"Si Trump attaque Twitter en justice, il va gagner"

Après les violences perpétrées à Washington mercredi dernier, Twitter et d’autres réseaux sociaux ont suspendu les comptes de Donald Trump. Une mesure sans précédent qui pose la question de la censure mais aussi du rôle dévolu aux plateformes numériques. Pour en parler sur le plateau de CQFD, deux invités : Mathieu Michel, secrétaire d'Etat à la digitalisation (MR) et Jacques Englebert, avocat et professeur à l’ULB.

De la censure, incontestablement

Mathieu Michel constate que le rôle que les réseaux sociaux ont pris pose une question de société importante et qu’il appartient à la société, aux dirigeants politiques et aux réseaux sociaux eux-mêmes de s’en saisir. "La transparence avec laquelle ces éditeurs de contenus ont pris cette décision m’interpelle […] On doit identifier comment ces règles de comportement et politiques régies par les médias sociaux peuvent apparaître plus transparentes, lisibles et équitables", explique le secrétaire d'Etat.

Ce qui vient de se passer est "incontestablement de la censure", réagit Jacques Englebert. "On est tous d’accord pour dire que Trump a été trop loin […] et on est content que ce soit censuré, mais le jour où ces sociétés privées décident de censurer un autre discours, par exemple écologique ou anti-capitaliste, on dira ça ne va pas ! C’est de la censure privée, sans aucun contrôle. En Belgique, même un juge ne peut pas censurer et là on a des sociétés privées qui censurent. Ça pose un très grave problème".

On ne peut plus soutenir que les réseaux sociaux sont des espaces privés

Pour l’avocat, l’argumentaire de Twitter (le fait qu’un internaute viole les conditions générales) ne tient pas la route : "cela fait quatre ans que Trump viole les conditions générales, cela fait des années que des internautes violent les conditions générales, sans réaction des réseaux sociaux. On ne peut plus soutenir que les réseaux sociaux sont des espaces privés. Ils ont une telle influence mondiale - ils sont devenus le seul moyen pour beaucoup de gens de communiquer - qu’ils échappent en réalité à ces sociétés privées et deviennent des espaces publics".

"On peut effectivement s’interroger sur la nature de l’espace", poursuit Mathieu Michel, "mais il est bien géré par un conseil d’administration. Facebook n’appartient pas à l’Etat belge ni à l’Europe. Tout l’enjeu est là […] Quand on a un espace privé qui devient à ce point public, on doit s’interroger sur son influence sur l’évolution de la société".

Le secrétaire d'Etat à la digitalisation évoque ici le Digital Services Act, règlement proposé par la Commission européenne pour encadrer les éditeurs de contenus à l’échelle européenne. Jacques Englebert n’y croit pas du tout : "on va faire des réseaux sociaux des médias qui ont une responsabilité éditoriale, à ce moment-là ils ne vont plus rien diffuser !".

Quid de l’autorégulation des plateformes ?

Agir via les algorithmes ?

"Un réseau social ne sera jamais un journal ou une chaîne de télévision", avance Mathieu Michel, "mais la façon dont l’Europe appréhende ce questionnement est la bonne : par rapport à ce monde virtuel, il convient de développer des codes […] Il faudrait agir via les algorithmes".

Pour Jacques Englebert, "il faut surtout empêcher que les sociétés privées deviennent les nouveaux censeurs du débat public. Si Trump les attaque, je crois qu’il va gagner", conclut-il.

Ce Qui Fait Débat, chaque jour à 18h20 sur La Première et à 20h35 sur La Trois. L’entièreté du débat à revoir ci-dessous :

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