Sécurité: vers l'interdiction du fluor dans les mousses anti-incendie et les extincteurs ?

Un groupe de pompiers et d’experts en sécurité incendie appelle les négociateurs internationaux à interdire les produits chimiques fluorés dans les mousses anti-incendieOn parle donc ici de machine à mousse utilisée par les pompiers, ou des additifs présents dans certains types d’extincteurs.

Les délégués de plus de 180 pays étaient à Genève en mai dernier pour la réunion annuelle de la Convention de Stockholm sur les polluants organiques persistants (POP) des Nations Unies. Une convention internationale ratifiée par la Belgique.

L’ordre du jour proposait de renforcer les contrôles sur l’APFO et le SPFO, deux produits chimiques industriels fluorés utilisés dans divers procédés de fabrication pour leur résistance à l’eau et au pétrole.

Le problème peut paraître complexe, mais il représente un vrai problème de santé publique pour les professionnels du secteur de la sécurité dont les pompiers qui manipulent sans arrêt ce type de composés chimiques ou les installateurs de parcs d’extincteurs. L’Union européenne a identifié les deux substances comme persistantes, bioaccumulables et reprotoxiques.

Bombe a retardement ?

Lors d’une conférence de presse organisée en marge de la convention, des pompiers de syndicats internationaux et australiens, ainsi que des experts de compagnies aéronautiques et pétrolières qui ont cessé d’utiliser des mousses fluorées, ont exhorté les délégués à interdire les produits chimiques fluorés dans les mousses anti-incendie.

"En tant que pompier, je peux vous affirmer que nos niveaux d’anxiété sont élevés, car nous savons que nous sommes confrontés à une exposition à ce produit chimique toxique depuis plus de 50 ans", a déclaré Mick Tisbury, président de la United Firefighters Union of Australia. Le commandant de la Melbourne Metropolitan Fire Brigade, a surenchéri : "En ce moment, nous avons l’impression d’avoir dans notre corps une bombe à retardement" a relayé le site d’information Chemicalwatch.com.

Un vrai plus dans la lutte contre les incendies

Tout commence au milieu des années 1920, les mousses anti-incendie se sont imposées petit à petit comme un outil efficace de lutte contre les incendies. La croissance de l’industrie pétrochimique, tels que les plastiques et les carburants, a créé un nouveau niveau de demande en matière de protection contre le feu.

Des tensioactifs fluorés ont été découverts à la fin des années 1960, conduisant au développement de mousses aqueuses filmogènes. Celles-ci ont multiplié les performances des mousses extinctrices et ont permis de réduire considérablement les rejets d’agents et de produits de combustion dans l’environnement.

Ils sont devenus les outils les plus puissants pour atténuer les risques d’incendie.

Découverte tardive des problèmes

Lorsque les premiers soupçons concernant des effets néfastes sur la santé et l’environnement de certains composés fluorés (dont, le SPFO, l’APFO) ont surgi en 2000, l’industrie des extincteurs a commencé à rechercher des solutions de remplacement. Ce dernier défi s’est révélé être un défi de taille car, à cette époque, les mousses sans fluor n’étaient même pas à la hauteur des exigences de performance demandée par l’industrie.

Nous avons contacté la Fédération Royale des corps de sapeurs-pompiers de Belgique (aile francophone et germanophone) mais on ne semble pas trop au courant de la problématique et personne ne peut répondre à nos questions sur le sujet. Il y a bien un groupe qui suit les problèmes de cancers, mais il travaille principalement sur les questions des fumées et fumerolles.

Vers une interdiction partielle ?

Thomas Leonhardt fait partie d’Eurofeu, une association allemande représentant les équipements de protection contre l’incendie et les véhicules de lutte contre l’incendie. Pour lui : "Les mousses sans fluor peuvent être aussi performantes que leurs homologues fluorées pour lutter contre certains incendies". Cependant il estime qu’une combinaison de mousses fluorées et non fluorées devrait être autorisée dans les secteurs à haut risque, tels que l’industrie chimique et l’aviation : "Nous devons faire une analyse de risque beaucoup plus approfondie pour pouvoir utiliser efficacement une mousse sans fluor".

Il a également déclaré que la plupart des pompiers sont habitués à la manipulation de mousse fluorée et devront être formés aux différences de comportement entre les deux types.

Des organisations d’utilisateurs telles que LASTfire (regroupant 15 sociétés pétrolières) et le Werkfeuerwehrverband (association nationale allemande des pompiers industriels) ont entrepris des études comparatives approfondies afin de définir le paysage exact de la performance des différents types de mousses sans fluor.

Pour ce qui concerne les extincteurs qui contiennent des additifs semblables a celui des mousses anti-incendie, Jean-Marc Vandekerchove, fondateur de la société belge Unitecq à Seneffe, précise "le but d’un extincteur est de sauver une vie, il doit être efficace. Tout en signalant que le plus de problèmes de pollution viennent sans doute plus du fait de devoir faire l’entretien de ses extincteurs tous les 5 ans (car produit sous pression) que réellement d’en faire usage pour se sauver d’un incendie. Aujourd’hui des solutions sans fluor ne sont pas tout à fait au même niveau d’efficacité encore, et ce sans parler d’un prix qui reste plus cher".

Frédéric Savignac travaille chez Alphaprotec à Braine-l’Alleud, autre société du secteur de la sécurité incendie en France et en Belgique pour lui : "Les solutions pour utiliser des produits de substitution non toxiques existent, les produits sont commercialisés, mais il faut une volonté du législateur pour les imposer comme nouvelle norme".

 

 

 

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