Sierre: "On ne saura peut-être jamais ce qui s'est passé" 

Depuis plusieurs mois, les enquêteurs éliminent les pistes et ferment des portes, les unes après les autres. Tous ces devoirs d'enquête et rapports d'expertise ont permis aux enquêteurs d'avoir certaines certitudes sur ce qui s'est passé dans le tunnel de Sierre, le 13 mars 2012 aux alentours de 21h15. "Ça nous a donné des certitudes sur le déroulement de l’accident, explique le procureur du Valais Olivier Elsig, sur vitesse, trajectoire, ce qui s’est passé avant l'accident. On sait exactement ce qui s’est passé. Là, on n'a aucune incertitude. Ensuite, il y a des limites inhérentes à un accident de véhicule, où il n'y a pas de caméra, où les témoins potentiels sont décédés".

Le bus, qui ramenait 46 enfants de Saint-Luc, dans le Valais, vers la Belgique, après les classes de neige, a heurté le côté droit du tunnel et plié le rail de sécurité. Il est alors monté sur la bordure et a percuté le mur qui se trouvait à l'extrémité de l'aire d'arrêt d'urgence. Une question a directement interpellé les enquêteurs : le bus n'avait pas dévié de sa trajectoire après avoir heurté la bordure. Il avait continué tout droit, en conservant la même vitesse de 99 km/h jusqu'à la collision.

En un an, deux autopsies ont été réalisées, mais aussi des analyses complémentaires de médecine légale, toxicologiques, une expertise sur les disques tachygraphes, une expertise technique sur le véhicule, une modélisation en 3D. "On sait que les expertises prennent en général des mois et là, on est à un an de l'accident et tout cela est terminé. Donc vite, oui, on a été vite. Il n'y a pas eu besoin de motiver beaucoup les experts parce que vu l'aspect émotionnel, le nombre de victimes, tout le monde a compris qu'il fallait faire le maximum".

En un an, les éléments d'enquête ont aussi permis au procureur d'écarter la thèse du suicide, défendue par certaines familles en quête désespérée de réponses.

Pour Olivier Elsig, il reste donc deux possibilités : une distraction ou un malaise. Deux ultimes rapports sont attendus dans les semaines qui viennent pour préciser quelles conséquences la pathologie coronarienne du chauffeur auraient pu avoir sur sa conduite, et d'autre part, quelles interactions la prise quotidienne d'un anti-dépresseur aurait pu avoir avec cette pathologie dont le chauffeur souffrait.

Vers un classement du dossier au pénal

Sauf rebondissement inattendu lors de la publication des deux derniers rapports au mois d'avril, la procédure pénale devrait bientôt s'arrêter.  "Il est clair que si les derniers devoirs que j'ai ordonnés confirment que la cause est en rapport avec le chauffeur, cette personne étant décédée, il est clair que la procédure pénale s'arrête, puisqu'il n'y a pas de procédure pénale contre les personnes décédées".

Une procédure au civil, par contre, serait encore techniquement envisageable, si les familles ne sont pas satisfaites de l'indemnisation prévue par l'assurance de la société de car. Mais rien ne laisse présager que les familles voudront d'une nouvelle procédure de ce type.

Une enquête bientôt clôturée

Si les deux derniers rapports demandés par le procureur n'apportent rien de neuf, Olivier Elsig fera une synthèse des investigations. Les parties pourront alors encore demander des compléments d'enquête, mais à l'issue du délai prévu, le dossier sera bel et bien clôturé. Et le procureur de conclure : "Il est possible que toutes les questions ne trouvent pas des réponses".

Odile Leherte

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