"Souvent, les gens pensent respecter l'autre, mais sont inconscients qu'ils ne le respectent pas"

"Souvent, les gens pensent respecter l'autre, mais sont inconscients qu'ils ne le respectent pas"
"Souvent, les gens pensent respecter l'autre, mais sont inconscients qu'ils ne le respectent pas" - © Tous droits réservés

Pascale Sztum, spécialiste de la gestion de la diversité, était l'invitée de Jour Première ce lundi 19 mars. Son rôle : aider les entreprises et les organisations à développer des compétences liées à la gestion interculturelle. Elle a répondu aux questions de François Heureux.

Face à l'altérité, à la différence culturelle avons-nous naturellement une propension à nous ouvrir ou à nous refermer ?

"Nous avons une propension à nous refermer. Ce qu'il faut savoir, c'est qu'être tolérants et être ouverts aux gens qui sont différents ne suffit pas à résoudre les difficultés des relations interculturelles. Ça va bien au-delà. Nous ne sommes pas équipés, même quand nous sommes représentatifs d'une identité particulière. Que nous soyons d'une certaine religion, d'une certaine nationalité ou que nous parlions une langue étrangère en particulier, nous ne sommes pas nécessairement compétents pour gérer les relations interculturelles."

Nous n'avons pas les clés naturellement en nous ?

"Non. Il y a une différence entre la culture et l'interculturel. On peut être expert dans une culture. Mais si on vous met à la table avec des gens experts d'autres cultures, vous n'avez pas les clés pour comprendre la problématique de l'interculturalité, qui consiste à comprendre la dynamique. Que se passe-t-il quand on met des gens d'identités différentes ensemble ? Souvent, les gens pensent respecter l'autre, mais sont inconscients qu'ils ne le respectent pas, et vice versa. Il faut développer de nouvelles compétences, des compétences qui ne sont pas naturelles et qu'on appelle les compétences interculturelles. Ce sont celles-là que l'on développe dans des microcosmes qui sont des entreprises constituées d'équipes tout à fait multiculturelles, donc des gens issus de pays différents et qui doivent réussir cette diversité."

Quelles sont ces clés ?

"C'est d'abord prendre conscience de son propre profil culturel, de l'origine de ce que nous appelons la manière de faire, la manière d'être, de ce qui se cache derrière ce qu'on appelle le respect, la liberté. Et de comprendre qu'en fait nous connaissons de notre culture seulement une toute petite partie, celle qui est visible et tangible, mais qu'il existe aussi une partie tout à fait invisible qui nous influence sans que nous en soyons conscients. Nous ne sommes pas conscients que d'autres ont une culture invisible totalement différente. Donc, quand les cultures se rencontrent, il y a vraiment un choc qui fait que nous allons voir l'autre avec notre système de référence."

Est-ce que, dans le monde du travail, la diversité est encore plus compliquée à obtenir que dans la vie normale, puisqu'on sait que dans le monde du travail il y a de la compétition, des relations qui sont parfois moins amicales ou plus biaisées que dans la vie ? Est-ce que c'est encore plus compliqué à instaurer dans le milieu professionnel ?

"Pas nécessairement. Je pense que par exemple les entreprises qui ne survivraient pas si elles ne faisaient pas de profit sont obligées de réussir la diversité, et donc elles mettent les moyens en œuvre, c'est-à-dire qu'elles investissent. Si on en sait plus sur la diversité, c'est grâce aux études comparatives qui ont été faites, notamment dans des sociétés multinationales où des gens ayant le même profil se distinguaient de leurs collègues d'autres filiales. Donc, grâce à ce qu'on connaît dans ce domaine-là, il y a d'autres problématiques que celle de l'entreprise, dont il faut tenir compte pour gérer la diversité, notamment le problème de l'acculturation et le problème de la perte d'identité des jeunes issus de l'immigration, qui sont nés en Belgique et qui ne sont ni de leur pays d'origine ni Belges. Quand on arrive à recomposer le puzzle fait de tous ces éléments, on arrive à comprendre vraiment quelle est la dynamique, quelles sont vraiment les causes et quelle est aussi la cause du racisme. Maintenant, on en sait suffisamment sur la cause de racisme pour dire que, si on connaît la cause, on peut en trouver un remède."

Est-ce que Bart De Wever et ce genre de discours populiste flattent une partie de nous, une peur que nous avons tous en nous de l'altérité ?

"Sans doute qu'il rassure des gens qui ne comprennent pas ce qui se passe, qui sentent qu'ils ne se sentent pas respectés. Ils se sentent peut-être envahis par des gens qui ne leur ressemblent pas, qui ont droit de cité et qui ont les mêmes droits qu'eux. Je pense donc que si on arrive à démonter le mécanisme, ces gens ont peut-être raison dans leur logique d'avoir peur, mais il y a moyen de transformer cette peur."

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