Sortie du nucléaire en 2025 : on risque de n'être prêt ni à garder nos centrales, ni à les remplacer

La loi prévoit la sortie du nucléaire en 2025 en Belgique. Cette date est remise en question et est sur la table des négociateurs fédéraux. Existera-t-il suffisamment d’alternatives pour se passer du nucléaire dans 5 ans ? Est-ce que c’est une bonne idée d’arrêter les centrales belges au regard des enjeux climatiques ? Laurent Minguet, ingénieur physicien et entrepreneur et Jan Vande Putte expert Énergie de Greenpeace Belgique en discutaient dans CQFD.

"On n'est pas prêts à abandonner le nucléaire"

Le problème, pour Laurent Minguet c’est que la Belgique n’est pas prête à sortir du nucléaire. C’est une question de pragmatisme : "Le nucléaire n’a pas d’avenir, il faut en sortir. Mais il faudrait 15 à 20 ans pour que notre pays soit 100% énergie renouvelable". Si la Belgique se passe bien de ses centrales en 2025, faute de renouvelable suffisant, elle devrait produire son énergie essentiellement à partir de gaz, c’est d’ailleurs l’option politique qui a été prise en encourageant les investissements dans les centrales au gaz. Pour éviter cela, Laurent Minguet propose de prolonger deux des sept réacteurs nucléaires belges pendant 15 ans.

Sans nucléaire, ce sera compliqué de respecter nos engagements de réduction d’émission de gaz à effet de serre

"Si on remplace ces 2 réacteurs par des centrales au gaz en 2025, on produira 7 millions de tonnes de Co2 par an. C’est beaucoup ! Ce sera alors compliqué de respecter nos engagements de réduction d’émission de gaz à effet de serre. Je suis comme Greta Thunberg : le nucléaire n’est pas mon premier choix mais de deux maux, je choisis le moindre. Il vaut mieux garder quelques centrales et lutter contre le changement climatique plutôt que de dire "nucléaire, non merci".

"Le nucléaire n'est pas fiable"

Du côté de Greenpeace, on a beau être de fervents défenseurs du respect des engagements climatiques, Jan Vande Putte plaide pour la sortie du nucléaire en 2025 et déplore d’être mis devant le fait accompli : "S’il n’y a pas d’alternative aujourd’hui, ça ne tombe pas du ciel. Ça a été fabriqué. Depuis 2003 et la signature de la loi de sortie du nucléaire il y a un lobby intense pour prolonger les centrales. Engie et certains idéologues pro nucléaire veulent garder le nucléaire comme une nécessité. Mais aujourd’hui, on assiste à la faillite de cette idéologie parce que nos vieilles centrales ne sont plus fiables. Elles tombent souvent en panne. On ne peut plus compter dessus et on n’a pas fait assez pour les remplacer. La pire des choses qu’on pourrait faire, à présent, c’est répéter cette erreur et croire que ces vieux réacteurs qu’on voudrait prolonger vont être disponibles". Pour Greenpeace, ce n’est donc pas seulement une question d’émission de CO2 mais surtout de sécurité d’approvisionnement énergétique. Si on compte sur nos centrales pour l’avenir, il y a des risques de pénurie d’électricité selon Greenpeace.

Le manque d'alternative aujourd'hui ne tombe pas du ciel. Ca a été fabriqué

Aujourd’hui, l’ensemble du parc nucléaire belge, 7 réacteurs (à Tihange et Doel), assure presque la moitié de la production d’énergie belge. Pour Laurent Minguet, quand bien même les deux réacteurs que la Belgique prolongerait quelques années n’étaient pas complètement fiables, quand bien même ils seraient parfois indisponibles, ils pourraient quand même encore produire 10 à 20% de l’électricité belge. "Ça fait toujours ça de centrale au gaz en moins" et donc d’émission de Co2 en moins.

Prolonger coûte cher

Le problème, pour Greenpeace, c’est qu’à force de reporter la sortie, on n’a pas d’incitant à investir dans les alternatives : "Il faut avancer implore Jan Vande Putte. Aujourd’hui, c’est la fin du nucléaire, ça ne tient plus la route. Il faut donc de toute façon investir dans d’autres énergies. Prolonger un tout petit peu le nucléaire coûterait très cher, jusqu’à deux milliards d’euros. Les exploitants demanderont alors des subsides pour assumer ces coûts. Des subsides pour le nucléaire qui n’a pas de futur alors que cet argent pourrait être investi dans les énergies renouvelables".

2025, c'est demain

Et puis, outre le coût, une autre contrainte du prolongement, c’est le cadre juridique et à cet égard, Jan Vande Putte craint qu’il soit déjà trop tard : "il faut faire de gros travaux, il faut des permis, une consultation publique transfrontalière, tout cela doit être fait avant 2025, ça devient très court". Pour Laurent Minguet, "effectivement, il ne faut plus chipoter. De même qu’il ne faut plus traîner pour mettre en place le cadre légal à la construction de centrales au gaz alternative au nucléaire".

Conclusion pour Laurent Minguet, "la pire des pollutions qui puisse arriver c’est la pollution juridique. Un recours au Conseil d’Etat par exemple qui ferait qu’en 2025 la loi impose la sortie du nucléaire mais on n’a pas encore de solution de remplacement, ça, ce serait l’horreur". Jan Vande Putte, lui, constate que pour inciter les centrales au gaz d’ici 2025, il y a un accord politique et on peut encore être prêt, plus que pour prolonger deux réacteurs nucléaires.

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