Sonde Rosetta: le robot Philae a réussi son atterrissage sur la comète Tchouri

"Nous sommes sur la comète", "nous sommes très heureux", a déclaré peu après 16H00 GMT (17H00 heure locale) Andrea Accomazzo, directeur de vol de la mission Rosetta au Centre européen d'opérations spatiales (ESOC) à Darmstadt (Allemagne), sous des applaudissements nourris.

Le directeur général de l'Agence spatiale européenne, Jean-Jacques Dordain, s'est exprimé après l'annonce de l'atterrissage réussi de Philae. "C'est un grand pas pour la civilisation humaine (...) Mais le problème avec le succès, c'est qu'il semble facile", a-t-il déclaré en soulignant le travail acharné de toutes les parties prenantes à ce projet fou. "Nous montrons aujourd'hui que nous avons la meilleure expertise au monde. Nous sommes les premiers à l'avoir fait et c'est cela qui restera pour toujours."

Une première image de la comète a été envoyée par Philae alors qu'il se trouvait à seulement trois kilomètres de sa zone d'atterrissage.

Le harpon inquiète

L'atterrissage aurait été assez "doux" pour Philae selon les dernières informations communiquées par l'ESA. Il y aurait cependant certaines inquiétudes quant au système d'ancrage du robot à la comète : le harpon n'a pas été lancé, il est donc difficile de déterminer pour l'instant s'il est bien "fixé" à Tchouri.

Comme l'indique le tweet ci-dessous, "de nouvelles analyses de la télémétrie de Philae indiquent que le harpon n'a pas été tiré comme nous le pensions dans un premier temps. Le robot est en pleine forme. L'équipe se penche sur les options de 'relancement'".

Une comète à 64 800 km/h

Quoi qu'il en soit, il a touché le sol cométaire comme prévu - ce qu'aucun engin de fabrication humaine n'avait encore jamais fait - sur le site d'Agilkia, choisi comme celui présentant le meilleur compromis technique et scientifique. Le robot l'a fait à la vitesse d'un marcheur (3,5 km/h) sur une comète qui file à 18 km/seconde, soit environ 64 800 km/h.

Cette arrivée en territoire inconnu n'est pas sans rappeler les premières explorations du sol martien. Klim Tchourioumov, codécouvreur de la comète en 1969, était venu en personne à l'ESOC pour assister en direct à l'événement. L'autre découvreuse, Svetlana Guérassimenko, a fait le déplacement jusqu'à Cologne, au siège de l'agence spatiale allemande.

Premières images

"Rosetta reçoit un signal de Philae", avait confirmé plus tôt Paolo Ferri, chef des opérations au Centre européen d'opérations spatiales (ESOC) de l'ESA (Agence spatiale européenne) à Darmstadt (Allemagne). "C'est un moment très important", avait-il ajouté.

La caméra Osiris, installée sur la sonde Rosetta, avait pu livrer une image du robot avec les trois pieds de son train d'atterrissage déployés, peu après la séparation :

L'ESA avait déjà diffusé, à 15h18, la première photographie prise par Philae. L'image, qui a été prise par le système CIVA destiné à photographier la surface de la comète, montre notamment un des panneaux de la sonde : 

Quelques instants auparavant, on avait pu voir Andrea Accomazzo, directeur de vol de la mission Rosetta à l'ESOC, lever le poing en signe de victoire dans la salle de contrôle de l'ESOC. "Tout semble normal pour le moment", avait déclaré de son côté Stephan Ulamec, responsable de l'atterrisseur Philae au DLR (agence spatiale allemande).

La liaison entre Rosetta et son atterrisseur Philae a été rétablie comme prévu environ deux heures après leur séparation.

Le robot a passé sept heures en chute libre avant de se poser sur le noyau de la comète Tchourioumov-Guérassimenko.

Pour la première fois, dans l’histoire, un petit robot créé par l’homme allait se déposer sur une comète. Il a fallu dix ans pour que Philae arrive à destination. C’est la sonde Rosetta, de l’Agence spatiale européenne, qui l’a amené jusque-là. Rosetta et le robot sont arrivés aux alentours de la comète en août dernier.

Tout a été programmé et calculé : impossible de piloter l’opération depuis la terre, vu la distance, les signaux envoyés par la sonde mettent vingt-huit minutes à parvenir sur Terre. De plus le robot devait débarquer dans un environnement inconnu et hostile, comme l’explique Johan De Keyser du Centre d’aéronomie spatial:

Les scientifiques craignaient aussi un possible rebond de Philae : sur Terre, il pèse 100 kg, mais seulement quelques grammes sur la comète "Tchouri". La gravité de la comète n’est pas suffisante pour plaquer Philae à la surface, explique Johan De Keyser:

Par contre, si le sol était trop mou le robot risquait de s'enfoncer, ce qui aurait compromis la suite de la mission.

Si l'atterrissage s'est effectué sans encombres, Philae pourra entamer immédiatement entamer sa mission.

Il est équipé de 10 instruments scientifiques, dont une foreuse capable de prélever des échantillons du sol cométaire, qui permettraient de comprendre l’origine de l’Univers. Johan De Keyser décrit les objectifs de la mission:

Le robot pourra fonctionner au moins pendant 64 heures. La suite dépendra de l’autonomie de ses batteries : comme la comète fait un tour sur son axe, elles risquent de ne pas se recharger lorsque le robot est dans l’ombre du soleil.

"On s'est fixé comme objectif que dans les 60 heures, chaque instrument puisse travailler au moins une fois au maximum de ses possibilités", a déclaré Jean-Pierre Bibring, responsable scientifique de l'atterrisseur.

Après, la ressource en énergie de Philae sera plus aléatoire : il devra compter sur un système secondaire de batterie, rechargeable par de petits panneaux solaires. Les scientifiques espèrent tout de même que Philae pourra travailler 4 mois environ. Au-delà, il est condamné à mourir de chaud car il n'est pas conçu pour supporter la montée en température lorsque la comète se rapprochera du Soleil.

Rosetta devrait elle fonctionner et accompagner la comète jusqu'en août prochain.

RTBF

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