Soins de santé à la diète: tout ce qui change en 2015, et pour qui

A charge de qui, les économies dans les Soins de Santé?
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A charge de qui, les économies dans les Soins de Santé? - © BRUNO ARNOLD - BELGA

Maggie De Block les a elle-même qualifiées de "drastiques". Le secteur des soins de santé n’échappe pas aux économies prévues par le gouvernement Michel. En 2015, leur budget sera amputé de 355 millions d’euros. Voici le décryptage des mesures présentées par l'Inami (Institut national d’Assurance Maladie Invalidité) pour arriver à cet objectif, en commençant par celles qui concernent directement le patient.

"2015 sera une année de transition pour les soins de santé". Le ton est donné dans le compte-rendu du Conseil général de l'Inami: les mesures prises pour l'année prochaine sont des mesures d'économie, pour l'essentiel. Les voici:

1. Visite chez le spécialiste plus chère

Le ticket modérateur... une appellation nébuleuse qui concerne pourtant l'ensemble des patients. Il correspond en fait au montant de l'honoraire effectivement payé par le malade après remboursement de l'assurance maladie.

Le système va être simplifié pour ce qui concerne les spécialistes, comme les gynécologues ou les ophtalmologues. Une simplification qui met le portefeuille du patient à contribution: le titulaire d'un régime préférentiel (RP) devra dorénavant payer 3 euros, quand le titulaire d'un régime non préférentiel (RNP) devra payer 12 euros (au lieu de 8,23 euros avant).

Face à cette augmentation, le gouvernement tente de rassurer: le montant des tickets modérateurs devient fixe et n’est plus défini en pour cents, ce qui doit permettre d'éviter qu’il augmente en même temps que l’honoraire. Et il va diminuer pour d’autres spécialités, assure la ministre de la Santé Maggie De Block.

L’économie est chiffrée à 32,9 millions pour l’Etat.

2. Payer uniquement sa part de l'honoraire? Pas pour tout de suite

A partir du 1er janvier, il avait été prévu par le gouvernement Di Rupo que les patients bénéficiaires du régime préférentiel et les malades chroniques paient uniquement et directement leur part de l'honoraire non remboursée (le ticket modérateur, donc) chez le médecin ou le dentiste. Les mutualités verseraient donc le reste du montant au praticien plutôt qu'au patient.

Cette mesure ne sera finalement effective qu’au 1er juillet 2015, et ne concernera dans un premier temps que les médecins généralistes. Un report qui dégage 38,5 millions à économiser.

3. Accouchements: séjours plus courts

Cette mesure concerne la durée de l’hospitalisation après accouchement. Une durée amputée d’un demi-jour dès 2015. On passera à un jour complet, en moyenne, en 2016.

L’économie revient à près de 12 millions d'euros.

4. Prix des médicaments

"L’industrie pharmaceutique a également été priée d’apporter sa contribution", lit-on dans le compte rendu de l’Inami. Et pour cause : le gouvernement espère dégager pas moins de 89 millions d’euros d’économies en s'attaquant au prix des médicaments. La sécurité sociale devrait profiter d’une "baisse du prix sur les marques et d’un recours plus massif aux médicaments génériques", lit-on dans le journal Le Soir.

5. Les allocations indexées plus tard

Les allocations sociales sont indexées lorsque l'indice dit "pivot", qui correspond à la moyenne des indices santé de quatre mois, est dépassé. Normalement, ce dépassement de l'indice pivot était prévu en février 2015 avec application au 1er mars 2015. Mais le Bureau du Plan a revu ses estimations, et l’indice ne sera finalement dépassé qu’en mars, avec application le 1er avril 2015.

Bonne nouvelle pour l'Etat: ce retard va générer des économies de 9 millions d'euros.

6. Les honoraires sautent aussi l'index

Le saut d’index sur lequel les partis du gouvernement Michel sont tombés d'accord est aussi prévu pour les médecins, qui subiront donc cette mesure au même titre que les salariés. Pour l'Etat, la recette est estimée à 70,4 millions.

7. Restrictions sur les mammographies

Une économie de 11,5 millions va être réalisée sur les mammographies digitales: le montant qui leur était alloué est supprimé.

8. DMG+: oui mais qu'est ce que c'est?

Plus que le Dossier médical global qui contient toutes vos données médicales, le DMG+ (ou Dossier médical global de prévention) est ouvert pour certains patients âgés de 45 à 75 ans. Il s'agit d'une liste de conseils dans le but d’éventuelles actions de prévention, quand cela s'avère nécessaire.

Pas aussi efficace qu'espéré, le système va être sous-évalué pour économiser 17 millions. Les estimations prévoient 24 millions pour ce dossier mais on lui en consacre 7, et le solde ne sera pas dépensé.

9. Augmenter les dialyses à domicile

Une révision de l’hémodialyse fait partie des mesures d’économies. La pratique de la dialyse à domicile est encouragée, et les honoraires sont réduits pour dégager, en tout, une marge de 23 millions d’euros.

10. Moins de pacemakers...

"Avec l’Allemagne et l’Italie, la Belgique est le pays qui connaît le nombre de pacemakers par 10 000 habitants le plus élevé en Europe", lit-on dans le document de l’Inami. Le but ici est de s’aligner sur le nombre de pacemakers moyen en Europe occidentale, ce qui générerait une recette estimée à 4 millions d’euros.

11. ...et d'implants

La volonté est aussi de diminuer les implants (les dispositifs médicaux implantables et/ou invasifs), aussi bien en termes de volume qu’en termes de remboursement. Le gain de cette mesure est chiffré à 18,75 millions.

12. La réanimation n'y coupe pas

Le gouvernement veut couper dans les dépenses liées aux soins intensifs. Résultat: le nombre de jours facturables est plafonné, la facturation du supplément pour la surveillance nocturne est adaptée, et les jours d’admission et de départ du patient ne sont plus comptés que comme un seul jour, avec une seule surveillance. Les économies sont chiffrées à 19 millions.

13. Centre psychiatrique moins occupé que prévu

Le nouveau centre de psychiatrie médico-légale de Gand ouvert en mai dernier devrait être occupé en moyenne à 70% en 2015. Le budget qui lui est alloué – prévu pour une occupation de 100% - est donc raboté, générant une marge de 5 millions à déposer dans la tirelire de l'Etat.

14. Politiques proactives

Enfin, en s’attaquant aux gaspillages de toutes sortes et en rendant les soins de santé "plus efficients", les politiques proactives qui seront définies par une task force nommée "soins efficaces" doivent générer 5 millions d’euros d’économies.

Germain Renier

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