#Sneckdown : et si la neige pouvait nous aider à redessiner nos rues ?

#Sneckdown. Le hashtag se multiplie au même rythme que les flocons de neige. Il est accompagné de photos de voiries enneigées, sur lesquelles on peut apercevoir des traces de voiture.

Les photos nous invitent à faire un constat assez simple : les voitures n’occupent pas toute la place qui leur est réservée. La neige, qui reste souvent sur une bonne partie de la rue, est là pour le prouver.

On pourrait donc, se mettent à rêver les internautes, récupérer ces espaces pour d’autres usages, en l’occurrence pour élargir nos trottoirs, créer des pistes cyclables ou de petits espaces verts.

“Sneckdown” (aussi traduit par “améneigement”) vient de la contraction de “snow” et de “neckdown”. Les neckdowns sont des oreilles de trottoir, des saillies qui offrent aux piétons un endroit sécurisé où attendre avant de traverser une rue (voir la vidéo ci-dessous), et qui, au passage, ralentissent les voitures puisqu’ils les forcent à faire un virage plus large.

La neige crée en fait des oreilles de trottoir naturelles, montre à quel point on pourrait en aménager plus, et plus globalement, à quel point on pourrait reprendre de l’espace aux voitures, sans même les déranger puisqu’elles ne l’utilisent pas.

Sneckdown Legitimized: Real World Applications from NYC Streets from STREETFILMS on Vimeo.

Il y a une tendance générale à la réappropriation de l’espace public, explique Aniss Mezoued, architecte et urbaniste chercheur à l’Université Saint-Louis. Selon moi, le concept #sneckdown va de pair avec ce qu’on appelle l’urbanisme tactique, le fait d’intervenir sur un endroit de manière temporaire pour montrer une autre manière de se l’approprier, avec par exemple de la craie, des pots fleurs, des bancs etc. C’est une manière de tester de nouvelles répartitions.” C’est donc un peu comme si la neige faisait de l’urbanisme tactique.

C’est à prendre avec précaution évidemment, mais on pourrait imaginer se baser sur ce qu’on a observé grâce à la neige pour faire de l’urbanisme tactique, faire un test quand il n’y a pas de neige, pour pouvoir évaluer si cela provoque des problèmes de congestion ou d’insécurité par exemple.”

Yves Rouyet, échevin de l’urbanisme à Ixelles, a aussi posté ses photos d’améneigement. “Quand il y a de la neige, on roule plus lentement, cela correspond à une ville plus apaisée, comme on voudrait qu’elle soit. Les gens réagissent très négativement à ce tweet, surtout les automobilistes, mais l’idée ce n’est pas de supprimer de l’espace pour la voiture mais de voir ce qu’on peut faire avec cet espace d’asphalte surdimensionné par rapport au flux de voiture existant.

L’échevin précise d’emblée : “La neige n’est qu’un indice, on ne va pas faire un plan d’urbanisme sur base de traces dans la neige.” Ixelles n’a d’ailleurs pas attendu les premiers flocons pour récupérer de l’asphalte non utilisé. Au carrefour entre l’avenue de la couronne et l’avenue Arnaud Fraiteur, aussi appelé “mer d’asphalte”, de nouveaux aménagements sont en phase de test, avec petits poteaux, un marquage au sol, des bacs de fleurs, afin d’examiner les conséquences éventuelles d’un élargissement du trottoir.

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Le carrefour entre l’avenue de la couronne et l’avenue Arnaud Fraiteur, avec des marquages temporaires au sol. © Yves Rouyet
Le carrefour entre l’avenue de la couronne et l’avenue Arnaud Fraiteur, avec des aménagements temporaires (poteaux). © Yves Rouyet

#sneckdown, c’est donc avant tout une manière de sensibiliser, de faire réfléchir, comme on le fait finalement dans cet article.


La part des trottoirs à Bruxelles

Selon les derniers chiffres disponibles chez Bruxelles Mobilité, les trottoirs occupaient, en 2014, 37% de la voirie (contre 60% pour les voitures). C’était déjà plus qu’en 2005 (35%), et c’est sans doute moins qu’aujourd’hui et que demain.

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