basketteurs de même niveau.

A la clé, quelques frustrations. « J’aime mon métier », assure Natacha Doppée, la capitaine des Liège Panthers, « mais c’est vrai qu’on rencontre des équipes étrangères qui ne font que s’entraîner, qui ne vivent que pour ça. Nous à côté, on doit penser au quotidien ».

Pour les sportives qui veulent se faire un nom, l’autre grand obstacle est culturel. Il y a les sports considérés comme féminin et ceux que l’on a tendance à réserver aux hommes. La boxe fait partie de ceux-là. Et puis il y a celles qui aiment donner quelques uppercuts aux clichés. Nathalie Toro fait partie de celles-là.

Regarde, elle a des grosses cuisses

Ancienne championne du monde de boxe, elle a parfois dû en découdre avec ceux qui voyaient son ascension d’un mauvais œil. « Quand on a commencé à parler de moi, certains hommes étaient un peu jaloux de mon succès. Alors, à l’entraînement, ils essayaient de me mettre KO. J’appelle ça de l’orgueil mal placé. »

Nathalie Toro se souvient aussi des commentaires acerbes du public sur son passage, parfois plus intéressé par son physique que par ses performances. « Regarde, elle a des grosses cuisses, elle n’est pas terrible. » Des remarques blessantes, que Nathalie Toro a réussi à encaisser.

Il y a pas mal d’ados qui ne veulent pas s’entraîner avec des filles

À 46 ans, après une belle carrière de boxeuse, elle est aujourd’hui entraîneuse. Elle enseigne son sport aux hommes comme aux femmes et fait de son mieux pour démonter les clichés sexistes. « Il y a pas mal d’ados qui ne veulent pas s’entraîner avec des filles, souvent parce qu’ils ont peur de leur faire mal. Alors, je les mets contre des filles très fortes… et ils changent d’avis ! », s’amuse la sportive.

Car les clichés ont effectivement la peau dure. « Historiquement, le sport a d’abord été valorisé pour les hommes, car il fait appel à des valeurs considérées comme masculines, comme le courage ou la performance », analyse Laudine Lahaye, chargée d’études pour les Femmes prévoyantes socialistes. « Des filles, on attend plutôt qu’elles soient douces et gentilles. Donc elles ne sont pas éduquées dans l’idée qu’elles peuvent devenir de grandes sportives. »

Pas d’idoles pour les petites filles

Autre problème : la trop faible médiatisation du sport féminin. « Du coup, c’est beaucoup plus difficile pour les petites filles de s’identifier à une sportive de haut niveau. Elles n’ont pas de modèle. Elles vont avoir du mal à se projeter et à se dire : elle y est arrivée donc moi aussi je peux y arriver. »

En Belgique francophone, les femmes sont bien moins nombreuses que les hommes à pratiquer leur sport à un niveau professionnel. Selon les statistiques les plus récentes de la Fédération Wallonie-Bruxelles, près de trois quarts des sportifs professionnels sont des hommes.

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