Six ans après, une condamnation en France pour le scandale des lasagnes au cheval?

Six ans après, une condamnation en France pour le scandale des lasagnes au cheval?
Six ans après, une condamnation en France pour le scandale des lasagnes au cheval? - © ERIC CABANIS - AFP

Six ans après le scandale de la viande de cheval vendue comme du bœuf, le tribunal correctionnel de Paris doit rendre son jugement ce mardi pour quatre prévenus, poursuivis principalement pour tromperies et escroquerie en bande organisée. Début 2013, le scandale alimentaire avait éclaté au Royaume-Uni avant de s'étendre à toute l'Europe. Les consommateurs, effarés, découvraient que leurs plats préparés contenaient de la viande de cheval au lieu du bœuf annoncé.

Dans ce procès dit des "lasagnes au cheval", quatre hommes sont prévenus: deux anciens dirigeants de l'entreprise française de transformation de viande Spanghero (Jacques Poujol et Patrice Monguillon) et deux négociants néerlandais en viandes (Johannes Fasen et son bras droit Hendricus Windmeijer).

On les soupçonne de s'être entendus pour tromper la société luxembourgeoise de fabrication de plats préparés Tavola en lui vendant, entre 2012 et 2013, plus de 500 tonnes de cheval présentées comme de la viande de bœuf. Le fabricant fournissait de très nombreuses marques de surgelés, comme Findus ou Picard.

Les deux groupes se sont renvoyés la faute durant le procès. Les quatre prévenus affirment qu'il n'existait pas d'escroquerie "en bande organisée". Mais M. Fasen a affirmé que M. Poujol, de la société Spanghero, lui commandait du cheval. M. Poujol nie et assure qu'il commandait du bœuf. Il reconnaît uniquement des "manquements" et des "négligences" sur l'étiquetage de la viande expédiée à Tavola.

Difficile de vérifier qui dit vrai: les commandes étaient orales. "On achète et on vend par téléphone", "c'est une question de confiance", avait déclaré Johannes Fasen. Ce dernier a déjà été condamné pour des faits similaires aux Pays-Bas.

Spanghero passait par le négociant néerlandais pour fournir de la viande à l'usine de plats préparés Tavola. Première étape: la suppression d'indications sur la marchandise envoyée à Tavola, pour faire croire que la viande était découpée et travaillée à Spanghero, alors qu'elle venait de Roumanie, de Belgique ou du Canada.

Ensuite, le retrait de toute référence à de la viande de cheval et le remplacement par des étiquettes intitulées "avant de bœuf désossé".

Au total, les parties civiles - Findus, Picard, Tavola, Carrefour, des associations de défense des consommateurs ou encore la Fédération nationale bovine et l'Interprofession du bétail et de la viande - réclament 40 millions d'euros aux quatre prévenus.

Le scandale - sans risque pour la santé - avait éclaté en Europe en 2013. Il avait révélé à quel point les circuits d'approvisionnement et de transformation - de l'abattage de l'animal à la commercialisation de millions de barquettes - étaient complexes et opaques. Une grave crise de confiance des consommateurs en avait découlé.

Lourdement touchées, des marques comme Findus ou Picard avaient massivement retiré de la vente leurs lasagnes "pur bœuf" et autres moussakas après des tests ADN ayant révélé que la viande était en réalité du cheval.

Les investigations ont mis au jour une fraude organisée et lucrative, qui a pu prospérer sur des contrôles insuffisants.

Si le volet concernant l'entreprise Spanghero qui, en parallèle de l'activité de négoce avec les Néerlandais, avait elle-même écoulé plus de 200 tonnes de cheval, essentiellement sous forme de merguez au bœuf mais aussi de plats préparés, est le plus connu, toute la viande de cheval retrouvée dans des plats pur bœuf à l'époque du scandale n'a pas transité par cette entreprise. À l'époque, l'autorité française anti-fraudes (DGCCRF) avait comptabilisé 750 tonnes de viande écoulées dans 13 pays européens, soit 4,5 millions de plats cuisinés.

Spanghero, qui revendiquait 240 salariés lors du scandale, ne s'en est pas remise. En juillet 2013, son fondateur, l'ancien rugbyman Laurent Spanghero, a tenté de la relancer en vain, sous le nom de La Lauragaise. Il l'a cédée un an plus tard.

 

Pourquoi de la viande de cheval dans l’alimentation ? (11/02/2013)

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