Série d'été sur les femmes marquantes : Haïfaa al-Mansour, l'image des femmes

Vous les connaissez moins. Retrouvez cet été, sur les Grenades, les destins incroyables de femmes qui ont marqué l’histoire, pirate, pilote ou rockeuse. C’est déjà la dernière de cette série concoctée par Maïté Warland, avec aujourd’hui Haïfaa Al Mansour, réalisatrice d’Arabie Saoudite, qui a filmé l’émancipation des femmes dans un pays  profondément patriarcal.

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Quand Haïfaa voit le jour en 1974 dans un pays où les femmes ne peuvent pas sortir seule, ne peuvent pas conduire, c’est heureusement dans une famille très libérale. 8e d’une famille de 12 enfants, c’est grâce aux VHS achetées par son père qu’Haïfaa, ses sœurs et ses frères, s’évadent.

C’est son père qui va lui donner le goût de l’art, il est un poète reconnu et décèle en Haïfaa, la flamme de la créatrice, de la visionnaire. Il la pousse donc à s’inscrire à l’université américaine du Caire dans des études de littérature comparée.

Il n’y a donc aucune salle de cinéma dans le pays, les Saoudiens contournent la loi pour aller voir les derniers blockbusters mondiaux dans les pays limitrophes….

Il n’y avait pas de salle de cinéma en Arabie Saoudite mais pas non plus de réalisateur saoudien… Jusqu’en 2006 où le premier film saoudien réalisé par Abdullah al-Moheissen sort sur les écrans. En 2008 les responsables religieux du pays cèdent un peu de terrain, autorisant la création de films saoudiens, mais uniquement " s’ils ne violent pas la loi islamique ".

Ca y est, l’Arabie Saoudite a enfin son cinéma, et Haïfaa compte bien en faire partie.

Mais comment apprendre le cinéma dans un pays où il n’existe pas ?

Haïfaa apprendra à tourner en travaillant pour une compagnie pétrolière, elle y réalisait des petits films sur le respect des consignes de sécurité, c’est ca qui lui donnera envie d’aller plus loin.

En 2013, après plusieurs péripéties et de grosses difficultés pour trouver un financement, elle réalise le premier film saoudien fait par une femme Wajda. Un film qui, en plus de défrayer la chronique car réalisé par une femme, met en scène des femmes, des héroïnes qui s’émancipent…. Mais elle va devoir faire face à de nombreux soucis. Lors de la sortie de son film en France, elle confie à nos confrères de l’Express : "J’ai dû diriger à distance, enfermée dans une camionnette. Dans les rues de Riyad, il aurait été mal perçu de voir une femme à la tête d’une équipe composée d’hommes."

Son film, on l’a dit, traite des femmes dans ce pays où elles sont invisibles. Une jeune fille Wajda, qui se moque des religieux avec intelligence et sa mère qui tente de la protéger tant bien que mal. Wajda veut un vélo mais le vélo, comme tant de choses est interdit aux femmes, dangereux pour la vertu disent les religieux.

Mais attention, Haïfaa al-Mansour n’est pas une subversive. Elle n’est pas rebelle non plus, elle n’est pas en guerre contre son pays, elle sait qu’elle doit rester discrète pour continuer à tourner en Arabie Saoudite. "J’aurais bien aimé avoir l’audace de Wadjda. Je suis beaucoup plus timide…" explique-t-elle à la journaliste du quotidien suisse Le Temps qui l’interroge. "Il y a des milliers de petites Wadjda en Arabie saoudite prêtes à se battre pour leur rêve", ajoute-t-elle.

 

 

 

Des femmes à l’écran, toujours

En 2017, Haïfaa al-Mansour réalise à nouveau un film avec un personnage féminin très fort : Mary Shelley.

L’histoire d’une jeune fille amoureuse d’un homme plus âgé, le poète Percy Shelley. Après s’être enfuie avec lui, elle fréquente les grands hommes de lettres, et imagine le personnage de Frankenstein. Mary Shelley, 18 ans à peine, allait révolutionner la littérature et marquer la culture populaire à tout jamais.

L’an dernier, elle s’associe à Netflix pour réaliser une comédie romantique, Nappily Ever After, qui, même si on sent "l’hollywoodisation" de son cinéma, reste une fiction basée sur une femme forte, qui décide de reprendre sa vie en main.

Le projet "Les grenades RTBF" est soutenu par alter égales et propose des contenus avec une grille genre et féministe. L'objectif est de donner plus de voix notamment aux femmes qui sont sous représentées dans les médias.

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