"Son dernier souffle, c'était 'j'ai peur'" : des proches de victimes des inondations témoignent

"Je ne vois plus rien. Je ne vois plus la maison de ma maman. Je ne sais pas où elle est. Je sens que je craque. Ca ne va pas". Ces mots, Christiane les a écrits le jour du drame. Le jour où elle a tout perdu : sa maison, ses souvenirs.

Ne restent qu'un carnet et un stylo. Comme l'unique moyen de garder la notion du temps. De ne pas perdre la tête. Alors, elle écrit. Elle écrit sans relâche, machinalement, comme pour obliger ses souvenirs à ne pas lui échapper.

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Ce jour-là, Christiane ne le sait pas encore, mais sa maman disparaîtra, emportée par les eaux. "Ma sœur a senti la maison s'écrouler, elle a dit à ma maman de s'agripper. Mais ma sœur a été elle-même accrochée par quelque chose. Elle a lâché la main de ma maman, qui a été emportée. Depuis, on ne sait plus où elle est". 

Maman a dit à ma soeur qu'elle nous aimait tous. J'ai l'impression qu'elle avait senti le danger

Avant de perdre son logement, avant de perdre sa sécurité et son intimité, Christiane a perdu un être cher. "Mon ancienne patronne disait toujours : 'plaie d'argent n'est pas mortelle'. C'est la vérité". Car face à la perte de sa mère, sa maison sinistrée passe au second plan. Aujourd'hui, les questions tourbillonnent. 

"Sans incriminer qui que ce soit, je juge qu'un mégaphone aurait pu passer dans les rues quand il y avait 1 mètre d'eau pour dire aux gens d'évacuer. On m'a dit qu'ils étaient passés sur la grand route, mais chez nous, sur les routes accessoires, on n'est pas venu". 

"Tout à coup, tout s'est arrêté. Au bout du fil, plus rien"

Fabrice a lui aussi perdu un être cher dans ces inondations. Sa "maman de cœur", celle qui l'a élevé dès l'âge de douze ans, alors qu'il était rejeté par ses parents.

La marraine de Fabrice habitait elle aussi le long de la Vesdre, à Pepinster. Il ne reste plus rien de sa maison, hormis une plante, qui a survécu miraculeusement sur le rebord de la fenêtre. 

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Ce jour-là, Fabrice est sur le terrain, en intervention, avec la police de Verviers. Il est en ligne avec sa marraine. "Elle m'a sonné en catastrophe à 6h25 du matin parce que la façade arrière de la maison était tombée. Je lui ai dit de ne pas bouger, qu'on faisait tout pour arriver. Mais l'eau était tellement haute, on ne parvenait pas à arriver jusqu'ici". 

A 8h25, d'un coup, plus de tonalité, plus personne derrière la ligne. Plus de respiration, plus de cris. Son dernier souffle, c'était 'j'ai peur'

"On se sent impuissant. On se dit 'qu'est-ce que j'aurais pu faire?' C'est une énorme douleur. Il n'y a pas de mots pour expliquer" 

Depuis le drame, les heures de sommeil de Fabrice se comptent sur les doigts d'une main. Sans relâche, il apporte son aide sur le terrain, avec toutes les équipes de la police locale et des services de secours. "Tant que je travaille, j'arrive à tenir le coup, pour aider les autres du mieux que je peux". 

L'impossible deuil 

Mais comme si la disparition de l'être cher n'était pas suffisante, l'eau emporte également tous les souvenirs. Plus de vieux jouets, plus de photos, plus de livres. 

Les seuls souvenirs que j'ai restent dans ma tête et dans mon cœur

Au moment de l'interview, le corps de sa marraine n'a toujours pas été retrouvé. De quoi rendre le deuil encore plus difficile.

Quelques kilomètres plus loin, à Verviers, la Vesdre a arraché toute la façade arrière de la maison d'enfance de Philippe. C'est là que vivaient sa mère et sa sœur. Le corps de sa mère a été identifié, celui de sa sœur reste introuvable.  

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"C'était une voie sans issue. Même les meilleurs nageurs ne s'en seraient pas sortis. Maintenant, ce que j'aimerais c'est qu'on retrouve le corps, pour pouvoir faire mon deuil". 

Malgré les questions qui demeurent, malgré l'attente, malgré la douleur, Philippe tente de rester positif. 

Trouver les responsabilités, ça ne rendra pas la vie aux morts. 

La vie a visiblement endurci cet indépendant de la région. "Je cherche des choses positives dans les malheurs. C’est ma force. A force de vivre des choses, on relativise". Ce qu'il retire de toute cette épreuve, c'est cet appel de la nature : "J’espère qu’on va tirer des leçons de la vie qu’on mène, que les gens vont prendre conscience qu'on consomme à tort et à travers sans respect de la terre. Il y un énorme travail à faire de ce côté-là. Ce que je souhaite, c'est que tout le monde retrouve une vie normale et saine". 

La maman et la sœur de Philippe ont toujours adoré leur quartier. Les oiseaux, la verdure, la Vesdre, les crues, les décrues. Paradoxalement, ce cours d'eau qu'elles aimaient par dessus tout les aura perdues. 

"Mais à nouveau, j'y vois du positif. Elles sont retournées à leur source, au bord de l'eau comme elles l'aimaient". 

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