Sophie Wilmès : Madame la Première Ministre

Sophie Wilmès est la Premiere Ministre de Belgique depuis ce dimanche 27 octobre.
Sophie Wilmès est la Premiere Ministre de Belgique depuis ce dimanche 27 octobre. - © JULIEN LEROY - BELGAIMAGE

CARTE BLANCHE de Caroline Van Wynsberghe, politologue 

Charles Michel, Premier ministre sortant, l’avait annoncé dans un tweet ce samedi 26 octobre, c’est donc fait : Sophie Wilmès est Première Ministre. Première ministre, en voilà une… première en Belgique (le jeu de mots n’est pas de moi).

De manière assez exceptionnelle, je ne relève pas d’esprits chagrins contestant cette féminisation du titre, ou pire encore, la féminisation de la fonction. Tout au plus, certains journalistes ont du mal et alternent un coup " conseillère communale " et la phrase suivante " conseiller économique à la Commission européenne " dans la biographique de notre future cheffe de gouvernement. On a bien compris que les stéréotypes de genre ont la peau dure, mais on nous épargne les " félicitations, Madame le Premier ministre ". Il faut dire qu’en Belgique francophone, le décret sur la féminisation des noms de métier date de 1993. C’est dire si ça a eu le temps de percoler !

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Néanmoins, les grincheux ne sont jamais loin et on souligne déjà (c’était dans le tweet du Premier ministre sortant) qu’elle sera à la tête d’un gouvernement (minoritaire) en affaires courantes, comme pour amoindrir sa détermination, son engagement et ses responsabilités. C’est une femme et elle a probablement l’habitude qu’on minimise son rôle. Ainsi, elle ne serait là que par le jeu des suppléances et nommée ministre au départ d’un autre. L’histoire se répétant pour occuper le 16. Elle ne serait pas un premier choix, mais une remplaçante.

Pour ma part, j’ai choisi de voir le verre à moitié plein. Sophie Wilmès Première ministre fait mentir deux adages. On connaît l’expression sur les dégoûtés et les dégoûtants. De vieux routiers de la politique ont quitté le gouvernement fédéral dès le lendemain des élections pour voguer sous des cieux plus cléments. D’autres le quitteront dès la semaine prochaine, trop contents probablement d’avoir l’excuse des nouveaux défis à relever pour prendre la poudre d’escampette. Alors que le contexte politique belge est tendu et qu’on n’en peut plus de ne pas voir la fin du tunnel (les affaires courantes ont commencé officiellement fin décembre ; en pratique elles remontent au surlendemain de la St-Nicolas), une femme accepte des responsabilités immenses : gouverner le paquebot belge qui navigue à vue (comprendre sans majorité ni accord gouvernemental) dans des eaux agitées (contexte économique difficile, polarisation communautaire…).

Et cette femme n’est pas n’importe qui ! Dès sa désignation comme ministre en 2015, elle passe pour la plus brillante des plus jeunes ministres de l’attelage réformateur. Les dégoûtés s’en vont certes, mais elle surclasse tout le monde. Se faisant, elle nous épargne dans la foulée l’interprétation courante (mais erronée) des propos de Françoise Giroud (" La femme sera vraiment l’égale de l’homme le jour où, à un poste important, on désignerait une femme incompétente ").

La politique n’est pas un milieu facile. Il faut supporter les rancœurs, les critiques, les jalousies, mais il n’y a pas de raison, à l’inverse, de ne pas tirer profit des circonstances. Ces nouvelles responsabilités exercées par une femme à la réputation impeccable sont plus que remarquables dans le contexte politico-économique actuel. Merci Sophie Wilmès d’avoir accepté cette mission qui paraît quasi impossible. Merci de votre courage et d’avoir ainsi indirectement mis le pied dans la porte de l’égalité femmes-hommes.

"Les Grenades-RTBF" est un projet soutenu par Alter-Egales (Fédération Wallonie Bruxelles) qui propose des contenus d’actualité sous un prisme genre et féministe. Le projet a pour ambition de donner plus de voix aux femmes, sous-représentées dans les médias

 

 

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