Plus juste ? Plus durable ? "Le monde post-Covid devrait tirer les leçons d'un système inégalitaire et insoutenable"

La Belgique traverse une crise sanitaire et sociale. L’occasion de rebattre les cartes ? Le monde "d’après" doit-il ressembler au monde "d’avant" ? Et à quel point les Belges adhèrent-ils à la vision d’un modèle "plus juste et plus durable"?

C’est ce que le Centre national de Coopération au développement (CNCD-11.11.11) a voulu savoir, via un sondage Ipsos réalisé auprès d’un échantillon représentatif de 1000 Belges. Un sondage réalisé en collaboration avec le journal Le Soir et la RTBF, et dont les résultats complets pourront être consultés ici dès lundi matin. Commentaires d’Arnaud Zacharie, le secrétaire général du CNCD.

Mille Belges ont été sondés, constate-t-on des différences dans les réponses entre les trois régions du pays ?

Arnaud Zacharie : "C’est une confirmation de ce qu’on constate aussi avec les différents sondages qu’on a réalisés ces dernières années : on constate que le Belge pense grosso modo la même chose, qu’il soit Bruxellois, Flamand ou Wallon. Alors qu’il pourrait y avoir un effet déformant du fait que les offres politiques (c’est-à-dire les partis politiques) défendent souvent des idéologies différentes. On aurait l’impression que les populations flamande ou francophone vivent sur de planètes différentes, or on constate que ce n’est pas du tout le cas.

Si on va plus loin dans le détail des résultats, quand on demande aux Belges s’ils sont en faveur d’un impôt exceptionnel de crise sur les grands patrimoines, ce qu’on appelle l’impôt corona sur les grandes fortunes, on pourrait a priori penser que les francophones sont davantage favorables à ce type de mesures mais on voit que si 73% des Belges sont favorables et seulement 11% sont défavorables, quand on regarde le détail, il y a 69% des Wallons qui sont pour, 73% des Bruxellois et près de 75% des Flamands. Ça veut que ce type de demande est en fait davantage demandée en Flandre qu’en Wallonie."

Quelle vision le CNCD défend-il du monde tel qu’il devrait être après le coronavirus ?

Arnaud Zacharie : "Le monde post-Covid devrait tirer les leçons d’un système inégalitaire et insoutenable. L’objectif c’est de reconstruire le monde d’après sur des bases fondées sur la solidarité, la protection sociale, la justice fiscale, la transition écologique. Donc faire de cette crise une opportunité, pour à la fois réduire les inégalités sociales mais aussi adopter des modes de production et de consommation durables pour faire face aux enjeux environnementaux puisque, évidemment, il y a un problème sanitaire et social qui est évident avec la crise du coronavirus, mais il y a aussi des racines sociales et écologiques tout aussi évidentes. Notamment, si on parle de la question environnementale, il n’y a pas uniquement la question du changement climatique mais aussi le fait que la destruction des écosystèmes détruit les habitats naturels des animaux sauvages et donc favorise des zoonoses – des maladies infectieuses qui sont transmises de l’animal à l’humain, comme l’est le coronavirus. Et ce n’est pas un hasard si les trois quarts des nouvelles maladies infectieuses de ces dernières années sont des zoonoses."

Pensez-vous que la réalisation de cette vision d’un monde d’après "plus juste et durable" soit aujourd’hui plus accessible qu’avant la crise du coronavirus ?

Arnaud Zacharie : "On est face à un momentum où il y a une opportunité mais on voit aussi qu’il y a un risque d’un repli. C’est clair qu’une pandémie liée à un contexte d’insécurité peut mener aussi à des réponses plus autoritaires, sécuritaires et donc on voit qu’on est à la croisée des chemins, et que c’est au gouvernement à prendre une option : est ce qu’on va vers une transition écologique et sociale, ou est-ce qu’au contraire on va vers un repli nationaliste et de plus en plus sécuritaire…"

 

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