Semaine de la mobilité : la crise du coronavirus a-t-elle fait changer le vélo de dimension ?

Avec le confinement, et plus généralement la crise du covid-19, les indicateurs sont tous au vert pour le secteur du vélo. En témoigne par exemple l’explosion des abonnements chez Swapfiets, le service de vélos en leasing, à Bruxelles, ou chez Cowboy, une société de vélos électriques connectés. "Ce qui est intéressant, c’est de voir l’engouement pour une solution très simple, loin d’être nouvelle, le vélo électrique", note le fondateur de Cowboy, Adrien Roose.

Invité de Matin Première ce mercredi, à l’occasion de la semaine de la mobilité, il expliquait que la crise avait été le révélateur d’un "moment charnière, où cette technologie devient abordable et le besoin devient urgent". Jean-Michel Mertz, créateur de la gamme de vélos cargos Bike43, également invité ce mercredi, partage ce constat. "On a vu un engouement déjà présent bien avant : les gens souhaitent remplacer leur voiture", précise-t-il. Mais il confirme que la crise a amplifié ce phénomène.


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Jean-Michel Mertz se souvient qu’au début, les choses n’étaient pas faciles. "Les gens étaient surpris, et leur première réaction, c’était de rigoler", raconte-t-il. Il faut dire que son modèle a une forme particulière, avec sa roue arrière assez éloignée du pédalier. "Au fur et à mesure, les gens ont vu l’utilité, ont vu d’autres utilisateurs se déplacer à vélo…"

Le bouche-à-oreille a fait le reste. "Nos clients sont nos ambassadeurs", sourit Jean-Michel Mertz. Des clients qui ne sont pas que des "bobos" bruxellois : "On a une clientèle qui est certainement très diverse, affirme-t-il. On a évangélisé !" Et aujourd’hui, si le fondateur de Bike43 ne veut pas donner de chiffres, il estime que l’entreprise "double sans problème les volumes de production par rapport à l’année précédente."

La question des investissements

Le public se tourne vers le vélo, certes, mais les investisseurs vont-ils suivre ? Du côté de Cowboy, on est plutôt confiant : la famille Agnelli, propriétaire de Ferrari, s’est montrée très intéressée. "A aucun moment il n’y a une garantie de rentabilité, admet Adrien Roose. Mais ce qui convainc nos partenaires financiers, c’est la taille du marché, sa croissance et notre approche assez unique." Une approche "verticale", dit-il : l’entreprise développe la majorité des pièces elles-mêmes, plutôt que de dépendre de constructeurs.

Adrien Roose est bien placé pour savoir que les investissements ne sont pas toujours durables : en 2016, sa plateforme de livraison Take Eat Easy déposait le bilan… et se retrouvait quelques années plus tard face à la grogne d’anciens livreurs qui l’accusaient de "travail dissimulé". Adrien Roose estime pourtant que la situation n’est pas la même. "On est sur des secteurs très différents, explique-t-il. Le modèle des plateformes, c’est une course à la croissance à tout prix ; ici, le modèle économique est plus classique, on va à notre rythme."

Les villes prennent leur sort en main

Jean-Michel Mertz ne se fait pas de souci non plus : "on voit qu’il y a clairement un engouement de tout l’écosystème, dit-il. Le vélo est un peu à l’agenda de tout le monde." A commencer par les villes elles-mêmes, qui font régulièrement la promotion de la mobilité douce, et donc du vélo. "On voit depuis quelques années que les villes prennent leur sort en main, affirme le créateur de Bike43. Elles ont l’opportunité de favoriser ce qu’elles souhaitent pour leurs habitants."


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En face, il faudra toutefois tenir compte du lobby de l’automobile, qui est bien présent. "Il joue son rôle", tempère Jean-Michel Mertz, qui préfère se concentrer sur les implications de ses modèles pour la clientèle. "Il y a de gros avantages à adopter le vélo : les déplacements urbains redeviennent agréables et prévisibles", note-t-il. Adrien Roose renchérit : pour lui, le vélo est "une solution simple, abordable, populaire". Reste à savoir si elle deviendra une économie solide et durable.

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