Sourde et contaminée par le coronavirus: l'appel de Marianne sur les réseaux sociaux

Marianne Queval veut sensibiliser le personnel médical, lorsqu'il est confronté à des personnes sourdes.
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Marianne Queval veut sensibiliser le personnel médical, lorsqu'il est confronté à des personnes sourdes. - © FACEBOOK/QUEVAL

L’épidémie de coronavirus frappe toutes les catégories de la population, sociales et d’âge, avec plus ou moins de gravité. Elle frappe également des personnes déjà porteuses d’un handicap, comme les sourds et malentendants. Marianne Queval, 30 ans, habite en France à Valenciennes, près de la frontière belge. Elle est sourde de naissance. "C’est héréditaire, cela vient du côté maternel." Elle n’a pas été testée.

Mais selon les médecins qui la suivent, elle présente tous les symptômes du Covid-19. Dans une vidéo postée sur Facebook, longue de 16 minutes, elle explique, en langue des signes, toutes les difficultés rencontrées face au personnel médical. Elle est consciente des efforts fournis par les urgentistes, médecins, infirmiers. Mais "il faut que les médecins et infirmières apprennent la base de la langue des signes", dit-elle après avoir été contactée par la RTBF.

Une fatigue et des frissons

En lien avec la vidéo, un long texte résumant son histoire où elle rappelle tout d’abord comment la maladie s’est installée. "Ça a commencé il y a une semaine, j’étais tout le temps fatiguée, je pensais c’était lié au travail et au fait que j’élève mon fils seule", raconte Marianne, employée dans une entreprise de conseils vidéo pour personnes sourdes. "Ensuite jeudi/vendredi, j’ai eu des maux têtes horribles et des maux de ventres. Ensuite, samedi matin je me réveille avec le nez bouché et un mal de gorge. Mais toujours pas de fièvre. Dimanche : toujours mal à la tête toujours enrhumée, (des) courbatures. Lundi : toujours pareil mais cette fois-ci je toussais, j’éternuais je ne sais pas combien de fois. J’avais très froid malgré le chauffage, j’en tremblais même de la bouche. En rentrant au soir j’étais exténuée. J’avais encore très froid, (des) maux de tête mais toujours pas de fièvre."

Le message, partagé plus de 1200 fois se poursuit, pour celle qui est très impliquée dans le combat pour l’intégration des personnes sourdes et malentendantes. Marianne Queval a été élue Miss France sourde 2013: un statut qui l’amène à prendre parfois la parole sur ces questions. "(Le) lendemain matin je devais aller au boulot. Je n’arrivais pas à sortir de mon lit. J’étais complètement malade, c’était pire qu’hier. J’ai pris alors ma température : je faisais 38,3. J’informe à mon travail que je ne peux pas venir bosser. J’appelle donc le Samu." Nouvelle prise de température à l'arrivée des ambulanciers: 39,6!

Lecture labiale impossible

Transfert à l’hôpital. Là, "manque d’accessibilité", regrette la maman. "Comme vous le savez, toutes les personnes sourdes lisent souvent sur les lèvres (la lecture labiale)." Mais face à des médecins qui doivent impérativement se protéger, impossible! "Je me suis retrouvé stressée, noyée car je ne comprenais rien avec leur masque. Je leur demande de baisser le masque pour que je puisse comprendre. Refus catégorique! Chose (que) je peux comprendre", écrit Marianne Queval qui avait également oublié ses lunettes. "Imaginez ma frustration au fond de moi. J’ai demandé d’écrire ce refus aussi car je n’ai pas de gants, donc risque de contamination. J’étais en colère au fond de moi, frustrée. J’avais l’impression d’être une petite fille perdue en plein milieu de la mer.

Les examens médicaux commencent. Tension, test de diabète, taux d’oxygène. "Je suis en basse tension et mon cœur va trop vite. D’après eux, c’est normal que mon cœur bat trop vite car il combat la température." Mal au ventre, mal au dos. Marianne doit encore faire une prise de sang. Mais pas de test de dépistage Covid-19. "On me dit que non que c’est réservé aux personnes dans un état critique, âgées et (aussi au personnel médical)", s’étonne Marianne. "Je ne comprends toujours pas."

