Sepp Blatter, le petit Suisse au goût amer

Blatter réélu pour un cinquième mandat.
Blatter réélu pour un cinquième mandat. - © SEBASTIEN BOZON - AFP

Mal-aimé de la planète foot, le très controversé président de la FIFA a réussi à se faire réélire au nez et à la barbe de ses détracteurs, Michel Platini en tête. Portrait express de ce visionnaire d’un mètre septante à l’ego aussi colossal que le nombre de ses détracteurs.

Papa Blatter, lui, n’était certainement pas un visionnaire. "Tu ne gagneras jamais ta vie avec le foot" avait-il dit au petit Sepp au milieu des années cinquante. Soixante ans plus tard, Sepp Blatter gagne plus d’argent qu’Obama et Ban ki-Moon réunis tandis que sa FIFA bien-aimée compte plus de pays membres que l’ONU.

Des débuts mitigés

Comme joueur, Blatter est plutôt du genre moyen. Le natif de Visp, en Suisse Alémanique, s’illustre surtout dans les vestiaires et les buvettes. Sur le gazon, personne ne semble se souvenir ni de ses performances ni de ses nombreux buts, hormis peut-être lui. À 20 ans, passionné de romans d’espionnage et de polars américains, Sepp Blatter entame une carrière professionnelle aussi dispersée que son talent footballistique.Tour à tour chronométreur, journaliste et militaire, sa carrière dans les relations publiques démarre réellement chez Longines et un poste de secrétaire général à la ligue de hockey sur glace suisse.

L'homme de la transformation

Depuis qu’il a débarqué sur les bords du Lac de Zurich en 1975, les règles ont bien changé à la FIFA. Sur le terrain d'abord, mais aussi et surtout en coulisse. À l’époque, le dilettantisme et l'amateurisme règnent au sein de la FIFA, une administration aux locaux aussi désuets que son compte en banque. Joao Havelange vient d’être élu président de la fédération un an plus tôt et dans l’ombre, son "conseiller" Horst Dassler, PDG d’Adidas, le presse d’engager l’homme à tout faire de West Nally, une entreprise de relations publiques très influente: Sepp Blatter. C’est le début d’une nouvelle ère pour le ballon rond, le foot business est né.

La suite est une succession de succès et de coups bas. Les sponsors, jusque-là inexistants, se bousculent au portillon, Adidas en tête. Les programmes de développement fleurissent en même temps que s'ouvrent les nouveaux marchés. Et très vite, Sepp Blatter se sent à l’étroit dans sa fonction. Il se verrait bien à la place d’Helmut Käser, secrétaire général (trop) intègre, qu’il pousse à la démission en instrumentalisant Havelange lui-même.

Les années de règne

Arrive l'élection à la présidence de 1998. Pour se faire élire, Blatter ne recule devant rien. À ses "amis" africains, entre deux programmes de développement, il offre des sacs de billets et promet une Coupe du monde. À ceux de la puissante Concacaf, la Confédération de football d'Amérique du Nord, d'Amérique centrale et des Caraïbes, il offre des montres de luxe. Devenu le Tout-Puissant de la FIFA, "Tonton Blatter" oublie pourtant ses promesses, pas ses largesses. Les fonds destinés au développement s'évaporent des caisses sans laisser de traces et les scandales se multiplient.

Pourtant jamais la FIFA n'aura été aussi florissante. Riche de ses milliards en banque et d'un bénéfice annuel d'environ 300 millions d'euros, l'organisation internationale s'est même offert le luxe d'un écrin high-tech tout neuf en 2007. Quatre mandats plus tard, celui qui fut également président de la "Société mondiale des amis de la jarretelle" a donc pu se reposer sur ses succès financiers, ses amitiés et son système, afin de décrocher un nouveau mandat. Et tant pis pour ses détracteurs.

 

RTBF

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