Sharia4Belgium: Fouad Belkacem demande son acquittement

Fouad Belkacem n'a jamais été responsable des départs des jeunes vers la Syrie ni des crimes qu'ils y ont commis, ont-ils ajouté.

Son avocat John Maes a appelé la cour à préserver son indépendance, son objectivité et son honnêteté intellectuelle. Il s'est dit inquiet que son client ne fasse l'objet d'injustices. Il a avancé que des facteurs comme la présence des médias et la démonstration de force lors de l'arrestation de Fouad Belkacem, de même que certaines déclarations de magistrats, telles que "le nombre de barbus a augmenté depuis son séjour en prison", avaient participé à créér une psychose autour de Fouad Belkacem et de l'Islam en général.

"Il n'y a plus aucune nuance, tout n'est plus qu'amalgame. Il est facile de penser qu'il est le diable, ça permet de justifier le départ de tous ces jeunes en Syrie et les crimes qu'ils y ont commis. Mais Fouad Belkacem n'en est pas l'explication à tous les maux, celle-ci est bien plus complexe."

Dépeindre Sharia4Belgium comme un centre de recrutement pour combattants dont Fouad Belkacem serait le leader est largement exagéré, selon Me Maes. "La seule chose qu'il ait jamais voulu, c'est provoquer, tout comme les Femen ou les Pussy Riot le font. Il n'est pas responsable des départs de ces jeunes en Syrie ni des crimes qu'ils y ont commis."

Me Ann Wellens s'est ensuite exprimée sur la terminologie utilisée. Elle a notamment déclaré qu'il était inexact de parler de terrorisme dans le cas présent. "Au cours de la période incriminée, une guerre se déroulait en Syrie. Participer à un conflit armé interne ne constitue pas un acte terroriste. De plus, il n'existe aucune définition internationale précise du terme terrorisme."

L'argumentation sur laquelle se base le ministère public pour catégoriser Sharia4Belgium comme un groupe terroriste serait également juridiquement incorrecte, selon Me Wellens. "D'après le ministère public, Sharia4Belgium voulait instaurer un État islamique soumis à la charia à l'aide d'actes terroristes. Mais l'unique but d'un groupement terroriste est de commettre des actes de terreur", a-t-elle conclu.

Dimitri Bontinck demande un dédommagement

Dimitri Bontinck, le père du prévenu Jejoen Bontinck, a demandé, en tant que partie civile dans le procès pour terrorisme du groupuscule Sharia4Belgium, un euro provisionnel de dédommagement. "C'est un père qui a vu son pire cauchemar devenir réalité. Il a subi des dommages moraux", a estimé mardi son avocat, Xavier Potvin.

L'avocat a avancé que Dimitri Bontinck avait donné la meilleure éducation possible à son fils: il l'a envoyé dans la meilleure école d'Anvers et lui a donné toutes les opportunités de s'épanouir dans le sport et la musique.

Quand Jejoen est tombé amoureux d'une Marocaine, il s'est initié à la culture musulmane et s'est rapproché de Sharia4Belgium. "Mon client a alors senti qu'il perdait le contrôle de son fils, mais il était impuissant. Il s'est rendu à plusieurs reprises au siège de Sharia4Belgium sur la Dambruggestraat et y a rencontré Fouad Belkacem. Il l'a même invité chez lui", a déclaré Me Potvin.

Néanmoins, Dimitri Bontinck n'a pas pu empêcher la radicalisation de son fils, et ce dernier s'est finalement rendu en Syrie. "Il a vu son pire cauchemar devenir réalité. Vous ne pouvez pas le condamner pour la façon dont il a essayé de gérer la situation. Il est, c'est vrai, régulièrement allé voir les médias, mais il ne savait pas quoi faire d'autre. Au final, il est lui même parti chercher son fils là-bas."

La zone de police de Bruxelles-Ouest a également réclamé une indemnisation en raison des émeutes provoquées à Molenbeek après l'incident du niqab le 31 mai 2012.

La mère de Zacharia I., a quant à elle renoncé à se porter partie civile. Pour elle, c'est l'État belge qui est responsable puisqu'il est resté inactif malgré ses appels à l'aide et ce n'est pas par cette action qu'elle pourra l'amener à répondre de ses actes.

Elias T. plaide l'irrecevabilité et l'acquittement

Les avocats d'Elias T. (24 ans), de Vilvorde, à l'encontre duquel 10 ans de prison ont été requis, ont plaidé mercredi devant le tribunal correctionnel d'Anvers l'acquittement de leur client. Le jeune homme nie avoir eu un rôle déterminant au sein du groupuscule Sharia4Belgium. Il affirme n'avoir eu que des contacts sporadiques avec Fouad Belkacem, n'avoir pas participé aux manifestations publiques de l'organisation et n'être nullement impliqué dans les incidents qui y étaient liés, tels que les troubles survenus après le contrôle d'identité d'une femme portant le niqab, à Molenbeek-Saint-Jean en 2012.

Selon l'avocat du prévenu, celui-ci n'était pas le leader de la branche de Vilvorde de Sharia4Belgium. Elias T. serait plutôt un suiveur, alors que Houssien E. s'était davantage érigé comme le dirigeant de la branche locale, selon la défense. Celle-ci estime par ailleurs que les soeurs d'Ilyass B., qui tiennent Elias T. pour responsable de la radicalisation et du départ en Syrie de leur frère, ont eu des déclarations contradictoires. Il n'y a donc pas de preuve objective concernant ces accusations, argue la défense d'Elias T.

Par ailleurs, les avocats du jeune homme prétendent que la période d'incrimination de leur client aurait dû être scindée, vu qu'il était parti en Syrie quelques mois après l'entame de cette période et s'était affilié là-bas à une autre organisation, Magli Shura, en coupant les ponts avec Sharia4Belgium.

En Syrie, le prévenu était chauffeur et cuisinier de Houssien E. Il a participé à deux combats, ramenant des blessés de la troisième ligne dans le premier et tenant un pistolet dans le second, pistolet qu'il n'a pas actionné. Selon la défense, ces actions ne peuvent pas être considérés comme une aide indispensable à des actes terroristes. Elias T. se serait distancié de plus en plus de la violence et aurait finalement choisi de retourner en Belgique auprès de sa famille.

La défense plaide en premier lieu l'irrecevabilité, pour cause de citation pas assez concrète. L'acquittement est demandé en second lieu.

Le procès reprendra lundi 13 octobre, avec les plaidoiries des avocats de Walid L., Jejoen Bontinck, Mohamed E.Y., Bilal E.M. et Michaël Delefortrie.

D'après Belga

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