Sortir l'avortement du code pénal: 3 questions à Sylvie Lausberg

Sortir l'avortement du code pénal: 3 questions à Sylvie Lausberg
Sortir l'avortement du code pénal: 3 questions à Sylvie Lausberg - © Tous droits réservés

Ce jeudi 8 juin, des associations de défense des droits des femmes, le Centre d’Action Laïque, les fédérations de centres de planning familial manifesteront contre les violences faites aux femmes et aux filles. Parmi ces violences, les organisateurs de la manifestation pointent notamment l’inscription au code pénal de l’avortement.

Trois questions à Sylvie Lausberg, qui dirige le département étude et stratégie du CAL.

Pourquoi considérer que l’inscription de l’IVG dans le code pénal est une violence ?

"Une violence, c’est exercer sa force contre quelqu’un d’autre. C’est donc contraindre quelqu’un. En Belgique, on contraint les femmes dans un carcan légal très strict et en plus, les femmes ne peuvent pas décider. Elles sont soumises à un médecin qui doit attester qu’elles sont 'en détresse', alors que pour beaucoup de femmes, l’avortement est plutôt une solution. C’est difficile de prendre la décision, mais une fois qu’elles l’ont prise, elles sont soulagées de pouvoir le faire dans de bonnes conditions."

"Le fait que ce soit dans le code pénal, cela implique que si elles ne respectent pas toutes les conditions de la loi, les femmes et les équipes soignantes peuvent être soumises à une enquête, une instruction, et une condamnation. Les conditions sont assez strictes. Prenez par exemple les six jours obligatoires entre la première consultation et l’intervention. Six jours incompressibles, cela signifie que certaines femmes ne sont plus dans les délais et doivent donc être envoyées aux Pays-Bas. Cela touche des femmes plus fragiles, moins informées, et souvent plus précaires au niveau socio-économique et ce sont elles qui doivent aller aux Pays-Bas où cela coûte 1000 euros. "

Comment l’IVG est-elle décrite dans le code pénal Belge ?

"C’est un 'délit contre l’ordre des familles et contre la moralité publique'. Donc on voit bien que les femmes n’existent pas là-dedans. On parle des 'familles', donc les femmes doivent être assignées à maternité, rester à la maison, et on parle de 'la moralité publique' parce qu’on sait bien que les hommes avaient la liberté de faire l’amour avec qui ils voulaient mais que les femmes n’avaient pas le droit à la sexualité libre. Nous sommes maintenant au 21ème siècle. Il est temps de dépoussiérer tout cela. Pour nous, c’est vraiment le bon moment en Belgique. Le Luxembourg a sorti l'IVG du code pénal en 2014, et ils avaient le même code que nous. La Belgique doit faire le pas."

Pourquoi maintenant ? Alors que les femmes ont quand même largement accès à l’avortement en Belgique ?

"Avant tout, je voudrais vous signaler qu’en Belgique, il y a des femmes, des filles, qui avortent en dehors des centres de planning, qui ont honte. Les femmes ne sont pas des sous-sujets. La question de ce qui se passe dans notre propre corps, ça nous regarde, en tout cas jusqu’à 12 semaines de grossesse et on n’a pas besoin d’un censeur qui vient dire : 'Vous pouvez le faire mais c’est une faute.' On doit créer un front au cœur de l’Europe pour défendre ce droit fondamental des femmes à décider pour elles-mêmes."

"Parce qu’on voit bien que dans les pays de l’après rideau de fer où l’Eglise est très présente, le droit à l’avortement est bafoué. En Hongrie, ils ont inscrit la protection de l’embryon dans la constitution, ils avaient une loi qui permettait d’avorter mais c’est terminé. En Grèce, en Espagne, en Pologne, on voit que les menaces s’accroissent avec des formes très différentes. En Belgique il y a maintenant plusieurs projets de loi qui vont dans le sens de la dépénalisation complète de l’avortement. Ce serait une bonne chose que cela se fasse, tout en gardant l’accompagnement, notamment psychologique, qui existe chez nous."

 

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