Situation administrative des Roms en Europe: "impossible intégration"

Baudouin Janssens, coordinateur du dossier Roms pour Amnesty International Belgique, espère : "Il a fallu quatre ans pour obtenir cette condamnation", précise-t-il. Si cela présage un changement de politique vis-à-vis des Roms en Hongrie, "on le verra", dit-il. Mais la situation globale des populations Roms en Europe centrale et de l’est reste inquiétante. Comme en Slovaquie, où, récemment, la police intervenue dans un camp de Roms a fait 30 blessés, alors que les personnes présentes n’avaient pas résisté : "Il y a une enquête pour savoir si la police n’a pas excédé ses pouvoirs", explique-t-il.

Mais, que ce soit en Roumanie, en Slovaquie ou en Hongrie, les conditions de vie des populations Roms sont difficiles : violences, discriminations, mais aussi vexations quotidiennes.

En Hongrie, par exemple, Dans certaines villes, les familles ne disposent pas d’eau courante chez eux, et dépendent des fontaines publiques, raconte Baudouin Janssens. "Une ville a alors fermé certaines de ses fontaines publiques, limité le débit des autres, pour éviter que les Roms n’y aient recours". En Roumanie, raconte-t-il aussi, "il y a des expulsions forcées de quartiers entiers".

Les relogements se font dans des endroits parfois insalubres, jamais corrects.

"Amnesty a fait des pétitions, 75 000 signatures remises à la commissaire européenne Viviane Reding (vice-présidente de la Commission européenne, en charge de la justice, des droits fondamentaux et de la citoyenneté, ndlr), pour que l’Europe intervienne auprès de la Roumanie", explique-t-il.  "Et entretemps, il y a eu un ordre d’expulsion, le 2 août pour le 5 août, dans un quartier Rom". Des pratiques d’autant plus intolérables que les autorités bernent les populations : les Roms avaient reçu une promesse de relogement dans le cas où ils démolissaient leur maison. Cela fait, ils attendent toujours, sur le trottoir, que la municipalité tienne sa promesse…

La difficulté d'accéder à une protection

Ahmed Hakim, responsable du Centre de médiation des Gens du voyage et des Roms en Wallonie (CMGV), rappelle qu’être Rom n’est pas une nationalité. Les populations dont on parle sont citoyens des pays dans lesquels ils sont discriminés, même si "cette appartenance à une nationalité donne des droits". "Cela nous rappelle que les familles Roms qui sont en Belgique sont des personnes qui sont persécutées" dans leur pays.

Mais "si on reconnait que les Roms sont victimes de persécutions, il est difficile pour (eux) d’être reconnus dans leur statut de victimes ou de réfugiés", dit-il. D’où une "situation préoccupante pour des centaines de personnes Roms en Belgique". Les Roms viennent de plus de pays considérés comme "sûrs" par la Belgique, ou de pays membres de l’Union européenne : difficile donc d’accéder à une protection.

"La complexité administrative dans les pays européens rend impossible toute intégration dans quelques pays que ce soit", regrette Ahmed Hakim. "Si on additionne l’état de pauvreté - elles sont dans le dénuement le plus total, la procédure est plus complexe parce que ce sont des citoyens européens". Et cela rend difficile toute action des services qui tentent de leur venir en aide.

W. Fayoumi

Écoutez l'intégralité de l'interview, ci-dessous.

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