Sida : une épidémie de 40 ans que l'on a appris à gérer mais qui est toujours en cours chez nous

La 23e conférence internationale sur le sida commence aujourd’hui. Covid oblige, elle se déroulera virtuellement. C’est l’occasion pour nous de nous interroger sur cette maladie dont on parle beaucoup moins qu’il y a 30 ans. Malgré des résultats plus qu’encourageants tant au niveau de la prévention que des traitements, le sida est encore bien présent en Belgique.

882 nouveaux cas par an chez nous

Thierry Martin, le directeur de la plateforme Prévention Sida nous dresse, un état des lieux dans notre pays : "Suivant des données qui datent de 2018, il y a environ 882 personnes qui ont été dépistées et on estime environ à 21.000 le nombre de personnes séropositives qui sont traitées et qui sont suivies médicalement aujourd’hui chez nous. La bonne nouvelle est qu’effectivement, depuis quelques années, on voit une diminution d’environ 25% entre 2012 et 2018 par exemple, et c’est la première fois depuis bien longtemps que la courbe des contaminations a tendance à diminuer."

Des traitements efficaces qui empêchent de transmettre le virus

Aujourd’hui, la maladie fait moins peur qu’avant car on peut vivre avec elle mais n’en guérit toujours pas. Thierry Martin en explique les raisons : "Le sida est aujourd’hui, en tout cas dans les pays riches, considéré comme une maladie chronique, une maladie avec laquelle on peut vivre très longtemps, puisque l’espérance de vie est quasi normale, mais à partir du moment où la personne suit un traitement. Les traitements sont devenus tellement efficaces qu’une personne séropositive qui prend un traitement aura ce qu’on appelle une charge virale indétectable, c’est-à-dire presque plus de virus dans les liquides corporels. Le virus reste bien présent, mais plus en quantité suffisante pour le transmettre. Donc, effectivement, une personne séropositive peut avoir quasi-une vie normale, ce qui entraîne dans l’inconscient collectif le fait que le sida est moins grave qu’il y a une vingtaine d’années."

Une pilule par jour au lieu des 15 gélules des trithérapies

La recherche avance. Toute une série de molécules sont combinées dans une seule pilule à prendre une fois par jour, on est très loin des trithérapies et des 15 à 20 gélules à prendre par jour. "Cela reste des trithérapies, mais au lieu d’avoir plusieurs médicaments, on a réussi à les combiner pour n’en faire plus qu’un": poursuit Thierry Martin, " Et la recherche avance tellement qu’on aura bientôt des traitements que l’on pourra s’injecter via une seringue et qui pourront durer plusieurs mois, parce qu’un des problèmes par rapport aux traitements, même s’ils sont de moins en moins lourds, est l’adhérence. C’est effectivement important de bien prendre son traitement pour maintenir cette charge virale au niveau indétectable."


►►► A lire aussi : Sida : le vrai et le faux des risques de contamination du VIH


Cela signifie que les personnes séropositives peuvent vivre plus longtemps et vieillir sans passer au stade malade du Sida. Elles peuvent alors être confrontées au personnel infirmier soit à domicile soit en maison de repos. Et là, il faut apparemment informer ce personnel qu’aujourd’hui une personne séropositive qui prend sont traitement ne transmet plus le virus. Pour Thierry Martin, il faut donc continuer la sensibilisation dans les différents types de milieux. Une personne séropositive a, en 2020, plus de chance de mourir d’autre chose que du VIH.

Transmission hétérosexuelle chez les 35-45 ans inquiétante

Qui sont les nouveaux contaminés ? Le directeur de la plateforme détaille : 'Il y a deux publics qui sont particulièrement touchés par rapport au VIH, les hommes qui ont des relations sexuelles avec d’autres hommes, ce qui représente environ la moitié des cas d’infection, et les personnes qui viennent d’Afrique subsaharienne, des Caraïbes et d’Amérique latine. Mais la transmission hétérosexuelle dans la population belge des 35 à 45 ans, reste à un niveau particulièrement inquiétant. Ce qui nous invite à continuer à sensibiliser également ce public-là."

Reste les autres MST, maladies sexuellement transmissibles, et là c’est le jeune public qui est prioritaire, poursuit notre expert : "Les données montrent qu’une jeune fille sur 20 en Belgique a été à un moment donné infectée par une infection sexuellement transmissible, la Chlamydia. Ça nous invite donc vraiment à poursuivre les efforts de prévention et il faut adapter les efforts de prévention en fonction du public auquel on s’adresse. Mais pour nous, c’est de plus en plus difficile de faire de la prévention, il y a 15 ans, on nous ouvrait les portes pour venir faire de la prévention, maintenant c’est à nous de venir frapper, et notamment à l’occasion de la Journée mondiale du sida, pour rappeler que le VIH est toujours là. On n’en parle presque plus mais cela reste une infection grave dont il faut continuer à se protéger, puisque le vaccin n’est toujours pas là."

Accès à la prévention et au traitement pour faire reculer l’épidémie

Au niveau mondial, il y a près de 37 millions de personnes qui sont infectées par le VIH. Dans certains pays, il n’y a pas d’accès suffisant aux traitements, et donc les personnes séropositives ne peuvent pas se soigner, décèdent. Ce sont principalement les pays d’Afrique subsaharienne.

Certains gouvernements et l’ONUSIDA, se mobilisent mais beaucoup de pays continuent de déplorer une difficulté d’accès aux traitements, à cause du prix des médicaments. Il y a une explosion des cas d’infection en Russie, comme dans d’autres pays de l’Est, en Asie du Sud-Est et en Amérique latine. Thierry Martin le répète : "Les efforts pour lutter contre le VIH doivent être maintenus parce que c’est maintenant, en fournissant les accès à la prévention et au traitement, qu’on va pouvoir faire reculer cette épidémie. Ce n’est en tout cas pas le moment de relâcher les efforts."

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK