Sida : près de 40 ans après, toujours pas de vaccin. Pourquoi est-ce si difficile ?

Des vaccins contre le COVID-19 développés en 10 mois, mais rien, en près de 40 ans, contre le VIH… Depuis 1983, année de découverte du virus du SIDA par Françoise Barré-Sinousi et le Luc Montagnier, on ne voit toujours pas l’ombre d’un vaccin efficace contre ce virus.

Pourquoi ? Comment expliquer ces vitesses et succès variables ? Il ne s’agit pas d’une question de moyens, pour Jean-Christophe Goffard, directeur du service de médecine interne à l’hôpital Erasme : "Il y a énormément de moyens financiers qui ont été injectés dans cette recherche, mais à une époque aussi où la biologie moléculaire était beaucoup moins avancée qu’aujourd’hui."

Alors quoi ? A-t-on affaire à un virus particulièrement coriace ?

Il mute sans cesse

Le VIH a une incroyable capacité de mutation, bien supérieure à celle du virus de la grippe. C’est un virus caméléon, et cet aspect multiforme représente une énorme difficulté pour créer un vaccin. "Contrairement au coronavirus, qui est aussi un virus à ARN, le VIH se multiplie tout le temps", explique le Dr Goffard. "L’aspect extérieur et les anticorps qui permettent de le neutraliser ne sont pas efficaces ou sont efficaces pendant une période tellement restreinte que le VIH échappe à cette réponse immunitaire".

Stéphane Dewit dirige le service des maladies infectieuses au CHU Saint-Pierre. Lorsqu’il compare le VIH au coronavirus, il a cette métaphore familiale : "Le coronavirus, quand il se réplique, il est très méticuleux. Il fabrique des nouveaux virus qui ressemblent tout à fait à leur papa. Il n’est pas distrait, il s’applique et donc il mute très peu. Le VIH, c’est un zozo. C’est un vagabond, il n’est pas du tout consciencieux, pas du tout attentif. Il fabrique plein de virus qui sont complètement ce qu’on appelle "défectifs" c’est-à-dire qui vont progressivement rentrer dans la population de virus mais avec de plus en plus de mutants".

Un virus à l’abri

Le VIH n’est pas un virus comparable à un coronavirus. C’est un virus qui se loge à un endroit bien particulier : notre système immunitaire. Il ne se contente pas d’introduire un antigène dans les cellules pour ensuite se répliquer. Il vise des cellules bien spécifiques et est capable de se protéger contre les défenses immunitaires.

Enfin, last but not least, le VIH a une enveloppe typique, constituée de sucres et de protéines. Elle constitue une armure très solide qui empêche les anticorps de l’attaquer.

Cheval de Troie

Le VIH utilise donc les cellules immunes, les cellules dendritiques, pour pénétrer dans les muqueuses : il colonise rapidement les lymphocytes qu’il infecte. Il ne lui faut que 24 heures pour investir l’ensemble du tissu immunitaire. Il est capable de rester "en veille", tranquille, à l’abri.

En plus, puisqu’il s’attaque au système immunitaire, lorsque vous stimulez une réponse immunitaire contre lui avec un vaccin, vous risquez d’obtenir l’effet inverse : augmenter le nombre de cellules susceptibles d’être infectées par le virus. Comme le détaille le Docteur Goffard, "en activant le système immunitaire, pour réagir contre un virus donné, on augmente aussi le nombre de cellules cibles pour ce virus, dans le cas du VIH. Et lors d’un essai clinique qui s’est avéré être négatif, on a même augmenté le risque d’infection à cause du vaccin, parce qu’il y avait trop de cellules activées."

Jusqu’ici, c’est donc échec et mat. Aucun des candidats vaccins anti-VIH1 n’a produit d’immunité au cours des essais cliniques. I

La dernière déception

L’essai prometteur le plus récent a été abandonné en février 2020 : il s’agissait de l’essai baptisé Uhambo qui avait débuté en 2016 en Afrique du Sud, une région bien plus largement à risque que la moyenne mondiale.

Il visait à tester les seuls candidats vaccins ayant offert une protection partielle contre le VIH lors d’un essai précédent en Thaïlande, en 2009. Ce dernier (essai Thaï) avait révélé que ce schéma vaccinal était sûr et induisait des réponses élevées d’anticorps (31% d’efficacité).

Mais lors de l’essai en Afrique du Sud, aucune réponse immunitaire protectrice n’a été détectée dans le groupe vacciné, même après 18 longs mois. Pire, 129 infections au VIH ont été diagnostiquées dans le groupe de patients vaccinés.

Peur du vaccin COVID, espoir d’un vaccin VIH ?

Comment expliquer que les différents vaccins développés contre le coronavirus suscitent tant de craintes, dans une partie de la population, mais que pour le VIH, on parle toujours "d’espoir" ? Cette question ne possède pas de réponse universelle. Mais celle de Jean-Christophe Goffart est intéressante : "Pour le VIH, on pense à son propre plaisir, à sa vie affective et sexuelle, à l’épanouissement qu’on peut avoir. Pour le coronavirus, on pense à protéger des personnes vulnérables qui n’ont rien à voir avec nous."

Une forme de réponse avec laquelle vous serez ou non d’accord, mais qui aura le mérite de nous faire réfléchir aux motivations de nos peurs.

Sujet JT du 1/12/2020

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