Sites de rencontre: du fric, du sexe... et une grande solitude?

Sites de rencontre: fric, sexe... et solitude ?
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L'été est la saison des amours. C'est aussi celle des sites de rencontre. En France comme à l'étranger, de nombreux sites Internet proposent leurs services de commerce amoureux. Bienvenue dans la nouvelle industrie numérique, aussi prospère à Paris qu'à Québec.

Le Québec en pointe… dans le célibat

C'est un sujet important. Il évoque la vie en société, la solitude, la sexualité et touche de nouveaux modes de consommations liés au numérique. Les chiffres de la statistique du Québec sont parlants: 44,2 % des hommes et 38,1 % des femmes sont célibataires. Une étude de comScore Media Metrix déclare que 7 millions d'internautes canadiens sont connectés à des sites de rencontre chaque mois, pour seulement… 35 millions d'habitants.

Le site de rencontres québécois Proximeety donne des conseils à ses abonné(e)s afin de mieux se "vendre" et dispense un mode d'emploi des bonnes pratiques pour parvenir à faire de "bonnes" rencontres.

Extraits : "remplir soigneusement ta fiche, rester sincère en tchattant, rester courtois en toute circonstances, mettre en ligne des photos, sans tricher. Les profils avec photos sont beaucoup plus visités. Le visage doit obligatoirement être visible sur la photo. Tu dois être seul(e) sur la photo."
Et la prudence est de mise : "Comporte-toi de façon responsable : dans le monde virtuel comme dans le monde réel, le bons sens reste de rigueur, ne tombe pas amoureux en 1 minute, par exemple... Garde l'anonymat : seuls ton pseudo et ta fiche descriptive sont visibles par la personne avec qui tu tchattes, cela garantit ton anonymat, jusqu'à ce que tu décides toi-même de révéler ton identité. "

Du bons sens, donc, même s'il est étonnant de conseiller aux internautes de ne pas "tomber amoureux dans la minute". Les professionnels du secteur, eux, n'hésitent pas à dénigrer, carrément, "les rencontres réelles", c'est à dire les "vrais" rendez-vous. On peut lire : "Un rendez-vous "traditionnel" est parfois fatiguant, stressant ; rester toute une soirée avec un inconnu qui en plus ne vous plaît pas forcément...". On comprend, dès lors, le calvaire enduré par nos parents ! Histoire d'enfoncer le clou, le site appuie sur la difficulté que pourrait impliquer le regard, la présence de l'autre : "il est plus facile de rentrer en contact par écran interposé plutôt que directement les "yeux dans les yeux". L'apologie de la dématérialisation et des bénéfices des écrans dans les rapports humains ?

Catherine Lejealle, docteur en sociologie et ingénieur télécom travaille sur les usages du téléphone portable, de l 'internet et des médias sociaux. Selon elle, ces nouveaux modes de rencontre, incluant photo et géolocalisation, relèveraient, simplement, d'une meilleure précision pour répondre aux attentes de ces usagers 2.0 : "La rencontre, la vraie découverte de l'autre, se fait autour d'un café ou d'un verre. Une photo c'est très important, c'est 70% de l'information en communication, c'est le non-verbal, c'est ce que le visage renvoie. Donc une géolocalisation et une photo, c'est beaucoup plus intéressant que de partir de critères qui disent "j'aime le cinéma " ou "j'aime le tennis". On ne se découvre pas avec des a prioris écrits ".

Hommes-femmes : à chacun son mensonge

Sur le site levif.be, un journalistes s'appuie sur une récente étude de l'université de Bamberg (Allemagne) pour révéler les différents mensonges selon le sexe. 

Les femmes mentent le plus souvent :
- sur leur poids (35%),
- leur photo de profil (30%)
- leur âge (26%)

Les hommes, par contre, mentent le plus souvent sur le type de relation qu'ils recherchent (45%),
- leur état civil (36%)
- leur poids (38%).

Selon les études en cours, les clients de ces sites indiquent que le passage à l'acte sexuel est plutôt important, l'amour, largement moins, et le mariage… quasi absent. L'étude Love Online : "A Report of Digital Dating in Canada" (Un rapport sur les rencontres numériques au Canada) rapporte que 63 % des membres d'un site de rencontre avaient eu une relation sexuelle avec une personne qu'ils y ont connue, que 27 % y avaient trouvé l'amour et que 3 % s'étaient mariés…

L'application qui scanne votre futur amour

Pour traquer le bon profil, le site de rencontres américain Match.com a même un application qui scrute, collecte et assemble vos habitudes 2.0.

L'appli, redoutablement efficace, enregistre les musiques que vous téléchargez sur I Tunes, la série vous regardez sur Netflix et scrute vos loisirs sur votre page Facebook . Tous vos achats sur internet sont également digérés par les agorithmes qui brossent ensuite votre profil et le fait coïncider avec un autre. Surfez, surfez, il en restera toujours quelque chose...

France : la consommation de relation en ligne est… discutée et discutable

L'ouvrage du journaliste Stéphane Rose, "Misère sexuelle.com, le livre noir des sites de rencontres (2013)" (éd. La Musardine) reste une référence en la matière. Il permet de mieux comprendre la sociologie et la psychologie du secteur concerné, l'auteur ayant lui-même été un client addict de ces sites de rencontre.

France : 8 millions de célibataires

- 2000 sites de rencontre et applications
- Selon un sondage IFOP, 2 français sur 5 se sont déjà inscrit sur l'un de ces sites

Selon le journaliste, le fait d'être célibataire n'est pas un critère suffisant pour définir les motivations de ces internautes abonnés aux sites de rencontres.

Le journaliste distingue quatre catégories d'utilisateurs :"Les exclus qui ne séduisent ni "dans la vraie vie" ni sur les sites de rencontres (…) les mythomanes qui mentent sur âge, leurs mensurations, leur métier, leurs véritables intentions (…) les consommateurs qui en viennent à considérer l'autre non plus comme un humain, mais comme un produit, que l'on compare, essaye et jette comme un kleenex usagé s'il ne fait pas l'affaire (…) et les névrosés qui pullulent sur les sites de rencontres, que je tiens comme des accélérateurs de névroses."

Cette catégorisation peu élogieuse ne fait pas pour autant dire au journaliste que les sites de rencontres sont à fuir et qu'ils agrègent uniquement des aspects négatifs. De par son expérience personnelle Stéphane Rose affirme qu'il est possible d'avoir une utilisation "efficace et saine" de ces outils, permettant entre autres d'apprendre sur soi-même. Mais l'auteur insiste sur le fait que de nombreuses personnes ne connaissent aucun succès sur les sites de rencontre. Obèses, laids, passez votre chemin !

Des sites pour tous les goûts... et dégoûts ?

Sites pour personnes mariées, homosexuelles, adeptes de telle ou telle religion, l'offre est grande sur le net. Mais pour rencontrer celui ou celle qui fera battre votre coeur pour une nuit ou pour la vie, il y a aussi les sites originaux censés toucher un segment particulier de la population. Le site 7OrBetter a été crée pour des hommes dont les attributs sexuels font au moins 7 inch (17,5 cm) et plus. Le site revendique plus de 40 000 membres, c'est le cas de le dire. A metro.co.uk , Steven Pasternack, le fondateur du site explique sa démarche : “J’ai eu l’idée en parlant à des amies qui se plaignaient d’avoir passé du temps avec des mecs qui s’avéraient avoir des petits pénis. (...) Elles ont toutes dit vouloir un site qui avait en critère la taille du pénis, comme ça existe déjà pour la couleur des cheveux et la taille.”
Sans complexe.

Repérer les hommes mariés

Dans Misere-sexuelle.com, une utilisatrice régulière de sites de rencontre donne quelques conseils pour identifier les faux célibataires qui pulluleraient sur le web

"Avec le temps et la pratique, les hommes mariés, je les repère en cinq minutes. Ils sont toujours dispos pour te parler en journée, mais jamais le soir. Quand tu leur demandes leur numéro de téléphone, ils te donnent toujours un 06. Si tu demandes un numéro de fixe, ils te disent qu'ils n'ont pas de fixe chez eux. Pour se voir, ils proposent d'aller chez toi. Si tu ne veux pas, ils proposent l'hôtel. Si tu ne veux pas non plus, ils proposent les chiotes du cinéma ou n'importe quoi sauf chez eux."

Et si vous avez plus de 40 ou 45 ans (l'âge change selon les sites), vous pouvez aller sur un site "senior". Les personnes de cette classe d'âge apprécieront d'être précipité si tôt dans la catégorie "sénior"…

L'auteur du "Livre noir des sites de rencontre" dénonce les méfaits de cette ultra spécialisation dans la rencontre, qui amène une fermeture de plus en plus forte et un communautarisme qui détruit toute logique d'ouverture.

Avec une logique de fermeture aux autres dans leur pluralité et leur complexité, aussi. Le principe de la rencontre de son propre "double" est d'ailleurs décrit par des habitués de ces sites : un entre-soi basé sur des critères socio-professionnels, physiques et psychologiques qui laissent croire aux utilisateurs qu'ils trouveront la personne parfaitement adapté à ce qu'ils sont. Celle qui leur ressemblera le plus.

Mais pour apporter un peu de nuance au concept, comme le rappelle Stéphane Rose, "Le "phénomène site des rencontres" n'en est pas un, d'un point de vue statistique, il l'est plutôt d'un point de vue médiatique (…) Les sites de rencontres font couler de l'encre et génèrent beaucoup de bruit, mais ceci ne traduit pas forcément une réalité aussi prégnante que ses décibels le laissent supposer. Beaucoup de gens essayent, y font un tour, et en repartent horrifiés au bout de cinq minutes en se jurant de ne plus y mettre les pieds. S'il y a un phénomène, c'est plutôt celui-là!".

Entre besoin de combler sa solitude, "consommation de relations humaines", de sexe et quête de "la moitié parfaite", les sites de rencontres restent — en fin de compte — avant tout une béquille technologique pour tous ceux qui cherchent à rencontrer… un autre être humain. Avec comme grands gagnants de ce procédé, les industries numériques, qui elles, ne manquent jamais ni d'aplomb ni de répartie pour attirer non pas l'âme sœur… mais le consommateur. Autant de personnes dont le coeur n'est pas toujours qu'un muscle. Selon une étude de l'Ifop réalisée auprès de 2005 personnes âgés entre 18 et 69 ans, la relation "sérieuse" reste un idéal pour la majorité des personnes inscrites sur un site de rencontres (62 %).

Et si la relation capote, on sait désormais où s'adresser...

TV5

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