Instruction ouverte pour possible pédophilie en classe verte d'une école de Forest: la lenteur des autorités dénoncée

La réunion entre parents et pouvoir organisateur de l'école communale s'est tenue à huis clos dans l'hôtel de ville de Forest
La réunion entre parents et pouvoir organisateur de l'école communale s'est tenue à huis clos dans l'hôtel de ville de Forest - © RTBF

Réunion de crise ce mardi soir à l'hôtel de ville de Forest. Le pouvoir organisateur d'une école communale recevait une bonne centaine de parents inquiets. Ils venaient d'apprendre qu'en novembre dernier, un jeune enfant aurait été victime d'attouchements lors d'un voyage en classe verte. Depuis, une instruction a été ouverte. Mais personne n'a été informé.

"Ce sont des évènements qui se sont passés au mois de novembre et nous apprenons seulement aujourd'hui que nos enfants ont été confrontés à un prédateur. Nous sommes donc en quête de réponses", nous confiait un parent d'élève avant la réunion.

Auteur inconnu

Les faits se seraient déroulés en novembre dernier, lors d'un déplacement dans un centre de loisirs en Ardenne. Le lieu précis de l'agression et l'identité de l'auteur ne sont pas encore clairement établis. En novembre dernier, une enfant de 4 ans a parlé à ses parents d'actes qui semblaient abusifs au retour d'une classe verte en région liégeoise. Ils l'ont conduite à l'hôpital et SOS enfants leur a confirmé la suspicion d'abus Une instruction a été ouverte au parquet de Bruxelles pour faits de mœurs.

Des faits pris très au sérieux, même s'il faut rester prudent. "Rien ne permet de dire à ce stade qu'il s'agit d'une personne du domaine en question ou de l'entourage de l'école ou autre", prévient Denis Goeman, porte-parole du Parquet de Bruxelles, "c'est vraiment une enquête qui est menée pour déterminer l'auteur. Il faut donc être prudent et certainement pas formuler des hypothèses par rapport à un auteur à ce stade".

Il y avait un risque

Pendant trois heures d'une rencontre sous haute tension, les parents ont surtout reproché le départ d'un deuxième groupe d'enfants au même endroit et dans les mêmes circonstances, alors que les parents de la victime avaient prévenu l'école.

"Il y avait un risque", déplore un des parents présents à la réunion, "On ne savait pas à quel niveau, mais ça veut bien dire qu'il y en avait un. Or, l'école a quand même décidé de laisser partir ce bus".

Le pouvoir organisateur mis en cause

Vivement critiqué, le bourgmestre socialiste Marc-Jean Ghyssels a fini par reconnaître des torts hier soir : "J'ai reconnu devant les parents qu'il y a eu erreur parce que ça ne correspondait pas à leurs attentes. Mais j'ai aussi pris cette décision avec toutes les personnes concernées sur base d'éléments qui étaient en ma possession à ce moment-là".

Bernard De Vos, délégué général aux droits de l'enfant, avait pourtant pris contact avec le pouvoir organisateur dès la mi-décembre. Alerté par des parents, il avait alors insisté auprès de la commune sur l'importance d'une communication.

Médiation du délégué aux droits de l'enfant

"Quand il y a un abus dans le cadre d'une vie en collectivité : l'habitude est d'avertir les éducateurs naturels, c'est-à-dire les parents, et d'autres éducateurs qui tournent autour des enfants des faits pour leur permettre d'être attentifs à d'éventuels signes ou symptômes", précise Bernard De Vos, "Je l'ai recommandé à ce moment-là et par la suite aussi, mais j'interviens un mois après les faits, c'est qui est déjà tard".

Le délégué général aux droits de l'enfant servira désormais de médiateur entre parents et commune. Un dispositif devrait être mis en place pour écouter et rassurer élèves et parents dans les jours qui viennent.

Conseil communal spécial

Ce mercredi, les échevins Ecolo ont demandé la tenue d'un collège communal en urgence. Il était suivi à 16h30 d'un conseil communal pour que le bourgmestre et l'échevine de l'Enseignement puissent répondre aux nombreuses questions des conseillers qui ignoraient pour la plupart les événements du mois de novembre.

Évelyne Huytebroeck, cheffe de groupe Ecolo à Forest, a déploré le délai très long qui s'est écoulé entre les faits et la communication aux parents.

Elle estime que les parents auraient dû être prévenus beaucoup plus tôt, et regrette la façon dont la situation a été gérée.

Le bourgmestre de Forest, Marc-Jean Ghyssels, indique qu'une réflexion est en cours pour trouver un mécanisme qui permettrait d'associer les parents à des décisions d'importance qui nécessitent une confidentialité certaine: "quand on est informés des faits la veille du départ, en accord avec la police et le parquet, on convient de maintenir les enfants dans le lieu de vacances, mais avec instruction de ne jamais quitter les enfants. Comme les faits se seraient déroulés pendant la classe verte, une fois les enfants rentrés à Bruxelles, on considère qu'ils sont hors de danger. La direction a alors mis en place avec le PMS (centre psycho-médico-social) et des psychologues des opérations de surveillance pour être attentif au comportement des enfants. On le fait discrètement parce qu'on n'a pas d'élément hormis le dépôt d'une plainte mais sans aucun détail, parce que les parents de la victime nous ont demandé d'être discrets et parce que le parquet nous a demandé de ne pas communiquer afin de ne pas compromettre le déroulement de l'enquête. Nous, ils nous apparaît que communiquer en ayant des éléments incomplets serait de nature à provoquer une grande panique".

De son côté, la régionale de Bruxelles de la fédération des associations de parents de l'enseignement officiel (FAPEO) a fait part de son inquiétude face aux faits de mœurs dénoncés par les parents d'élèves et a manifesté sa totale solidarité avec les familles concernées. Elle a appelé les autorités forestoises à ajourner toute sortie scolaire vers des lieux où le doute existe quant aux risques d'insécurité physique et/ou psychologique pour les enfants, mais aussi à collaborer avec les services du Délégué général aux droits de l'enfant, ainsi que de mettre en place un service indépendant de médiation scolaire.

Complément d'information : en décembre 2018, la chambre du conseil a prononcé un non-lieu dans cette affaire en raison d'une absence d'infraction, celle-ci n'ayant pu être objectivée.

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