Une asthénie due à une possible infection au coronavirus

La conclusion "rassurante" des médecins tombe: "J’ai fait une asthénie (liée à une) possible infection au coronavirus sans aucun critère de gravité clinique ni biologique", témoigne celle qui n’a "rien compris à ces termes médicaux". "On me dit de rentrer chez moi, de rester en quarantaine (avec) interdiction de sortir. Et de revoir mon docteur traitant pour un arrêt maladie."

Ici aussi, même problème qu’à l’hôpital: un intervenant médical qui porte un masque et se trouve éloigné de sa patiente. "J’arrive à comprendre la moitié de ce qu’elle dit. Elle me dit la même chose pour le dépistage. Donc, je lui pose la fameuse question: j’ai le coronavirus ou pas ? Elle me dit: oui, vous avez le coronavirus. Et me prévient de faire attention au 7-8e jour. Il y a un risque de nouveau symptôme (comme) l’insuffisance respiratoire. Je suis choquée, je rentre chez moi dépitée, incomprise car je n’ai pas été dépistée."

Il faudra trouver une solution pour les futurs patients sourds

Affectée physiquement, Marianne Queval déplore alors le manque d’accessibilité. "Je suis fâchée. […] Je comprends que les médecins ne veulent pas prendre de risque mais ils pouvaient faire un effort d'écrire. Il faudra trouver une solution pour les futurs patients sourds. Je n’ai pas envie qu’ils se retrouvent dans la même situation que moi." Interrogée par la RTBF, elle précise: "Seul un ambulancier a été très gentil et a voulu enlever son masque pendant le trajet. Mais à l’hôpital, avec les médecins et infirmières, c’était une autre histoire." Personne ne pratiquait la langue des signes. "Non pas un seul. Et ils n'informaient même pas leurs collègues que j’étais sourde. Chaque fois, il y avait un nouveau médecin: il fallait je redise que j’étais sourde."

Qui dit infection, dit quarantaine. Marianne doit s'y plier. "Je suis séparée de mon fils pendant 15 jours." Une frustration de plus. Et en parallèle, un coup de gueule. "Il ne faut pas prendre à la rigolade le coronavirus. Et cet après-midi par-dessus mon balcon, je vois encore des gens se balader. […] Ça m’a mis en rage." Elle explose et s’adresse aux personnes qui ne respectent pas les règles de confinement. "Tout le monde n’a encore rien compris. Vous n’avez pas vu l’Italie avec ses 3000 morts ? Vous voulez qu’on batte le record de l’Italie ou quoi ??? La Chine est en voie de guérison: ils ont été confinés pendant deux mois et demi. Et vous croyez (qu')en 15 jours le virus sera éradiqué ? Vous ne respectez même pas le règlement que (le président français) Macron impose !"

C’est pour les personnes à risque qu’on doit rester à la maison !

Le coronavirus est dangereux pour les personnes à risque: personnes âges, diabétiques, insuffisants respiratoires, asthmatiques… "C’est pour eux qu’on doit rester à la maison!" Marianne Queval évoque les asymptomatiques. "Vous croyez quoi: que Macron a fermé les écoles pour les vacances!?? Parce ce que justement les enfants sont porteurs de virus sans symptômes, c’est pour éviter la propagation!! Et que les plus fragiles soit touchés!!! Et y’a aussi des adultes porteurs de virus sans symptômes. C’est pourquoi, on vous dit de (ne) pas côtoyer les personnes fragiles c’est-à-dire vos parents, vos grands-parents, etc."

Son billet se termine par un message à ses collègues qui la soutiennent, aux internautes qui respectent les mesures de confinement. "Je vous embrasse mais de LOIN."

Ce vendredi, Marianne Queval a publié un nouveau post: un montage photos montrant des professionnels de santé portant des masques très particuliers. Ceux-ci laissent apparaître la bouche derrière un film transparent, protégeant ainsi toujours le médecin ou l’infirmier. La solution à l’avenir dans les hôpitaux pour communiquer avec les patients sourds?

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