Séduction, obsession, addiction: se méfier des amalgames

La silhouette d'une femme
La silhouette d'une femme - © Mauricio Lima

Le goût prononcé pour les femmes de Dominique Strauss-Kahn est souvent évoqué, mais ce souci de séduire peut-il être assimilé à une forme d'addiction, qui aurait pu le conduire, si l'accusation se confirme, à la tentative de viol dont il est accusé à New York ?

L'appétence excessive pour le sexe est bien différente d'une addiction, une souffrance qui monopolise la pensée et peut, dans certains cas, amener à un comportement transgressif, selon des médecins interrogés par l'AFP.

"Ce sont des concepts à manier avec prudence, car on est à la frontière entre sexualité dite normale et pathologique", estime le Dr Jean-Claude Matysiak, psychiatre et chef de service en addictologie au centre hospitalier de Villeneuve Saint-Georges, qui publie ces jours-ci "Le désir malade" (Lattès).

Le sexe n'est pas classé à ce jour dans les possibles addictions, qui peuvent être licites (tabac, alcool) ou illicites, voire "sans drogue" (jeu, ordinateur...).

Pour le Dr William Lowenstein, directeur de la clinique Montevideo (banlieue parisienne), spécialisée dans le traitement des addictions, il faut bien différencier la séduction, l'obsession et l'addiction, même s'"il n'y a pas de cloisonnement parfait entre les différents états".

La séduction, dit-il, c'est "la conquête et l'envie du désir de l'autre", à l'opposé de l'agression.

L'obsession se manifeste souvent par crises, déclenchées par un événement ou un traumatisme. "Alors toute la tension psychique est orientée vers la génitalité".

L'addiction sexuelle enfin se définit par la perte du contrôle rationnel, avec des modifications neuro-fonctionnelles majeures. "La volonté va perdre son rôle de chef d'orchestre du comportement, et savoir que ce n'est pas bon pour la santé, la vie sociale ou professionnelle ne suffit plus à modifier le comportement", selon le Dr Lowenstein.

Elle touche 3 à 6% de la population adulte, à 84% des hommes, selon une étude du Pr Florence Thibaut, de l'Inserm.

Le Dr Matysiak parle lui aussi de "perte de la maîtrise". "L'addiction, dit-il, devient le centre de la vie au mépris de tout le reste. Il y a une souffrance individuelle personnelle, les gens essayent de s'arrêter mais n'y arrivent pas et viennent consulter. C'est une maladie".

Pour lui, elle peut aussi entraîner des "actes agressifs asociaux pour l'assouvissement des pulsions", comme le toxicomane qui va agresser une vieille dame pour obtenir de l'argent et se payer sa drogue.

Pour Roland Coutanceau, psychiatre et criminologue, il peut y avoir des dérapages dans la séduction, avec la volonté "de conclure dans l'instant", mais "la plupart des délinquants sexuels ne sont pas des séducteurs". De même, pour le Dr Lowenstein, aussi bien la séduction que l'addiction n'impliquent que "très rarement" la perversion ou l'agression.

Tous restent très prudents sur l'affaire concernant Dominique Strauss-Kahn.

"Il faudrait se pencher sur la sexualité des hommes de pouvoir, qui peuvent perdre pied avec la réalité et ne se rendent plus compte de ce qui est autorisé ou pas", dit le Dr Matysiak.

Le Dr Lowenstein se demande s'il n'y aurait pas, sur fond d'hyperactivité sexuelle, "quelque chose de l'ordre de l'acte délirant qui s'inscrirait dans une décompensation psychotique, avec un dérapage quasiment psychoïde de quelqu'un qui sort totalement de la réalité".


AFP
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