CQFD : "Si on continue, on ne s'occupera plus que des patients solvables ou des pathologies rentables"

Que faire face au ras-le-bol des blouses blanches ? Depuis des mois, le personnel de la santé dénonce des conditions de travail qui se dégradent. Le fonds "blouses blanches" qui a fait l’objet d’une réunion urgente ce mercredi à la Chambre est-il une réponse suffisante ? Pour en parler ce soir dans CQFD, deux invités : Yves Hellendorff, secrétaire national de la CNE et Etienne Wéry, administrateur délégué des hôpitaux IRIS (hôpitaux publics bruxellois).

Syndicat et patronat main dans la main pour le refinancement

Yves Hellendorff distingue trois raisons principales au malaise actuel : il y a tout d’abord la réduction des moyens financiers, loin de compenser l’augmentation des coûts liés au vieillissement de la population ou aux évolutions technologiques, selon le secrétaire national de la CNE : "ça se traduit par une pression sur le personnel qui devient une variable d’ajustement. Il y a ensuite le raccourcissement des durées d’hospitalisation et l’intensification des soins qui ont des conséquences sur l’ensemble du personnel […] Enfin, l’allongement des études d’infirmiers cette année fait qu’on n’a pas de quoi remplacer ceux qui s’en vont".

Une pénurie que déplore également Etienne Wéry : "nous avons évalué le nombre de diplômés sortant des écoles d’infirmière pour les cinq prochaines années, et il est nettement inférieur, à Bruxelles, au nombre de personnes qu’on s’apprête à pensionner".

Ce système va tourner à la catastrophe

L’administrateur délégué des hôpitaux IRIS reconnaît aussi l’intensification de la pression sur le travailleur : ne pas remplacer les absences crée une surcharge pour les autres, "et nous assumons avoir été obligés de le faire, dans un contexte où nous avons perdu énormément de financement par rapport au besoin de la population et de nos hôpitaux".

"A Bruxelles, nous avons perdu, en un an, 15 millions d’euros de financement liés aux mesures d’économies sur le budget fédéral […] Aujourd’hui, nous nous allions aux syndicats, aux travailleurs, en tant que directeur, pour demander un juste financement", assure Etienne Wéry qui prévient : "ce système va tourner à la catastrophe".

Le fonds blouses blanches : un début

Le fonds blouses blanches sur lequel se penche la Chambre prévoit un budget de 67 millions d’euros pour refinancer le secteur d’ici la fin de l’année, et 402 millions sur une base annuelle. "Il faut commencer par quelque chose, mais ce n’est dans le cadre des affaires courantes qu’on va régler le problème", commente Yves Hellendorff qui souhaite qu’un travail soit fait aussi fait sur les conditions de travail du secteur qu’il s’agit de revaloriser, "si l’on veut que des jeunes demain reviennent dans ces professions".

"On sait que le budget des soins de santé est aujourd’hui en enveloppe fermée", ajoute Etienne Wéry, "et il faut avant tout prendre conscience que la norme de croissance des soins de santé est insuffisante pour répondre aux besoins du vieillissement, à l’augmentation des maladies chroniques et à la croissance démographique".

CQFD, Ce Qui Fait Débat, un face-à-face sur une question d’actualité chaque jour à 18h20 sur La Première et à 20h en télé sur La Trois.

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